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EDF dope son bénéfice 2009 à l’international

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L'électricien public sauve la mise à l'international : il annonce des résultats 2009 dopés par le groupe British Energy et dit s'attendre à une hausse « significative » de son résultat brut d'exploitation (Ebitda) en 2010.

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Pour la première conférence de presse financière d'Henri Proglio au titre de patron d'EDF, les flash ont crépité. EDFa réalisé un bénéfice net de 3,92 milliards d'euros sur l'année, contre 4,39 milliards en 2008. Le résultat brut d’exploitation (Ebitda) est en hausse à 17.466 millions d’euros, et le résultat d'exploitation s’élève à 1.107 millions. Le chiffre d'affaires progresse aussi de 3,9% à 66,34 milliards d'euros, mais recule de 0,8% en France (à 34 milliards).
 

« Capitaine » du nucléaire français

La métaphore footballistique a été de mise pour Henri Proglio, qui a vu EDF en « capitaine » de l’équipe de France nucléaire. « Ca ne veut pas dire sélectionneur»,, a-t-il précisé. « Anne Lauvergeon (Areva) est-elle dès lors gardienne de buts? Quid de Gérard Mestrallet (GDF SUez) ? » a interrogé notre consœur de Libération Alexandra Schwartzbrod. « EDF n’est pas le sélectionneur. Le sélectionneur décide du latéral gauche et de l’avant-droit », a répondu Henri Proglio. « Le capitaine fait quant à lui les passes et veille à ce que le collectif soit le meilleur possible ».
EDF fait triste mine en France

L’année 2009 a été difficile. La demande d'électricité des clients d'EDF a reculé de 2% en France en 2009 et de 5% pour les grands clients industriels.

Importateur net. La production nucléaire a en outre baissé à son plus bas niveau depuis 10 ans, obligeant le groupe à « augmenter significativement ses achats nets » d'électricité sur les marchés de gros. Ces achats, passés de 6 TWh en 2008 à 24 TWh en 2009, ont « fortement pesé sur les performances financières » du groupe. « C'est la deuxième année consécutive que nous avons été acheteurs nets d'électricité hors de France, alors que nous sommes traditionnellement exportateurs », a remarqué Daniel Camus, directeur financier d'EDF.

Coût de l’indisponibilité. Le taux de disponibilité du parc nucléaire, affecté par des mouvements sociaux et des pannes fortuites, est tombé à 78% en 2009, sont plus bas niveau depuis 1992.Une indisponibilité qui a représenté « un milliard d’euros de manque à gagner », a indiqué Daniel Camus, un manque à gagner « compensé par l’international ».

Disponibilité : de 78% à 85% en 3 ans

Le pari est audacieux. Le patron d’EDF souhaite faire passer le coefficient de disponibilité des centrales nucléaires françaises de 78% à 80% en 2011, puis 85% « en trois ans », soit d’ici à 2013. Or le plus haut jamais atteint est de 83,5%, tandis que les centrales coréennes, belges ou américaines frisent les 90%. Hervé Machenaud, nouveau responsable de la production d'EDF, a d’ores et déjà quelques idées pour améliorer la donne : accélérer les rebobinages d’alternateurs, mieux équilibrer la marge de manœuvre des directeurs de site face à la gestion standardisée de l’ensemble du parc. Pas de révolution, mais des ajustements à tous les étages.
L’efficacité du parc est un « sujet essentiel » a affirmé Henri Proglio. « La première des priorités est la performance industrielle du parc de production ». Dès 2010, le coefficient de disponibilité doit passer de 78% à 79,5 voire 80%. Hervé Machenaud, qui a la responsabilité de l’ensemble de la production, doit intégrer une forte capacité d’ingénierie. Corollaire : une hausse de l’investissement. Rien de nouveau par ailleurs sur l’EPR de Flamanville : le patron d’EDF s’est borné à rappeler l’échéance de 2012 pour le raccordement au réseau et 2013 pour la mise en service, se gardant d’officialiser tout nouveau retard. Il a par ailleurs appelé à ne pas juger l’EPR sur un « exemplaire pilote en cours de construction ».
 

L’international sauve la mise

La performance de l'électricien tricolore a été soutenue par les activités internationales, grâce notamment à l'acquisition de l'opérateur nucléaire britannique British Energy. Le fonctionnement à plein des centrales nucléaires britanniques, qui ont livré 54 TWh en 2009, y est en effet pour beaucoup. En comparaison, les centrales françaises ont produit 380 TWhen 2009.

Ascenseur social

Fier des deux campus EDF lancés en France et en Grande-Bretagne pour la formation continue et le transfert de savoirs-faires, Henri Proglio souhaite faire d’EDF une « référence en mobilité sociale et en création de compétences ».
L’international réprésente plus de la moitié du chiffre d'affaires, et plus de la moitié du résultat net.

Les 4 pays prioritaires pour le nucléaire sont la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Chine, et l’Italie. Plus inattendu, la Pologne est une terre pleine de promesses pour le groupe, en particulier sur la biomasse. EDF y a réalisé 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
 

Une dette importante : 42,5 mds € sur 250 mds € d'actifs
 

Corollaire de l’expansion à l’international, la dette reste imposante. Elle a bondi de 73% en 2009 pour s'établir à 42,5 milliards d’euros, en raison des acquisitions opérées par le groupe au Royaume-Uni (British Energy), en Belgique (SPE) ou aux Etats-Unis (Constellation). En comparaison, la dette était de 24,5 milliards à la fin 2008. « Il suffit de vendre 42,5 milliards d’actifs sur les 250 d’EDF pour réduire la dette à zéro »,a  souligné Henri Proglio. « Je préfère créer de la valeur pour l’actionnaire, et maintenir un ratio dette/EBITDA constant, plutôt que de chercher à réduire la dette en valeur absolue ».

Loi Nome : 300 M€ pour l'allongement du Tartam

« Vous ne m’entendrez jamais dire que je suis hostile à la concurrence. Mais la logique d’un marché est d’inciter à l’investissement productif », a souligne Henri Proglio au sujet de la loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité. « La cohérence et l’organisation du parc nucléaire doivent être prises en compte. Par ailleurs, toute décision doit être prise dans le respect des grands équilibres : il est crucial de nous donner les moyens d’allonger la durée de vie des centrales en toute sécurité. ». L’impact de l’allongement du Tartam de juillet à décembre 2010, du fait du retard pris par la loi Nome, a été évalué à 20 TWh soit 300 millions d’euros de dotation supplémentaire.
Le groupe a réalisé des investissements d'un montant de 12,4 milliards d'euros en 2009 (dont 7,2 milliards en France, parmi lesquels 2,3 milliards consacrés au plan de relance) et des acquisitions de sociétés pour un montant de 14,7 milliards d'euros. Une montée d’EDF au capital du groupe de services à l'environnement Veolia « n'est pas une priorité » a d'ailleurs indiqué Henri Proglio. La presse avait fait état d'un projet de montée d'EDF à hauteur de 15% du capital de Veolia, contre 3,71% actuellement. Cette opération devait se faire en échange de la participation de l'électricien public dans la filiale commune aux deux groupes, Dalkia. « La priorité, c'est l'ambition industrielle et la création de synergie » entre les deux groupes, a-t-il affirmé.  Des synergies qu’il identifie dans la gestion des certificats d’économie d’énergie, la voiture électrique et la mobilité urbaine, ou bien la production décentralisée et renouvelable, telle que la cogénération, l’éolien, le solaire.

Des cessions ? EDF, qui veut conserver une structure financière solide avec un ratio dette nette/Ebitda compris entre 2,5 et 3, a confirmé qu’il continuait à viser un programme de cessions qui devrait alléger son endettement financier net d'au moins 5 milliards d'euros en 2009-2010. Reste à déterminer de quelles cessions il s’agira. EDF Energy? EDF «prendra la décision de vendre ou non» son

Casquettes

Le patron d’EDF s'est refusé à donner la date précise à laquelle il comptait quitter la présidence du conseil d'administration de Veolia. Il a cependant précisé que cette « fonction non exécutive » chez Veolia visait à assurer une « transition » pendant « quelques mois ».
M. Proglio a signifié qu’il ne comptait pas non plus quitter son rôle d’administrateur dans d’autres sociétés, indiquant que cela ne représentait que « quelques réunions trimestrielles ». La presse avait fait état de son intention de quitter le conseil d'administration de Natixis.
réseau de distribution d'électricité au Royaume-Uni, lors d'un conseil d'administration « fin mars-début avril », a indiqué M. Camus. Ce réseau est évalué à plus de 4 milliard d'euros. RTE? Il y a des « réflexions en cours », mais la question n’est pas d’actualité. « Certains actifs non stratégiques peuvent être arbitrés ». Les arbitrages ne sont pas faits.

Les filiales RTE et ERDF, pourtant censées être indépendantes de la maison-mère, se sont vues raccrochées au groupe au titre de la « qualité de service » visant les clients que sont les collectivités locales et les industriels. Une qualité de service nécessitant une « organisation repensée, remise sur les rails, favorisant le sentiment collectif d’appartenance à un groupe intégré », a indiqué Henri Proglio.
 

Dividende

Les concurrents d’EDF versent entre 50% et 60% de la valeur ajoutée aux actionnaires, a indiqué Daniel Camus : l’électricien a tranché sur 54%. EDF versera un dividende de 1,15 euro à ses actionnaires (dont l'Etat à 85%) au titre de l'année 2009, contre 1,28 euro pour 2008.

 

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