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Elections locales au Maroc : le PJD du chef du gouvernement Benkirane va diriger la plupart des grandes villes du royaume

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Au pouvoir depuis quatre ans, le Parti Justice et développement (PJD) du chef du gouvernement a brillé lors des élections régionales et communales du 4 septembre au Maroc. En tête des régionales, le PJD a fini à la troisième place au niveau communal mais il est en mesure d'obtenir les mairies de Casablanca, Tanger, Fès ou Agadir.

Elections locales au Maroc : le PJD du chef du gouvernement Benkirane va diriger la plupart des grandes villes du royaume
Abdelilah Benkirane, chef du Gouvernement (ici lors d'un meeting électoral) apparait en bonne position pour les législatives de 2016.
© dr

A l'issue des élections locales du 4 septembre, le parti islamiste modéré PJD (Parti Justice et développement) est en passe de diriger seul ou avec ses alliés les capitales politiques et économiques du royaume, Rabat et Casablanca et en fait la plupart des grandes villes du Maroc.

Dans les urnes, le Parti Authenticité et Modernité (centre droit, proche du palais) a décroché comme lors des communales de 2009, la première place en s'adjugeant 6 655 des 31 503 sièges à pourvoir soit 21,1%. En deuxième position, le parti Istiqlal (droite, dans l'opposition depuis 2013) a récolté 5 106 sièges (16,2%), un recul.

Le PJD lui a fini à la troisième place en glanant 5 021 sièges, soit 15,9% du total à pourvoir. Un chiffre apparement faible (le PJD est peu ancré en milieu rural) mais trois fois supérieur aux communales de 2009. Il réalise surtout de très bons résultats dans les grandes villes, ce qui lui permettra de briguer de nombreuses mairies clés.

Les plus gros scores du parti dirigé par le chef du gouverment ont été enregistrés dans les villes de Kenitra,(75% des sièges communaux) où le ministre de l'Equipement Aziz Rabbah était tête de liste, Fès (74%) ou Tanger (57%).

Battu dans son propre fief, le tonitruant secrétaire général de l’Istiqlal Hamid Chabat, jusque là maire de Fès est le grand perdant de ces élections. D'autant qu'il a été battu chez lui par un ministre PJD, Driss Azami Al Idrissi, titulaire du Budget.

Le basculement de Tanger, ville la plus dynamique économiquement du Maroc jusque là tenue par le PAM est aussi un petit évènement.

Marrakech est la seule grande ville dirigée par une femme (Fatima-Zahra Mansouri, PAM). Elle devrait aussi revenir au parti islamiste qui s'est arrogé 40 conseillers communaux sur 86 de la cité ocre.

Un taux de participation stable
Plus de 14,5 millions d'électeurs marocains étaient appelés aux urnes vendredi dernier pour élire 31 503 représentants au sein des conseils communaux parmi 130 925 candidats représentant plus de 30 partis politiques, à quoi s'ajoutent les conseillers régionaux.. Selon les chiffres du 5 septembre du ministère de l’Intérieur, la participation à ce double scrutin local a atteint à 52,36%, un niveau stable par rapport aux élections de 2009 (52,4 %).

A Casablanca, le PJD a battu le maire sortant Mohamed Sajid de l'Union constitutionnelle et obtient même la majorité (74 sièges sur 147). Abdelaziz Omari, ministre PJD chargé des Relations avec le parlement et la société civile depuis mai dernier, sera candidat à la tête du conseil de la ville blanche. L'élection effective de ministres à la tête de certaines grandes villes devrait signifier pour les interessés leur départ du gouvernement.

basculement politique

En attendant, cette pôle position dans les grandes métropoles est donc un basculement politique à l'échelle du royaume, avec en vue un renouvellement de toutes les équipes d'élus chargés de près ou de loin de développement économique et d'aménagement urbain.

Vainqueur des législatives de fin 2011 avec le PJD Abdelilah Benkirane dirige depuis lors le pays, une première pour un islamiste, à la tête de deux coalitions successives. Son leitmotiv : les réformes et la compétence revendiquée, bien plus affirme-t-il que l'agenda religieux, même si le pays a été marqué ces derniers mois par de nombreuses polémiques autour des moeurs.

Coalition. Le gouvernement est constitué d’une majorité centrée autour du PJD (islamistes) depuis les législatives de novembre 2011. Une première coalition a été alors constituée associant le PJD, l’Istiqlal (droite), le  Mouvement populaire (MP, libéral, à forte composante berbère) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS, ex-communistes). Elle s'est installé au pouvoir le 2 janvier 2012. Cette coalition a éclaté avec le départ de l’Istiqlal annoncé en mai 2013. En octobre 2013, le Rassemblement national des indépendants (RNI, libéral) a rejoint l’exécutif dans une deuxième majorité associant PJD, RNI, MP et PPS. Cette majorité gouvernementale n'exclut pas d'autres alliances au niveau local.

"Le PJD a obtenu ces résultats grâce à sa gestion au gouvernement depuis quatre ans", a déclaré Abdelilah Benkirane,  secrétaire général du parti islamiste qui remettra dans un an son poste de chef du Gouvernement en jeu. En position plutôt favorable donc.

D'autant que la croissance, faiblarde en 2014, est nettement repartie à la hausse cette année (autour de 4,5%) stimulée par les IDE et surtout une très bonne récolte agricole et la baisse du prix du pétrole même si en parallèle plusieurs grandes entreprises (raffinerie Samir ou l'aciériste Maghreb Steel...) connaissent de graves difficultés.

Selon Abdelilah Benkirane, en nombre de bulletins, le PJD s'affiche en tête de ces élections locales avec 1,5 million de voix, suivi du PAM (1,33 million) et de l’Istiqlal (1,07 million).

Lors de ce vote plus de 7 500 candidats se sont donc présentés aux élections régionales répartis sur 895 listes pour pourvoir 678 sièges. C'est la première fois que les marocains élisent des représentants régionaux suite à la réforme territoriale promulgée cette année faisant passer le nombre de régions de 16 à 12 et décentralisant un certain nombre de missions (mais pas encore les budgets).

A ces régionales, le PJD arrive cette fois nettement en tête en sièges. Il en a remporté 174 sur 678 soit 25,6%. Le PAM, a récolté pour sa part 132 sièges (19,4%) devant notamment l’Istiqlal avec 119 sièges (17,5 %).

Avec ce score, le PJD pointe en première place notamment dans trois des quatre régions les plus peuplées du pays, celles dont dépendent les grandes villes de Casablanca, Rabat et Fès. (voir tableaux ci-dessous, Le Huffpost Maroc a aussi publié une intéressante carte récapitulant ces résultats régionaux).

Concernant, le "deuxième tour", à savoir  les élections des maires et des présidents de région par les différentes assemblées qui doivent intervenir après la mi-septembre, les chefs de partis de l'opposition (Mustapha Bakkoury, secrétaire général du PAM, Hamid Chabat, secrétaire général du PI, Driss Lachgar, premier secrétaire de l'USFP et Mohamed Sajid, secrétaire général de l'UC) ont déclaré refuser toute alliance avec des élus du PJD.

A  noter que ces scrutins seront suivis, le 2 octobre, du renouvellement partiel au suffrage indirect de la Chambre des conseillers (Sénat) pour la première fois selon les règles de la Constitution datant de 2011. En plein coeur du printemps arabe, le roi Mohammed VI avait, on le sait, fait réviser cette année là la loi fondamentale. Quatre ans plus tard, le PJD, dans l'ensemble de la région, s'affiche comme l'un des rares partis à "référentiel islamiste", comme il se définit, à avoir assuré sa place au pouvoir.

N.D. et P.-O.R.

 

Répartition des sièges dans les plus grandes régions du Maroc - scrutin du 4 septembre 2015

 

 

Les élections locales au Maroc en vidéo vues par France 24

 

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