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Élection : vraie-fausse primaire au Medef

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Enquête À six mois de l'élection du nouveau président du Medef, Laurence Parisot interroge l'organisation sur le prolongement de mandat. Certains candidats sont entrés en campagne, d'autres attendent que la situation s'éclaircisse. Tous cherchent des soutiens.

Élection : vraie-fausse primaire au Medef
Laurence Parisot défend l’idée d’une présidence à long terme.

Au Medef, l'élection du prochain président s'annonce mouvementée. Elle devait avoir lieu en juillet entre des candidats tout neufs, puisque Laurence Parisot terminait cette année son dernier mandat. Las ! En décidant, début janvier, de saisir le comité statutaire de l'organisation pour demander un avis sur la durée des mandats, elle a créé une étrange situation. Personne ne sait plus s'il y aura une élection, ni si éventuellement Laurence Parisot pourra se représenter. La présidente devait, selon les statuts, quitter ses fonctions après un premier mandat de cinq ans et un second de trois. Elle soulève un problème d'égalité entre les candidats puisque les primo-accédants se présentent pour cinq ans, contre trois pour un président sortant. Beaucoup y voient une démarche personnelle. « L'urgence, c'est d'arriver à décoller la bernique de son rocher », tranche l'un des trois candidats déclarés.

L'ÉLECTION À LA PRÉSIDENCE DU MEDEF

  • Les dossiers de candidature sont validés par le comité statutaire.
  • Les candidats sont auditionnés par le conseil exécutif (45 membres) qui se prononce par un vote.
  • Le président est élu par un vote de l'assemblée générale (591 membres).

 

Déjà, le 14 janvier, lors du conseil exécutif de l'organisation (une assemblée de 45 membres représentant des Medef territoriaux et des grandes fédérations), Didier Ridoret, le président de la Fédération française du bâtiment (FFB), Frédéric Saint-Geours, le président de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), et les responsables des Medef Rhône-Alpes et Paca ont exprimé leur désaccord sur un changement de statuts à six mois de l'élection. « L'ambiance du conseil était à fleurets mouchetés, témoigne un participant. Pas violent mais tendu. » Le 19 janvier, dans un entretien au « Figaro », Frédéric Saint-Geours réitérait son refus de toute modification des statuts qui s'appliquerait immédiatement. Mais les soutiens de Laurence Parisot ramènent le sujet à une question technique : « Il ne faut pas dramatiser cette histoire, défend Jean-Luc Placet, le président du Syntec. Les statuts du Medef, ce n'est pas la Constitution américaine. » Le président du Prisme, le syndicat des entreprises de l'intérim, Arnaud de la Tour, souligne que « s'il s'agit d'avoir une réflexion sur la durée des mandats, c'est intéressant. » Enfin, il y a ceux qui défendent son bilan estimant qu'elle a fait « un bon boulot », mais que changer les règles « va à l'encontre des valeurs que le Medef défend : l'accord, la règle, le respect de la signature ».

 

Bras de fer

Alors que le Medef vient d'obtenir deux beaux succès avec le crédit impôt compétitivité et un accord sur l'emploi, Laurence Parisot risque de ne pas en recueillir les fruits. L'usure du pouvoir et le sentiment qu'elle est devenue une « apparatchik » sont partagés par de nombreux Medef territoriaux. Faut-il pour autant enterrer l'« option Parisot » ? Pas complètement. « Il y a un bras de fer pour que Laurence soit raisonnable, c'est-à-dire qu'elle se rende compte que c'est une erreur d'agir ainsi, estime un patron de Medef territorial qui la connaît bien. Mais elle peut aussi gagner son pari, car le courage n'est pas la chose la plus partagée à la table du conseil exécutif. » Et c'est lui qui votera, après l'avis du très opaque comité statutaire, donnant le la au vote de l'assemblée générale.

En attendant, les candidats tentent de porter le débat sur le rôle de l'organisation et activent leurs réseaux. Ils entament une campagne pas totalement ouverte pour gagner les parrainages de 50 membres de l'assemblée générale, nécessaires pour valider leur candidature. Les officiels sont pour l'instant au nombre de trois. Deux qui ont déjà une petite notoriété dans les milieux patronaux : Jean-Claude Volot, 63 ans, le président de Dedienne Aerospace et ancien médiateur des entreprises, et Pierre Gattaz, 53 ans, président de la Fieec, la fédération des industries électriques, et du Groupe des fédérations industrielles (GFI). Le troisième, relativement inconnu, Hervé Lambel, est le président du Cerf, une organisation qui promeut les TPE-PME. Les deux premiers, issus des rangs de l'UIMM, veulent ramener l'organisation sur le terrain de l'économique [lire ci-contre l'entretien de Jean-Claude Volot]. Ils ont la légitimité que leur confère leur statut de chef d'entreprise de taille moyenne, et à qui les affaires réussissent plutôt bien. Un profil qui séduit les petits patrons de l'industrie. « Parisot a eu une présidence trop sociétale. Il faut parler du business, du terrain, confie un patron d'ETI de Picardie, membre de l'UIMM. Elle a joué la carte des services contre l'industrie, trop clivée, c'est contre-productif. Mon candidat naturel, c'est Gattaz, un patron d'ETI. » Mais pour prendre la tête du syndicat patronal, il faut aussi séduire Paris, ses grands patrons... et avoir ses entrées dans la sphère politique.

 

Réseaux et terrain

Jean-Claude Volot comme Pierre Gattaz disposent de cet atout. Le premier a frayé avec tous les grands patrons qui comptent lors de sa mission comme médiateur et il rappelle qu'il dispose de ses réseaux « Volot-Ricol » (René Ricol, l'ami indéfectible, un grand expert-comptable et ex-commissaire général à l'investissement). Pierre Gattaz, lui, baigne depuis toujours dans la sphère patronale. Son père, Yvon Gattaz, a été lui-même président du CNPF, l'ancêtre du Medef. Le 17 décembre 2012, François Hollande, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, et Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, se sont rendus dans son entreprise, Radiall, pour parler compétitivité et emploi. La fédération de l'UIMM n'a pas tranché : elle veut se prononcer en mars sur la base des programmes. Un sentiment partagé par de nombreux Medef territoriaux qui, en cas de rejet de l'option Parisot, attendent de rencontrer les candidats. D'autant que si Jean-Claude Volot a des idées bien arrêtées sur les orientations de son programme, Pierre Gattaz veut encore enrichir le sien en allant sur le terrain.

Les trois ne resteront pas seuls très longtemps. Frédéric Saint-Geours pourrait, lui aussi, entrer en lice. Patrick Bernasconi, le président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), qui a habilement mené la négociation emploi, est aussi apprécié à l'UIMM. Très légitimiste, il ne bougera pas avant que l'affaire des statuts ne soit dénouée. Geoffroy Roux de Bézieux, qui avait dû refréner ses ambitions en 2010, serait sur le point de sortir du bois. Enfin Thibault de Lanxade, le jeune patron d'Aqoba, n'a pas hésité à publier un livre au titre provocateur (« Un patronat, pour quoi faire ? ») et attend, lui aussi, le bon moment pour se déclarer.

JEAN-CLAUDE VOLOT, candidat à la présidence du Medef « Le patronat doit se prendre en main »

  • Quelle est la bonne durée d'une présidence du Medef ? Il faut dépersonnaliser la fonction pour favoriser une logique d'équipe. Par exemple, nous pourrions instituer une période active de deux ans pendant laquelle le président serait à temps plein. Il commencerait à être impliqué deux ans avant, puis le resterait pendant deux ans, pour passer la main.
  • Qu'est ce qui motive votre propre candidature ? La compétitivité des entreprises se détériore depuis dix ans. Qu'a fait le Medef depuis huit ans que Laurence Parisot est à sa tête ? Il faut que nous nous prenions en main, au lieu de jouer le choeur des pleureuses auprès des politiques. Le médiateur de la sous-traitance, celui du crédit, pourquoi tout cela vient-il toujours de l'État ? Il y a aussi la fédération des banques au Medef. Les États généraux de l'industrie, par exemple, pourquoi est-ce Christian Estrosi qui les a organisés ? Cela aurait pu être le Groupe des fédérations industrielles. Les politiques sont pleins de bonne volonté, mais ils ne connaissent pas grand-chose à l'entreprise. Mon projet, c'est d'abord la responsabilisation des entrepreneurs. Le mouvement patronal doit prendre en charge son destin.
  • L'accord sur l'emploi montre une capacité d'avancer... Oui mais le président de la République a dû menacer de légiférer. Ceci dit, la négociation a eu lieu et c'est une bonne chose. Il faut poursuivre, car cet accord est défensif. Il faudra un programme offensif pour faire revenir à la table les syndicats non-signataires. Il faut aussi mettre à l'ordre du jour l'actionnariat salarié, j'y suis très favorable. Il y a un gisement incroyable de productivité chez les salariés si on les traite différemment. On s'est fourvoyé depuis vingt ans dans un management vertical, qui brise l'autonomie des gens. Je milite pour une présence de représentants du personnel dans les entreprises dès 1 000 salariés.
  • Les entreprises trouvent que l'environnement fiscal pèse sur leurs marges. Que peut le Medef face à l'État ? Pour remonter ses marges, il faut aussi miser sur l'investissement productif, la R et D, l'export. Ce n'est pas l'État qui est à la manoeuvre. Les entrepreneurs doivent parler aux entrepreneurs. Le Medef doit inviter au mouvement, le sujet de l'export est capital.

 

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