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L'Usine de l'Energie

EDF consulte 100 000 salariés sur la stratégie

Aurélie Barbaux ,

Publié le

L’opération « Parlons énergies » d’EDF vise à impliquer les collaborateurs du groupe en France dans sa réflexion stratégique.

EDF consulte 100 000 salariés sur la stratégie
Pour échanger sur l’avenir du groupe, EDF a programmé 62 sessions de dialogue avec ses salariés à travers la France.

Coincé entre sa mission de service public, l’ouverture des marchés de l’énergie à la concurrence, le désamour du nucléaire et la nécessaire transition énergétique, le groupe EDF se trouve à un moment charnière de son histoire. Le groupe doit se transformer, notamment au niveau managérial. Son PDG, Jean-Bernard Lévy, en est persuadé. Mais cela ne se fait pas d’un claquement de doigt. Pour accélérer le processus, Philippe Méchet, son conseiller, lui a proposé de s’« autodisrupter » en lançant une vaste consultation des salariés français, filiales comprises, sur la stratégie du groupe. Un pari fou, ils sont près de 100 000. Jean-Bernard  Lévy a dit banco. Et le 23 janvier 2018 se tenait la pressière session de dialogue avec 200 salariés à Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme). Le PDG était présent. « Sa présence n’a pas empêché les gens de parler, observe Philippe Méchet. Il a pu constater la richesse des échanges et l’engagement de ses salariés. » Mais comment exploiter cette parole enfin libérée ?

1. Une équipe pour préparer le terrain

Puisqu’il s’agit de s’adresser à tous les collaborateurs du groupe, l’équipe projet de dix personnes se devait d’être pluridisciplinaire. Pilotée en binôme par Philippe Méchet et Pierre Criton, le responsable opérationnel du projet, l’équipe Parlons énergies est ainsi composée d’hommes et de femmes issus des ressources humaines, du développement durable, de la stratégie et de la communication interne accompagnés de quatre personnes de l’agence Bluenove, spécialisée dans l’intelligence collective. Tous ont été détachés sur le projet durant huit mois. Entre septembre et décembre 2017, ils ont sélectionné en interne et formé les « dialogueurs », ces animateurs des 62 sessions de dialogue prévues dans une trentaine de villes entre janvier et mi-avril 2018 en France. Ils ont aussi élaboré, sous contrôle de la direction de la stratégie, les 70 fiches (292 pages au total), vidéos et infographies présentant les différents enjeux auquel fait face EDF comme le stockage, les émissions de CO2, le nouveau nucléaire, les concessions hydrauliques, la mobilité électrique, la ville intelligente… Ils sont accessibles sur le site dédié Parlons énergies, développé par Bluenove, et sur lequel les salariés peuvent aussi s’inscrire pour dialoguer et où seront publiées au fil de l’eau les synthèses des contributions des sessions en présentiel. Avant son lancement fin janvier, le dispositif a été testé par les membres du Comex d’EDF.

2. Du dialogue pour libérer la parole

Si les 100 000 collaborateurs du groupe en France, y compris les nouveaux venus de Framatome, sont invités à participer, l’opération a été dimensionnée pour accueillir 12 000 participants aux sessions en présentiel. Elles se déroulent sur 3 heures en trois temps. Un temps de forum pour échanger avec l’un des onze sponsors du Comex participant à l’opération sur les grands enjeux, un temps pour participer par groupe de 15 à deux ateliers thématiques au choix (business model des renouvelables, place du nucléaire, ville intelligente et territoires, rôle d’EDF dans le nouveau mix) et un temps pour se former à l’usage de la plate-forme numérique et découvrir le kit volontariat qui permet à ceux qui le souhaitent, comme les recalés à la sélection des dialogueurs, d’animer leurs propres débats autour d’eux. Seule exigence : restituer la synthèse sur la plate-forme. Une semaine après son lancement, EDF comptait déjà 7 000 inscrits aux sessions en présentiel et 13 500 sur la plate-forme. « On ne cherche pas à maximiser la participation, explique Maxime Barbier, le responsable du projet chez Bluenove. Le but n’est pas d’avoir 90 % de participants. Ce qui importe, c’est la qualité des débats et celle de la production des idées. »

3. Un hackathon géant pour creuser les idées

Chaque débat fait l’objet d’une synthèse des animateurs publiée sur le site Parlons énergies. Celles-ci sont exploitées par l’équipe pilote, aidée par l’intelligence artificielle (IA) de la plate-forme Assembl de Bluenove. Cette dernière a déjà été utilisée pour travailler sur les scénarios technologiques de la SNCF, le plan stratégique du groupe Bel ou la stratégie Afrique du groupe Société générale. Avec l’aide de l’IA, une synthèse des débats est établie et communiquée à Jean-Bernard Lévy et une analyse publiée tous les quinze jours sur le site, jusqu’à la publication d’un rapport intermédiaire. Les idées ayant émergé seront à leur tour explorées durant un hackathon stratégique d’une semaine, à Saclay en mai. Il rassemblera 150 personnes : des dirigeants d’EDF, des experts externes, des collaborateurs particulièrement actifs dans les sessions de dialogues. « Il y aura aussi un garant externe en la personne de Ilaria Casillo, la vice-présidente de la Commission nationale du débat public », précise le responsable du projet chez Bluenove. Charge à eux d’établir une synthèse globale et de dessiner les contours de différents scénarios pour EDF à l’horizon 2050.

4. des bases pour construire l’avenir

« Cette synthèse globale sera transmise fin juin, début juillet au Comex, qui travaillera dessus, affinera notre vision, l’enrichira », détaille Philippe Méchet. Selon lui, c’est cette vision stratégique à l’horizon 2050 qui servira de base à la contribution qu’EDF fournira durant l’été pour l’élaboration de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019-2023, qui doit être établie d’ici à la fin 2018. Le Comex communiquera d’autre part en interne pour expliquer pourquoi certaines des idées n’ont pas été retenues. « C’est un engagement pris dans une charte publiée sur le site Parlons énergies et qui engage la direction du groupe comme les participants qui s’inscrivent », rappelle Maxime Barbier. L’idée de dupliquer l’opération en direction des clients d’EDF fait également son chemin. Enfin, Bluenove a aussi proposé à EDF d’analyser les contributions à la plate-forme d’intelligence collective pour cartographier autrement les talents chez EDF. Avec l’idée de constituer au sein des équipes des groupes permanents de consultations à la stratégie. Une vraie rupture managériale.

Les trois ruptures de la méthode

  • Casser les silos. Les sessions présentielles permettent de réunir les différents métiers d’EDF et de ses filiales, Dalkia, EDF énergies nouvelles, Framatome…
  • Favoriser les débats sauvages. Un kit volontaire permet à n’importe quel collaborateur d’animer autour de lui des débats.
  • Adopter l’intelligence artificielle. EDF sera le premier à utiliser l’IA pour analyser et synthétiser les échanges des débats enregistrés sur la plate-forme d’intelligence collective de Parlons énergies.

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