EDF ET GAZ DE FRANCE PEUVENT-ILS FUSIONNER SUR LE MODÈLE ALLEMAND ?

Après la fusion controversée de E.On et Ruhrgas

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OUI : HENRI GUAINO
Ancien Commissaire au Plan, ancien administrateur d'EdF
" La convergence gaz-électricité s'impose "
La fusion EdF-GdF est la solution la plus logique pour exploiter des complémentarités entre les deux entreprises, dont 65 000 employés sont marqués par une forte culture de la mixité. La logique industrielle et commerciale y pousse et le droit européen n'y fait pas obstacle. La fusion E.On-Ruhrgas s'inscrit dans la tendance lourde de la convergence gaz-électricité. L'offre multi-énergie s'accroît : on fabrique de plus en plus d'électricité avec du gaz et, pour être compétitif, il faut pouvoir arbitrer entre plusieurs sources d'énergie. Si l'on ajoute que le renouvellement du parc européen de production électrique privilégiera les centrales à gaz et que la production décentralisée fait largement appel au gaz à travers la cogénération et les cycles combinés, on mesure à quel point il est difficile pour une entreprise électrique de vivre sans gaz, même quand elle dispose, comme EdF, de l'atout du nucléaire. On mesure aussi combien il est difficile pour une entreprise du type GdF de se tenir à l'écart du marché de l'électricité. Or les directives européennes obligeant à donner une indépendance totale à l'activité de transport, GdF est appelée à devenir, pour l'essentiel, une entreprise de négoce et de commercialisation qui n'aura pas les moyens capitalistiques d'un développement autonome sur le marché européen du gaz et de l'électricité. Faut-il s'inquiéter de l'émergence d'une concurrence oligopolistique dans le gaz et l'électricité ? Mais la concurrence parfaite est une chimère. Dans ce secteur, la concurrence sera oligopolistique ou ne sera pas. Il nous faut raisonner à partir de cette réalité.

NON : CLAUDE TURMES
Député au Parlement européen (groupe Verts/ALE), rapporteur de la directive électricité
" Le risque d'oligopole est trop grand "
La fusion E.On-Ruhrgaz et surtout les conditions dans lesquelles se sont conclues les négociations finales sont difficiles à accepter pour les partisans d'un marché concurrentiel de l'énergie. La Commission de Bruxelles a sous-estimé le pouvoir de ce que les " électriciens " d'Outre-Rhin appellent pudiquement le " filz ", ce réseau discret mais efficace où se rejoignent les intérêts supérieurs de l'Allemagne, qui, pour un observateur extérieur, évoque des comportements mafieux. Bruxelles va réagir, ne serait-ce que pour tuer dans l'oeuf toute opération française qui serait dictée par la même logique. Les Britanniques mais aussi les Scandinaves, les Néerlandais, les Belges et les Italiens n'ont rien à gagner à une " oligopolisation " croissante du marché énergétique européen. Face à la menace d'un trio Energie de France (la fusion d'EdF et de GdF), E.On-Ruhgas et RWE, ces pays ont intérêt à protéger leurs acteurs de plus petite taille et plus vulnérables. Il leur suffira d'envoyer une lettre recommandée au commissaire européen à la Concurrence, Mario Monti.
D'autre part, le Parlement européen aura le mot de la fin sur la directive libéralisation de l'énergie. L'évolution de la situation en Allemagne ne peut que conforter les parlementaires dans leur analyse qu'il est impératif de séparer les activités des réseaux et les activités de production/achat et de vente. Nul doute que le Parlement fera du forcing sur la question : la crédibilité de la régulation de l'énergie est en jeu. La crédibilité de la démocratie également. On ne peut laisser les budgets marketing des nouveaux " maîtres de lumières " faire la loi. Propos recuellis par Alain Jemain

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