Elargissement : Vive l'Europe à 25 !

" Le passage à 25 Etats membres est une chance pour l'Europe mais pose naturellement certains défis. A tous les niveaux de la société. "

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Dans quelques jours, l'Union européenne sera donc plus forte de 75 millions d'habitants. Des Européens dont le revenu est quatre fois inférieur au revenu moyen de leurs concitoyens de l'Ouest. Pour les statisticiens, la richesse moyenne de l'Européen va donc baisser, comparativement à celle des Américains ou des Japonais. Il n'empêche, à terme, cet élargissement représente une chance et une richesse. Car 75 millions d'habitants en plus, ce sont 75 millions de consommateurs plus solidement intégrés au grand marché européen. Ce qu'ont bien compris les constructeurs d'automobiles, de même que les grands groupes de distribution ou de l'industrie alimentaire, qui se développent sur ces marchés depuis le début des années 90. Ce sont ainsi 75 millions de consommateurs prêts à travailler dur pour élever leur niveau de vie et le rapprocher de celui plus que confortable dont on jouit en Europe de l'Ouest.
Ce désir de réussite a de quoi aviver les craintes de délocalisations puisque ces pays ont beaucoup d'attraits à faire valoir aux investisseurs potentiels : bas salaires, climat social apaisé, fiscalité faible, goût de l'effort... Bien sûr, les entreprises locales ne sont pas encore au niveau de leurs concurrentes occidentales tant au niveau technologique que par leurs capacités managériales. Mais elles progressent vite (voir dans " L'Usine Nouvelle " du 15 avril notre enquête sur les meilleures usines européennes). Et contrairement à beaucoup d'autres pays dits " à bas coûts ", ces pays qui rejoignent l'Europe sont géographiquement très proches du coeur de l'Europe. Et disposent d'un patrimoine intéressant en matière de centres de recherche et de formation scientifiques, qui ne demande qu'à être valorisé.
Nul doute que cet élargissement vers la " nouvelle Europe " pose aussi un défi à la " vieille Europe ", comme on aime le souligner aux Etats-Unis. Et pas seulement aux institutions européennes, qui devront nécessairement s'adapter, même si l'accouchement d'une constitution européenne s'avère plus compliqué qu'attendu. Sortis du monde communiste, ces pays n'ont, en effet, pas pour référent la défense systématique d'avantages acquis et de systèmes sclérosants basés sur des " acquis sociaux " par nature non réformables. Les réformes qu'ils ont dû accepter depuis quinze ans ont été beaucoup plus douloureuses que celles que l'on essaie péniblement de décider en France depuis quelques mois. Ce sont ces réformes qui vont permettre leurs succès de demain. Cet élargissement de l'espace européen le 1er mai 2004, jour de la fête du travail, devrait donc être l'occasion d'ouvrir davantage les yeux sur un monde qui change autour de nous, ce qui malheureusement ne se voit pas dans nos débats publics d'actualité. L'ouverture européenne devrait aussi ouvrir nos esprits.
Par Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

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