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L'Usine de l'Energie

Efficacité énergétique : smart à tous les étages

Manuel Moragues , , , ,

Publié le

Enquête Les compteurs communicants se déploient, surtout dans le secteur de l’eau. La télérelève mobilise opérateurs, industriels et collectivités. L’enjeu : optimiser la gestion des réseaux.

Efficacité énergétique : smart à tous les étages

Les compteurs communicants ne se limitent pas à l’électricité, même si les polémiques autour de Linky, le compteur dit « intelligent », l’ont occulté. Le projet Gazpar, dans le gaz, grandit dans l’ombre du compteur d’ERDF, la filiale d’EDF chargée du réseau de distribution. Surtout, les distributeurs d’eau ont déjà lancé le déploiement de systèmes de télérelève des compteurs. Et pour cause : quels que soient les fluides ou les charges, le dopage des réseaux aux technologies de l’information permet d’optimiser leur efficacité, notamment énergétique.

L’électricité en pointe

  • 35 millions de compteurs
  • 300 000 communicants (expérimentation)
  • Un projet national, Linky, sous l’égide d’ERDF
  • Coût environ 4,5 milliards d’euros

C’est le projet le plus ambitieux, avec 35 millions de compteurs à remplacer et des fonctionnalités qui vont bien au-delà de la télérelève. Lancement prévu pour le printemps 2013 avec un déploiement entre 2014 et 2020.

Deux millions de compteurs d’eau communicants sont installés ou en cours d’installation en France. Bien plus que dans le gaz ou dans l’électricité. La dynamique est exponentielle : « Nous avons doublé notre parc de compteurs communicants en deux ans, se félicite Pierre-Yves Senghor, le directeur marketing de M2ocity, coentreprise de Veolia et Orange. Nous en avons 600 000 aujourd’hui et nous passerons le million en 2013. À l’horizon 2020, nous en anticipons plus de 5 millions. » Le directeur général adjoint de Lyonnaise des Eaux (filiale de Suez Environnement), Pierre Andrade, confirme le basculement du marché : « Désormais, la plupart des nouveaux contrats incluent la télérelève. »

Les maires sont séduits par les avantages de ce système pour leurs administrés, à commencer par une facturation mensuelle sur la consommation réelle sans visite à domicile, contre deux relevés annuels. Surtout, la détection des fuites chez l’usager résout l’épineuse question de la facturation de l’eau perdue. Enfin, l’essor de la tarification progressive de l’eau donnera une valeur supplémentaire au suivi quotidien des consommations permis par la télérelève.

Le gaz se prépare

  • 11 millions de compteurs
  • 100 000 communicants (grands comptes)
  • Un projet national, Gazpar, sous l’égide de GRDF
  • Coût Environ 1 milliard d’euros

Le projet Gazpar vise à remplacer ou à rendre communicants les 11 millions de compteurs français pour permettre leur télérelève. La décision de lancement de Gazpar devrait être prise par le gouvernement avant l’été pour un déploiement entre 2015 et 2021.

L’eau en plein essor

  • 20 millions de compteurs
  • 2 millions communicants
  • Autant de projets possibles que de syndicats des eaux locaux
  • Coût De 3,5 milliards à 5,5 milliards d’euros

Il existe quelque 14 000 services d’eau potable en France. Cette fragmentation a favorisé l’essor précoce de la télérelève (avec des villes pionnières comme Paris), mais elle devrait freiner sa généralisation. D’ici à 2020, 80% des compteurs devraient être communicants.

Au-delà, « connaître plusieurs fois par jour la consommation d’eau de tous les clients ouvre le champ du smart grid », indique Pierre Andrade. Avec un suivi inédit des pertes sur le réseau de distribution. L’enjeu est de taille : un quart de l’eau injecté dans les réseaux des villes françaises est généralement perdu. Des pertes atteignant parfois 40%. Réduire ce taux a un impact immédiat en matière d’efficacité énergétique et de coût. L’énergie représente plus de 35% du coût de production de l’eau potable, selon une étude du cabinet McKenzie pour le fabricant de compteurs Sensus. Un niveau maximal de pertes devrait en outre être imposé par les pouvoirs publics dans les prochaines années.

 

Compétition

Reste que pour rénover les réseaux vieillissants sans surinvestir, il faut aller plus loin. Quadriller le réseau de compteurs et de débitmètres permet de le découper pour mieux identifier les pertes. En les couplant à des batteries d’« oreilles acoustiques », les fuites peuvent être détectées et localisées. Les réparations sont alors mieux ciblées. Cette gestion optimisée de l’infrastructure peut se doubler d’un pilotage fin de la qualité de l’eau. Les sondes d’Endetec, filiale de Veolia, mesurent en permanence la conductivité, la température, la teneur en chlore… De quoi anticiper les dérives ou les incidents pour les corriger avant que la qualité de l’eau ne soit dégradée. L’ensemble de ces analyses forme l’intelligence du réseau. Les capteurs qui l’alimentent transmettent leurs informations par radio aux récepteurs mis en place pour la télérelève. « Une fois qu’on a l’infrastructure télécoms, on peut rajouter quantité de capteurs pour un faible coût. C’est toute la puissance du système », s’enthousiasme Pierre Andrade.

L’infrastructure télécoms de la télérelève, qui constitue la colonne vertébrale du réseau d’eau intelligent, est au cœur de la compétition que se livrent les industriels de l’eau… et d’ailleurs. Les fabricants de compteurs étoffent leurs technologies de télécommunication. Sensus a ajouté dans son dernier compteur un protocole ouvert en plus du langage maison. Elster a racheté la technologie radio de Coronis dès 2007. Pionnier de la télérelève, Itron s’ouvre aux autres protocoles et remonte la chaîne de valeur de la donnée jusqu’à la facturation. Quant aux grands opérateurs de l’eau, ils misent sur des filiales spécialisées. Créée en 2009, Ondeo Systems développe la technologie radio 169 mégahertz (MHz) de Lyonnaise des Eaux. M2ocity s’appuie sur la technologie 868 MHz de Homeriders, rachetée par Veolia en 2009. Les opérateurs comme Orange se ruent sur les télécommunications machine-to-machine associées aux réseaux intelligents. Les récepteurs radio qui collectent les données des compteurs et autres capteurs relayent ces informations vers un serveur central via le réseau de téléphonie mobile GPRS. SFR mène ainsi des discussions approfondies avec Suez Environnement.

L’eau en plein essor

  • 20 millions de compteurs
  • 2 millions communicants
  • Autant de projets possibles que de syndicats des eaux locaux
  • Coût De 3,5 milliards à 5,5 milliards d’euros

Il existe quelque 14 000 services d’eau potable en France. Cette fragmentation a favorisé l’essor précoce de la télérelève (avec des villes pionnières comme Paris), mais elle devrait freiner sa généralisation. D’ici à 2020, 80% des compteurs devraient être communicants.

Mutualisation des infrastructures

La bataille fait rage au niveau du réseau radio local. Entre M2ocity et Ondeo, c’est la course au nombre d’objets connectés pour imposer sa technologie. Ondeo vient de prendre une longueur d’avance en remportant, auprès de GRDF, le contrat de développement du système de télérelève de Gazpar. De quoi voir la technologie 169 MHz d’Ondeo se déployer sur 11 millions de compteurs. « Le contrat avec GRDF est l’occasion de passer à l’échelle supérieure », résume Henry Saint-Bris, le directeur de la stratégie de Suez Environnement. Au-delà, il pourrait lancer un rapprochement inédit entre l’eau et le gaz. GRDF travaille à un protocole de communication commun aux deux fluides. Ceux-ci partagent, à la différence de l’électricité, une même contrainte très structurante : leurs compteurs fonctionnent avec une batterie et doivent donc être très sobres. Si les pouvoirs publics lancent Gazpar, son infrastructure télécoms « sera techniquement capable d’accueillir d’autres données que le gaz, par exemple celle des compteurs d’eau », avance Jean Lemaistre, le directeur finance et marchés de GRDF. Pierre Andrade en est convaincu : « Cela ferait peu de sens qu’on déploie une infrastructure en parallèle pour l’eau. »

L’enjeu de cette mutualisation des infrastructures est la réduction du coût de la télérelève ou des futurs services de la « smart city ». C’est un élément clé du business model de M2ocity, qui souhaite mettre ses réseaux de télérelève d’eau au service des territoires. C’est aussi l’ambition de SigFox. Grâce à une technologie de communication très longue portée adaptée du spatial, cette start-up toulousaine promet un service de télérelève 30 à 50 fois moins cher que les tarifs actuels. Une technologie qui se passe de la téléphonie, car le réseau de SigFox couvrira la France d’ici à la fin 2013. « Nous avons déjà signé des contrats avec des grands industriels de l’énergie et de l’environnement », assure Ludovic Le Moan, son PDG, qui martèle : « Nous proposons une révolution ! » De quoi dynamiser encore un peu plus la télérelève.

Linky, le pionnier retardé

Le feuilleton Linky toucherait-il à sa fin ? Depuis l’expérimentation démarrée en mars 2010, la généralisation des compteurs d’électricité communicants épuise les ministres de l’Énergie : tentative de passage en force de Jean-Louis Borloo en septembre 2011, lancement officiel un an plus tard par Éric Besson avec un appel d’offres alors prévu pour début 2012… Et puis, plus rien jusqu’à la reprise du dossier par Delphine Batho, en octobre 2012. Aujourd’hui, selon ERDF, toutes les parties prenantes s’accordent sur les fonctionnalités de Linky. La bataille pour la propriété du compteur s’est achevée par la capitulation d’ERDF devant l’intransigeance des collectivités locales. Reste la question du financement des 4,5 milliards d’euros du projet et des garanties associées. Un gros morceau qu’ERDF espère voir trancher dès le printemps 2013. Un premier appel d’offres pour 7 millions de compteurs serait alors lancé.

Connaître plusieurs fois par jour la consommation d’eau de tous les clients ouvre le champ du smart grid.

Pierre Andrade, directeur général adjoint de Lyonnaise des Eaux

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