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L'Usine de l'Energie

EDF inaugure une centrale hydraulique située en pleine ville

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Près de Grenoble, EDF vient d'inaugurer la plus puissante de ses microcentrales hydrauliques. Grâce à une technologie de turbine adaptée à de très faibles chute d'eau, l'installation a pu être installée en milieu urbain dans la communauté d'agglomérations de Grenoble.

Crédits : Ludovic Dupin 

"Quand j'étais petit, j'ai appris par cœur le nom des grands barrages des Alpes... Je n'aurais jamais imaginé alors qu'une centrale hydraulique pouvait prendre place dans un milieu urbain, presque au cœur de Grenoble", s'amuse le député PS de l'Isère Michel Issindou, à l'occasion de l'inauguration de la centrale du Rondeau dans la commune d'Echirolles (Isère). C'est la plus puissante des microcentrales de France et surtout, c'est la première qui vient se loger dans une grande communauté de communes.

L'installation, qui est entrée en activité en février 2015 pour un investissement de 8,7 millions d'euros, utilise l'eau d'une toute petite chute de 4,30 mètres à l'extrémité du canal de fuite du Drac, un canal artificiel pris en amont sur la rivière.

Pour l'exploiter, il a fallu faire appel à une technologie nouvelle "made in France", la turbine VLH (Very Low Head), conçue et assemblée par la PME aveyronnaise MJ2 Technologies.

Une turbine silencieuse

La machine, de 5 mètres de diamètre et de 32 tonnes, est capable d'adapter sa vitesse au débit variable de très faibles chutes d'eau. Grâce à leur compacité, quatre turbines ont été placées de front sur le lit du canal et permettent de développer une puissance de 2,2 MW, de quoi alimenter 5700 foyers environ. Sa vitesse maximum est de 50 tours par minute. Cette "lenteur" de rotation permet de limiter le bruit - environ 60 décibels, le niveau d'une conversation-, condition indispensable en milieu urbain.

L'intégration environnementale a été une difficulté du chantier. Afin de ne pas trop perturber les usagers de la piste cyclable avoisinante par exemple, l'installation a été à abaissée, en partie enfouie, sa façade a été recouverte d'un parement de pierres et sa toiture a été végétalisée. Par ailleurs, du fait de la lenteur de rotation des turbines, l'installation est ictyophile, c'est-à-dire que les poissons peuvent passer entre les pales sans danger pour leurs écailles.

Turbine - Ludovic Dupin

Une centrale autonome

La dernière des grandes microcentrales ?
Le président de M2J Technologie, Marc Leclerc, qui a fournit les 4 turbines innovantes du barrage du Rondeau, se réjouit de travailler avec EDF. L'électricien historique a déjà acheté 24 des 60 turbines vendues par la PME de Millau (Aveyron). Mais l'homme est inquiet. Il craint que la centrale de Rondeau ne soit la dernière des grandes centrales hydraulique en France. Le changement du système de financement des énergies renouvelables vise pour les grandes puissances (supérieures à 1MW) à avoir un simple complément au prix de marché, plutôt qu'un tarif garanti de rachat. Pour Marc Leclerc, "c'est la mort de la filière hydraulique. Nous allons tous devoir partir à l'étranger ou mourir". Yves Giraud, le directeur de la division production ingénierie hydraulique, est plus optimiste : "la loi de transition énergétique vise à réintégrer au marché les énergies renouvelables, qui sont de plus en plus efficaces ".
Dernière innovation : la digitalisation. La centrale est entièrement autonome. Elle adapte elle-même son turbinage selon les conditions hydrauliques. Du coup, les techniciens, qui surveillent les trois installations hydrauliques du canal, sont passés à l'ère digital avec la centrale du rondeau.

Tous les panneaux de contrôle de la centrale peuvent être lus à distance depuis un smartphone ou une tablette. Il n'est pas possible d'agir sur la centrale à distance, sauf intervention de sûreté et de sécurité, mais ces écrans déportés permettent de limiter les besoins d'inspection In Situ.

L'enjeu pour EDF de la micro-hydraulique est de tirer le potentiel maximum des vallées où il est exploitant. Toutes les grandes installations hydrauliques ont été construites il y a longtemps, puis optimisée ces dernières années. Et les quelques mégawatts à récupérer encore proviendront de la petite hydraulique.

Avec cette dernière, "EDF s'inscrit pleinement dans le plan de développement CAP 2030, présenté par le PDG de Jean-Bernard Lévy, qui prévoit un doublement de la puissance renouvelable du groupe", explique Yves Giraud, directeur de la division production ingénierie hydraulique. "La part de la petite hydraulique dans cette croissance sera faible en terme de puissance, mais la flexibilité de ces outils sera indispensable pour accompagner le développement des autres énergies renouvelables intermittentes", ajoute-t-il.

A Echirolles, Ludovic Dupin

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