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L'Usine Maroc

Électricité au Maroc : du vent, du soleil, du charbon

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Cet article a été publié dans le supplément de L'Usine Nouvelle paru le 26 juin consacré à l'économie marocaine et intitulé "Le défi aéronautique."  Les projets d’investissements dans l’énergie  pleuvent sur le royaume. Seul problème :  le tissu industriel local n’en profite pas assez.

Électricité au Maroc : du vent, du soleil, du charbon
Parcs éoliens de Nareva Holding au Maroc
© dr

Au bord de la piste rocailleuse, le dromadaire mâchouille sans conviction des herbes sèches tout en se grattant à un improbable panneau Stop, planté dans ce bout de désert. L’animal jette un oeil indifférent sur d’immenses formes blanches alignées qui moulinent l’alizé du Nord.

61 turbines Alstom totalisant 100 MW

Ces éoliennes font partie du paysage depuis plus d’un an… Nous sommes dans le sud du Maroc, entre désert et Atlantique, à Akhfenir, village de pêcheurs au-dessus du disputé Sahara occidental. Dans ce décor digne du film "Cent mille dollars au soleil", le groupe marocain Nareva a planté 61 turbines Alstom totalisant 100 MW. Particularité ? Ce projet, qui a coûté 250 millions d’euros, fonctionne sans les généreux tarifs de rachat pratiqués en Europe. Explication ?

La constance des alizés assure leur rentabilité grâce à un taux de charge avoisinant 45%, deux fois la moyenne  française. L’électricité, elle, est injectée sur le réseau de l’Onee, "l’EDF marocain". Dans son bureau à Casablanca, Ahmed Nakkouch, le PDG de Nareva Holding explique :

"La loi 13-09 de 2010 autorise la production indépendante. Nous opérons dans ce cadre à Akhfenir et dans deux autres parcs, totalisant 200 MW. L’électricité est vendue par contrats pluriannuels à des lients privés comme Lafarge ou l’OCP."

À 50 km d’Akhfenir, Nareva et GDF Suez, associé à 50–50, ont vu les choses en encore plus grand. À Tarfaya, leur joint-venture Tarec finalise un parc qui doit être opérationnel en fin d’année et sera le plus grand d’Afrique.

Un projet de 131 turbines Siemens, 301 MW de capacité et 450 millions d’euros, dont l’électricité sera vendue à l’Onee via un contrat Boot ("build, own, operate and transfer") sur vingt ans.

un pays de Cocagne pour les investisseurs

Bref, le Maroc, qui depuis une dizaine d’années a libéralisé son secteur électrique, est devenu un pays de Cocagne pour les investisseurs. L’Onee, plutôt impécunieux, garde le monopole du transport, mais les projets privés fleurissent dans la production.

À cela une raison, la base installée (7 GW en 2013) peine à suivre la demande, qui bondit de 5 à 6% par an. Le pays doit même importer 15% de son courant d’Espagne.

Pas bon pour la balance commerciale, d’autant que le Maroc, dépourvu d’hydrocarbures, importe 95% de son énergie. Dans l’électricité, cela a conduit à une double stratégie : multiplier les projets dans l’énergie verte et s’assurer une base solide en jouant la carte du charbon importé, mais peu coûteux.

Le royaume s’est fixé depuis cinq ans un objectif : 42% de sa base électrique installée en renouvelables d’ici à 2020. Outre 2 GW prévus dans l’éolien, il s’est lancé dans un programme solaire reposant sur les technologies à concentration (CSP).

Une stratégie risquée et coûteuse vu la faible maturité de ces technologies. Néanmoins, ce plan piloté par l’agence solaire
Masen prévoit la création de cinq parcs totalisant 2 GW.

Pour l’instant, un seul, Noor 1, a été lancé à Ouarzazate, où une tranche de 160 MW doit être achevée fin 2015. Ce projet a été emporté sur appel d’offres par le saoudien Acwa, associé à des entreprises espagnoles, dont Abengoa.

Acwa porte l’investissement sans subvention, mais accompagné d’une foule de financeurs bilatéraux comme l’AFD. Seule certitude du projet ? Une garantie de rachat sur vingt ans par l’Onee via un contrat Boot.

En janvier 2013, Masen a lancé l’appel d’offres pour les tranches Noor 2 (CSP avec stockage) et Noor 3 (tour solaire avec stockage). Parmi les préqualifiés l’été dernier: EDF, Nareva, Acwa, GDF Suez et Abengoa.

UN DOUBLEMENT DU PARC À CHARBON

Mais tout cela ne suffira pas. Au mieux, 20 % de la demande électrique sera couverte en 2020 par des renouvelables (13,4% en 2013). Pour assurer l’alimentation du pays, plusieurs projets charbon ont été lancés. Taqa, le groupe d’Abu Dhabi, a ainsi mis en service, début 2014, l’extension de sa centrale géante JLEC près du port industriel de Jorf Lasfar.

À elle seule, JLEC a produit 38% de l’électricité du pays en 2013, et devrait atteindre 50 % cette année. L’extension de 700 MW comporte deux tranches à charbon propre fabriquées par Mitsui et Daewoo Engineering pour 1,6 milliard de dollars.

Une autre centrale à charbon propre sera bientôt en construction à Safi, au sud de Jorf Lasfar. Ce projet de deux tranches de 693 MW est porté par Nareva, GDF Suez et Mitsui, réunis dans la société Safiec, opérant sous le régime de producteur indépendant avec un contrat de vente sur trente ans à l’Onee, signé en septembre 2013.

Un port va même être aménagé pour la centrale qui avalera 3 millions de tonnes de charbon par an ! Construit par Daewoo Engineering, ce projet coûtera 2,5 milliards de dollars financés surtout en dettes.

À cela s’ajoute l’extension par l’Onee de sa centrale à charbon de Jerada, au sud d’Oujda, pour 270 millions d’euros, un contrat gagné par le chinois Sepco III. Au total, de 2011 à 2015, le parc à charbon doit passer de 1 785 à 3 805 MW.

pas que des heureux

Mais cette nuée de projets ne fait pas que des heureux. Le souci ? Les retombées pour l’industrie marocaine sont décevantes. Pour Ahmed Squalli, le président de l’Association marocaine de l’industrie solaire et éolienne, "les programmes impulsés par l’État devraient avoir un effet structurant. Ce n’est pas le cas. Nos PME n’en profitent pas assez".

À cela deux raisons, le savoir-faire technologique n’existe pas au Maroc et la taille des projets disqualifie les entreprises trop modestes. L’État commence néanmoins à réagir. Un décret récent réserve 20% de la commande publique aux PME locales.

Pour sa part, l’Onee, appuyé par la Société d’investissements énergétiques (SIE), intègre désormais ce sujet dans ses appels d’offres. Ainsi, l’Office a lancé en février le concours final pour cinq parcs éoliens totalisant 850 MW en "ppp". En lice ? EDF, Asltom, GDF Suez, Siemens, Taqa et VestasParmi les critères de choix figure le niveau d’intégration industrielle. 

"Longtemps, les équipementiers ont dit que notre marché était trop petit pour y investir. Ils auront désormais une réelle visibilité", estime Ahmed Nakkouch, l’un des candidats au "round" de 850 MW qui s’apprête, de surcroît, à doubler son parc d’Akhfenir.

Peut-être verra-t-on bientôt au Maroc une usine de pales d’éoliennes ? En attendant, sur des parcs comme Tarfaya, le génie civil et l’installation électrique sont réalisés par des entreprises marocaines : "Nous atteignons 35 à 40% de valeur locale", relate Ahmed Nakkouch.

Et des industriels remontent de leur côté la chaîne de valeur. A son niveau, DLM a déjà réalisé dans son usine de Casablanca des dizaines de mats d’éoliennes. Le groupe espagnol Invertaresa vient, quant à lui, de s’associer au marocain Delta Holding pour fabriquer, à Kenitra, des tubes lourds galvanisés destinés au parc solaire de Ouarzazate. Lumineux.

 

 

Par Pierre-Olivier Rouaud, à Akhfenir

 

LES ACTEURS QUI COMPTENT
Secteur public
- ONEE : Opérateur électrique historique qui garde le monopole du transport, mais connaît des difficultés financières.
- MASEN et ADEREE : Respectivement agence de l’énergie solaire et agence de l’environnement.
- SIE : Société d’investissements énergétiques, co-investisseur sur certains projets.
- Le ministre de l’énergie : Abdelkader Amara.

Secteur privé
- Taqa : Ce groupe émirati détient la plus grosse centrale électrique du pays (JLEC).
- Nareva holding : Filiale de la SNI (holding de la famille royale) qui veut devenir un acteur majeur de l’électricité et qui s’est associé à GDF Suez.
- Acwa : Groupe saoudien qui construit avec l’espagnol Abengoa un parc solaire CSP.
- EDF, Lafarge, Ciments du Maroc : groupes exploitant l’éolien.
- Siemens, Alstom, Daewoo et autres équipementiers : L’État les challenge sur le contenu local.
- Samir : groupe à capitaux saoudiens qui exploite les deux raffineries du pays.

 

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