Edito : L'Europe, la mal aimée

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Edito : L'Europe, la mal aimée
Qui aime l'Europe ? Avec un taux d'abstention de 66% prévus à l'élection du 7 juin prochain, selon un sondage du Parlement européen, visiblement peu de monde. Si les prévisions se confirment, ce sera un record. Un record dans la continuité : depuis 1979, l'érosion du nombre des votants est constante.

Pourtant, le pouvoir octroyé au parlement est inversement proportionnel à l'implication des citoyens. Avec 142 directives et 145 règlements en 4 ans, portant sur autant de domaine que l'environnement, la consommation l'industrie, la libre circulation des travailleurs, l'impact sur la vie quotidienne de tout un chacun n'est pas neutre.

A titre d'exemple, en quatre ans le Parlement s'est penché sur le Paquet Energie (amendé par la France et l'Allemagne); les industriels ont bien sûr en tête la législation REACH (évaluation de 30 000 substances chimiques sur la santé) ; le paquet ferroviaire et maritime où toujours en cours le Paquet télécoms (adopté le 6 mai prochain) avec une politique commune sur le spectre de fréquence et l'itinérance, l'harmonisation du marché intérieur et bien sûr la politique agricole commune...Détailler chaque répercussion sur la vie quotidienne des citoyens et entreprises serait fastidieux, mais elle est bien entendue supérieur à la publicité donnée à l'Europe en France.

A contrario, cette désaffection pour l'Europe et ses institutions s'expliquent aisément. A un moment de crise comme celui que nous traversons, jamais les antagonismes entre Etats n'ont été aussi flagrants. Alors que l'Allemagne tourne ses regards vers l'Est, la France avec l'Angleterre guette outre-Atlantique et oublie, à tort et a contrario de l'Allemagne, la Russie. Même le péril de l'industrie automobile n'a réussi à susciter une politique concertée, tout juste un prêt de la BEI.

Hormis le rôle de la BCE dans le contrôle, parfois rigide, des taux, l'Europe dans la crise s'est repliée au nom du chacun pour soi et le marché pour tous.
Seul le G20 a réussi à entériner une partie des préconisations du Parlement sur divers aspects de la régulation. Qui autrement seraient sans doute restées lettre morte.

Autre axe de désaffection, d'un point de vue politique, les enjeux internes sont assez faibles : l'abstention, c'est connu, profite surtout aux partis au pouvoir et aux extrêmes.
Qui aime l'Europe ? Même pas les politiques dont, pour certains, la perspective de siéger au parlement s'apparente à un exil quasi sibérien. Il y a mieux pour susciter l'envie.

Fabrice Frossard

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