EdF : vers une privatisation hasardeuse

Le capital de l'électricien public va sans doute être ouvert. Mais cela ne règle pas le problème de la stratégie à mettre en œuvre, ni celui d'un lourd endettement.

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La privatisation d'EdF est un des sujets de débat dans la campagne présidentielle, même si, au fond, tout le monde s'accorde à prévoir une ouverture du capital de l'électricien public, à terme assez rapproché.

Mais, si les tabous politiques sont pratiquement tombés, la mise sur le marché d'EdF ne sera pas pour autant une opération facile à mener. Car la stratégie de l'entreprise soulève de nombreuses questions. Pendant les années 1970 et 1980, EdF a profité d'un marché électrique national très dynamique et des économies d'échelle permises par son parc nucléaire.

Mais, depuis le milieu des années 1990, la part de marché de l'électricité s'est stabilisée, et EdF doit maintenant faire une place à des concurrents. D'où l'idée de parier sur le développement international, qui représente aujourd'hui 35 % du chiffre d'affaires total. Les comptes 2001, présentés hier, montrent que cette stratégie est loin d'être rentable. Non seulement, elle a conduit EdF a un endettement assez conséquent - 22,2 milliards d'euros, soit 1,6 fois les fonds propres - mais les crises des marchés d'Amérique latine ont contraint l'électricien a une comptabiliser une baisse de 1,32 milliard d'euros de ses fonds propres. En Europe, la rentabilité des opérations étrangères est également médiocre.

EdF privatisée devra sans doute trouver d'autres sources de croissance, dans les " utilités ", l'environnement, comme les Allemands E.on ou RWE. Mais, cela nécessitera d'importantes mises de fonds, alors qu'en plus de son endettement, l'entreprise va devoir provisionner plus de 40 milliards d'euros pour financer le système de retraites avantageux de ses agents.

Sans compter que l'entrée dans de nouveaux métiers, sur de nouveaux marchés, pose forcément des problèmes de capacité managériale pour une entreprise marquée par sa culture de service public à la Française.

Jean-Pierre GAUDARD

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