EdF/GdF : L'impossible recul

Le changement de statut d'EdF et de GdF sera le dossier test de la volonté du Gouvernement de poursuivre les réformes.

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" Qu'on ne compte pas sur moi pour faire une politique qui conduirait le pays à rien d'autre qu'au désastre financier... Il ne faut pas continuer à vivre au-dessus de ses moyens " : pour son premier entretien télévisé depuis son arrivée à Bercy, Nicolas Sarkozy a tenu à rassurer tous ceux qui s'inquiétaient des propos laxistes tenus par le président Chirac après la défaite électorale de son camp. Venant après le discours de Jean-Pierre Raffarin, maintenant tant bien que mal le cap sur les réformes devant une Assemblée nationale boudeuse, la mise au point du nouveau ministre de l'Economie et des Finances et de l'Industrie a fait du bien. D'autant que, reprenant ses habits de pédagogue déterminé, il a tenu aux Français un langage de vérité, indispensable compte tenu de l'importance des déficits à la dérive.
Reste que Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Raffarin n'auront pas seulement à se garder d'une gauche socialiste encouragée à l'opposition systématique (posture qui lui a si bien réussi le mois dernier). Le très chiraquien Jean-Louis Debré, du haut du perchoir de l'Assemblée nationale, s'est aussitôt inquiété de l'influence des " intégristes du libéralisme " (sic) et a rappelé le besoin de mettre plus de social dans l'action du Gouvernement. Au risque d'encourager un peu plus, au sein de la majorité, les détracteurs des réformes.
Les opposants ne désarment pas. Comme l'a montré la journée d'action du 8 avril, suivie par le plus grand nombre d'agents d'EdF et de GdF qui ont pratiqué, pour la première fois depuis plus de 15 ans, des délestages de courant, certes encore très limités et sélectifs. Ils vont cependant se retrouver confrontés au Premier ministre et à Nicolas Sarkozy, qui ont tous deux engagé leur autorité sur ce premier dossier. Les deux hommes ne peuvent ainsi plus reculer. Au moins ont-ils abordé le dossier avec intelligence. En annonçant que le Gouvernement allait relancer enfin le programme nucléaire français (lire page 25), le Premier ministre a mis en difficulté l'opposition : les communistes y sont favorables, les socialistes, qui n'ont pas eu le courage de le faire sous Lionel Jospin, s'y opposent mollement aujourd'hui, tandis que les Verts sont naturellement vent debout contre tout projet nucléaire.
Nicolas Sarkozy, de son côté, a pris des engagements solennels et clairs, censés répondre aux craintes des agents d'EdF : pas de changement de statut pour les agents, pas de privatisation. GdF et EdF, qui n'ont que trop attendu, ont besoin d'une marge de manoeuvre supplémentaire pour faire face à un marché qui s'ouvre toujours plus à la concurrence et pour assurer leur avenir en poursuivant leur croissance à l'international. Certes EdF a été quelque peu dispendieuse en la matière. Mais nombre d'entreprises du CAC 40 ont fait les mêmes erreurs : les nombreuses dépréciations d'actifs de ces dernières années le montrent. Comme Bruxelles a exigé que les deux établissements publics ne puissent plus bénéficier des avantages que leur statut leur donnait, il est normal qu'on leur rende leur liberté d'action, hors du giron de l'Etat.
Par Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

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