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L'Usine de l'Energie

EDF aurait sous-provisionné le démantèlement nucléaire selon un rapport parlementaire

Ludovic Dupin ,

Publié le

Selon un rapport parlementaire, EDF n’a pas provisionné l’ensemble des charges pour le démantèlement. EDF conteste et rappelle que ses comptes sont audités et certifiés. 

EDF aurait sous-provisionné le démantèlement nucléaire selon un rapport parlementaire © Wikimedia CC

La commission du développement durable de l’Assemblée nationale publie un rapport sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des réacteurs nucléaires d’EDF. Et il est peu de dire que les auteurs se montrent pessimistes, voire critiques sur la capacité de l’électricien à mener à bien ces opérations. La rapporteur, Barbara Romagnan (PS), députée du Doubs, distingue deux cas. Le premier est celui de l’ancien parc nucléaire à l’arrêt qui compte six réacteurs graphite-gaz, un réacteur à eau lourde (Brennilis dans le Finistère), Chooz A (Ardennes) et Superphénix (Isère). A l’exception de cette dernière unité dont le démantèlement est en cours selon le planning, la députée juge que "rien ne se passe comme prévu".

Elle s’attarde en particulier sur les six réacteurs graphite-gaz. EDF a demandé le report de la fin de leur démantèlement en 2100 au lieu de 2041 comme initialement prévu. "Cela veut dire qu’il faudra plus d’un siècle pour démanteler ces réacteurs", regrette-t-elle. EDF rétorque : "D’importantes étapes ont déjà été franchies sur l’ensemble de ces chantiers. Ces installations, complexes à démanteler, consolident le savoir-faire d’EDF en matière de déconstruction. EDF rappelle que par rapport aux autres installations de ce type démantelées dans le monde, les chantiers du groupe sont parmi les plus avancés."

Des charges non prises en compte

Le second cas concerne le parc quasi-homogène de 58 réacteurs à eau pressurisée aujourd’hui en activité. La rapporteur estime globalement que "EDF est en mesure techniquement de faire ce démantèlement". En revanche, elle fait part de nombreuses inquiétudes financières : "Les charges de démantèlement sont vraisemblablement sous-évaluées et sous-provisionnées".

EDF les chiffre à 75,5 milliards d’euros. 23,5 milliards d’euros sont provisionnées et doivent permettre d’atteindre la somme finale grâce à un taux d’actualisation de 4,4 %. Alors que la somme est déjà faible par rapport à ce qui est prévu aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, le rapport juge que "le taux d’actualisation est optimiste et est le plus élevé d’Europe". EDF pour sa part assure que "Sur les cinq dernières années, la performance financière moyenne des actifs dédiés d’EDF (…), a été de 6,1% par an."

L’élue constate également qu’EDF ne prend pas en compte tous les coûts comme les taxes, les assurances, l’évacuation du combustible usagé ou la remise en état des sols… Elle met en doute la croyance d’EDF sur un effet de série massif qui va beaucoup abaisser les coûts entre le premier et le dernier réacteur déconstruit. "Cette méthode ne prend pas en compte l’historique de chaque réacteur et des évènements qui y sont survenus", estime-t-elle. EDF réplique : "Les comptes du groupe EDF sont audités et certifiés par ses commissaires aux comptes."

Responsabilité politique

Enfin, Barbara Maragnana dénonce la stratégie d’EDF qui serait de "parier un allongement de la durée de vie des réacteurs avec pour conséquence d’éviter l’effet falaise (tous les démantèlements en même temps), d’éviter l’engorgement des exutoires de déchets et de permettre aux provisions d’augmenter avec le temps". "Mais c’est aussi une façon pour EDF de s’assoir la loi de transition énergétique qui a été votée", critique la députée. Cette loi prévoit la réduction du nucléaire dans le mix électrique de 75 à 50 % en 2025.

Le président du rapport, le député du Vaucluse Julien Aubert (Les Républicains), souligne quelques désaccords avec la rapporteur. Il désapprouve la notion de "provisions sous-dotées", car cela "remettrait en cause la sincérité des comptes d’EDF", explique-t-il. Même s’il reconnait qu’elles sont les plus basses de l’OCDE. Au-delà de ce désaccord, il juge que "Notre pays n’a pas de stratégie de démantèlement. Les premiers responsables sont les autorités publiques car il est essentiel de savoir quel est l’avenir du parc nucléaire avant tout. On ne gère pas de la même manière une mue et une fin d’activité."

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