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L'Usine Energie

Electricité : "les fournisseurs devraient pouvoir construire des contrats pluriannuels assez rapidement"

Publié le

Lors du conseil des ministres de mercredi 14 avril, le gouvernement a entériné le projet de loi Nome (pour nouvelle organisation du marché de l’électricité). Interview de Fabien Choné, directeur général délégué de Direct énergie, électricien alternatif à l’opérateur historique.

Electricité : les fournisseurs devraient pouvoir construire des contrats pluriannuels assez rapidement

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En partenariat avec Industrie Explorer

En l’état actuel du texte, qui peut comprendre la loi Nome ?

Le projet de loi compte deux nouvelles dispositions importantes, dont l’accès régulé à la base. Cette disposition  est nécessaire pour instaurer une véritable concurrence en maintenant le bénéfice de la rente nucléaire pour tous les français. Je note chez les observateurs une certaine déception à ne pas avoir tous les textes en même temps pour comprendre les impacts de la loi Nome.  Pourtant, il est nécessaire d’avoir d’abord les textes législatifs, ensuite les décrets d’application et les arrêtés. Pour l’instant, le projet de loi ne mentionne pas ni le prix ni le produit : cela sera précisé dans les textes d’application. [Les opérateurs alternatifs militent pour 34 € le MWh, l’exposé des motifs évoque plutôt 42€, NDLR] Ces données manquent encore en effet pour évaluer l’efficacité de la loi Nome. Néanmoins, pour nous, le texte est clair sur l’objectif d’ouverture effectif du marché à la concurrence.

Loi Nome

L'idée de départ est simple : la production nucléaire étant pour l'instant limitée à EDF, qui a la main sur 96% de la clientèle particulière et 75% des sites industriels, la meilleure façon d'ouvrir le marché est que l'opérateur historique en revende 25% à ses concurrents à un prix régulé. Ce dispositif sera mis en place jusqu'en 2025 et sera limité en volume.

EDF devra céder aux alternatifs, à un prix qui n’est pas encore déterminé, le quart de sa production électrique, soit environ 100 TWh. S’agit-il d’un maximum ? Combien Direct énergie récupérera-t-il ?

Comme prévu dans le compromis entre la France et Bruxelles, il s’agit d’un maximum, qui n’a pas vocation dans l’immédiat à être atteint. Direct énergie compte aujourd’hui 600.000 clients et leur livre entre 3 et 4 TWh. Nous devrions donc demander un accès régulé à la base à due proportion, en fonction de la définition du produit : répartition dans l’année,  définition de la base…

Vous connaissez très bien votre principal interlocuteur : vous avez débuté votre carrière au sein du groupe EDF au service R et D puis à la direction de la stratégie… Quelles conséquences dans votre dialogue actuel avec l’électricien semi-public ?

Les rapports entre Direct Energie et EDF ne dépendent pas de mon passé personnel.

Le texte vise à favoriser les investissements dans les centrales nucléaires : de quoi s’agit-il ?


Tout d’abord, rappelons que l’accès régulé à la base doit permettre aux fournisseurs alternatifs de concurrencer les tarifs régulés d’EDF (34 euros le MWh pour les particuliers, NDLR). Par ailleurs, un volet incitatif pour assurer des investissements en France était nécessaire. Les alternatifs auront besoin de moyens pour fournir de la pointe, grâce à des capacités de production en propre ou en achetant sur le marché spot. Néanmoins, mieux vaut produire soi-même que d’acheter sur le marché de gros, dont la volatilité des prix est grande. C’est pourquoi Direct énergie prépare des investissements dans 2 cycles combinés à gaz.

Autre point important : l’accès régulé à la base ne concerne que le parc nucléaire actuel. Or le nucléaire ancien va diminuer en volume dans une vingtaine d’années. Pour continuer à avoir accès à de l’électricité à prix compétitifs, les fournisseurs alternatifs doivent pouvoir investir dans le nucléaire nouveau. Direct énergie l’a demandé. Pour l’EPR de Flamanville, EDF a refusé, mais pour celui de Penly ou les suivants, nous maintenons notre souhait de participer au capital.

Les fournisseurs alternatifs pourront obtenir des conditions plus avantageuses que le prix régulé s'ils partagent les risques industriels avec EDF. Les Echos évoquent le risque que l'opérateur historique négocie ce genre d'accords « avec son concurrent A et non son concurrent B ». De quoi s’agit-il ?


Parallèlement aux dispositions sur l’accès régulé à la base, le projet de loi prévoit effectivement la possibilité pour EDF de conclure des accords bilatéraux avec un fournisseur alternatif. En échange d’un approvisionnement en électricité à prix réduit, EDF peut demander à son partenaire de prendre en charge des risques plus élevés : tenir compte de la disponibilité des centrales par exemple, au coût des travaux ou à la durée de vie des réacteurs.

Les industriels ont-ils raison de s’inquiéter du fait de l’absence de contrats pluriannuels dans le texte ?

Les industriels s’inquiètent de pouvoir disposer de contrats à long terme dès l’entrée en vigueur de la loi. Comme le prix d’accès à la base est pérenne, les opérateurs devraient pouvoir construire des contrats pluriannuels assez rapidement.

Les alternatifs peuvent-ils proposer un tarif régulé ?


Le tarif régulé est aujourd’hui réservé aux opérateurs historiques, mais l’accès régulé à la base doit permettre aux nouveaux entrants de compenser leur déficit de compétitivité lié au monopole de production nucléaire. Pour cela, nous ne demandons pas une offre de gros nucléaire privilégiée ou à prix coutant, nous souhaitions juste que celle-ci soit égale à la part du nucléaire dans les tarifs de détails réglementés.

Vous avez piloté un groupe de travail sur l'installation de compteurs intelligents sous l'égide de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Avez-vous dans les cartons des propositions innovantes en termes de services pour gagner des clients ? Des « boxes » pour une gestion intelligente de la demande ?

Oui. L’intérêt de la concurrence est que chaque opérateur propose de nouvelles offres, aussi bien en niveau qu’en structures de prix. Outre celles existantes aujourd’hui, il est possible d’en proposer d’autres, et de rajouter par exemple des services d’effacement, des conseils personnalisés sur la consommation… Aujourd’hui, le marché est techniquement et juridiquement ouvert, mais il ne l’est pas économiquement. Les opérateurs actuels n’ont donc pas vocation à dévoiler toutes leurs innovations dès aujourd’hui. Pour juger sur pièce l’intérêt de l’ouverture à la concurrence en la matière, il faudra attendre l’entrée en vigueur de la loi Nome.

Le compteur dit « intelligent » Linky vous semble-t-il satisfaisant dans cette optique ?


Pour l’instant, ce compteur est déployé par le distributeur ERDF dans 300.000 foyers à titre expérimental. Le modèle définitif n’est pas complètement figé. Et la répartition de l’intelligence entre le compteur et la box n’est pas figé non plus. Le compteur Linky permet déjà de faire beaucoup plus de choses que sur un compteur classique : les heures creuses/heures pleines peuvent être définies et modifiées à loisir par exemple.

A l’image de Powéo, plombé par la baisse des prix sur marché de gros et les retards de la loi Nome qui l’ont poussé à cesser de démarcher les particuliers, traversez-vous des difficultés financières ?

Tout retard de la loi Nome constitue une charge supplémentaire pour les opérateurs alternatifs. C’est pourquoi le marché en électricité est au point mort. Nous continuons à nous développer et démarchons encore des particuliers, mais surtout pour la fourniture de gaz, où nous venons de lancer une offre à -15% par rapport au kWh réglementé. Des offres électricité pour les industriels, segment sur lequel nous ne sommes pas encore présents, pourraient être proposées dans l’optique de l’entrée en vigueur de la loi Nome.

Le 3 décembre 2009, l'association UFC Que Choisir a assigné Direct énergie devant le Tribunal de grande instance de Paris pour pratiques commerciales agressives. Elle vous reproche des démarchages abusifs et un manque de clarté dans la présentation des offres. Où en êtes-vous ?

Nous ne commentons pas les contentieux en cours. Ce que je peux vous dire c’est que personne ne peut basculer vers l’offre Direct Energie sans son consentement. Nos procédures sont très strictes sur ce point là.

Quelles sont vos capacités de production en propre ?

Notre filiale Neoen possède deux fermes éoliennes pour environ 20 MW, et deux centrales photovoltaïques dont la capacité est inférieure à 1 MW. Des projets dans la biomasse, le photovoltaïque, l’éolien offshore et on shore sont en cours pour plusieurs centaines de MW. Nous possédons et gérons 5 petites centrales hydroélectriques d’une capacité totale inférieure à 10 MW également. Enfin, deux projets de centrales à gaz à cycle combiné de 800 MW chacune, soit l’équivalent d’une tranche nucléaire nouvelle génération, sont en cours. Nous souhaitons mettre service la première d’ici à fin 2012.

Cela vous permet-il de répondre à l’obligation de capacité de fourniture de pointe incluse dans la loi Nome ?

Tout à fait, au même titre que nos futures offres à effacements. Et par ailleurs, nous comptons aussi nous positionner sur le renouvellement des concessions de barrages hydroélectriques en France qui produisent en pointe, pour compléter notre mix de production.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de vouloir acquérir des barrages au prix d’un moindre investissement futur sur le matériel, et de rogner sur la maintenance ?

Le processus d’attribution des concessions a été pensé spécifiquement pour rendre ce risque inexistant. Par ailleurs, je ne comprends pas le lien qu’il pourrait y avoir entre absence d’investissement et nouveaux entrants. Dans la téléphonie mobile, les nouveaux entrants ont fini par être parmi les plus gros investisseurs, à l’image de Free par exemple.

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