EdF doit être impliqué dans le programme chinois

Entretien avec Hervé Machenaud, le directeur de la branche Asie Pacifique.

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EdF doit être impliqué dans le programme chinois

« EdF ne souhaite pas se mettre en concurrence avec les Chinois. Nous voulons surtout qu’ils lancent leur nucléaire sur notre modèle, afin d’entraîner toute la filière française », explique Hervé Machenaud, le directeur de la branche Asie Pacifique du groupe. A ce titre, le début d’août est une échéance importante. L’électricien français et le chinois CGNPG vont finaliser leur joint-venture pour la construction et l’exploitation de deux réacteurs EPR à Taishan, dans la province du Guangdong, vendus par Areva en novembre 2008 pour 8 milliards d’euros. Aussi, pour EdF, la priorité se situe-t-elle dans la mise en service effective en 2012, de la tête de série de ce réacteur de troisième génération à Flamanville (Manche), suivie en 2014 par celle de la première tranche de Taishan. « D’ici à dix ans, la stratégie de renouvellement du parc nucléaire français passera par la réussite du programme EPR (Areva- Siemens) », déclarait récemment Pierre Gadonneix, le patron d’EdF, lors d’un voyage en Asie.

Où en est la Chine en matière de production énergétique ?
En puissance installée, la Chine, c’est 75 % de charbon et 25 % d’hydraulique. Chaque année, il se construit 100 GW de production supplémentaire d’électricité, soit l’équivalent du parc français ! Une centrale à charbon de 1 000 MW est mise en service chaque semaine, pour un coût équivalent au quart de celui d’une centrale construite en Europe. Déjà, les technologies les plus avancées dans le domaine énergétique sont présentes en Chine, autant dans le charbon supercritique que dans l’hydraulique. Et il en sera très rapidement de même dans l’éolien, puisque qu’une capacité de 100 GW sera installée dans le pays d’ici à 2020.
Qu’en est-il du nucléaire ?
C’est moins de 2 % de la puissance installée à ce jour. Mais la Chine rattrape peu à peu son retard. Leur récent programme prévoit de disposer, pour 2020, de 70 GW en exploitation et de 30 GW en construction. Ce qui correspond à la mise en service de 6 GW par an, soit l’équivalent de la capacité de six réacteurs par an, dès cette année et jusqu’en 2020. A titre indicatif, le nucléaire en France représente 65 GW installés à ce jour.
Quels types de réacteurs installent les Chinois ?
En parallèle des deux EPR et des quatre AP1000 engagés avec des partenaires étrangers, le programme chinois prévoit aussi de construire 34 CPR-1000 avant 2015. Il s’agit d’un réacteur de deuxième génération, mis au point à l’origine par les Français [ndlr : Daya Bay dans les années 1980], moins cher que les réacteurs de troisième génération, que sont l’EPR d’Areva-Siemens ou l’AP1000 de Toshiba-Westinghouse.
Comment EdF accompagne-t-il ce développement ?
Jusqu’ici nous étions assistant à maître d’ouvrage. Nous aidons les Chinois à faire le métier que nous faisons en France, c’est-à- dire à démarrer les réacteurs. Nous leur apportons le retour d’expérience d’exploitation, un point très important dans le processus industriel. De notre côté, nous cherchons à mieux connaître le tissu local des fournisseurs, dans une filière qui se met progressivement en place. En août dernier, avec CGNPG, nous avons finalisé un accord decoopération pour la construction et l’exploitation, pour une durée de cinquante ans, de deux réacteurs EPR à Taishan vendus en novembre par Areva. Ce joint-venture entre EdF et CGNPG devrait être finalisé cet été, une fois l’agrément technique obtenu sur les « détails du projet » par l’Autorité de sûreté chinoise. Le contrat prévoit qu’EdF prenne une participation d’environ un tiers au capital de Taishan Nuclear Power Company (TNPC), la société propriétaire des EPR.
Les travaux de la première tranche ont-ils commencé ?
A la mi-2008, nous avons commencé l’excavation du radier. L’acte fondateur, c’est-à-dire la coulée des premiers bétons, devrait se faire au mois d’août prochain, dès la signature du joint-venture, pour une mise en service en 2014.
Y aura-t-il une procédure classique d’appels d’offres pour les équipements ?
Bien sûr ! Pour la première tranche, cela se fera sur la partie nucléaire, avec Areva en consortium et sur celle non-conventionnelle avec Alstom. Ainsi, 30 % des achats devraient être français. Pour le deuxième réacteur, ce sera différent. La Chine ayant une expérience sur des centrales plus classiques, un certain pourcentage a déjà été fixé concernant leur apport.
Cela veut-il dire que toutes les pièces seront produites en Chine ?
Lorsque la Chine construira dix tranches par an, la fourniture des équipements se fera localement, y compris pour équiper les réacteurs en Europe. L’industrie du nucléaire sera alors en Chine, même si elle n’est pas nécessairement chinoise. C’est pourquoi, indépendamment du nombre d’EPR construits là-bas, il faut que nous soyons impliqués dans leurs projets. Les Chinois gardent des liens avec tous ceux susceptibles de leur apporter des innovations, tels les Américains et les Japonais.
Où en sont vos concurrents ?
La construction du premier AP1000 au monde, le nouveau réacteur de 1 175 MW de Westinghouse-Toshiba, vient juste d’être lancée à Sanmen. Sa mise en service est prévue en 2014, la même année que le premier EPR de Taishan. Les Chinois ont acheté quatre exemplaires de l’AP1000 et deux AES92, le VVER de 1 050 MW des Russes, qui finalisent actuellement une alliance stratégique avec l’allemand Siemens. Nous devons d’ailleurs nous attendre à une concurrence de plus en plus rude.

Propos recueillis par Catherine Moal, à Bangkok

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