Eco-industries : le gouvernement lance un comité stratégique

Nathalie Kosciusko-Morizet et Luc Chatel ont annoncé aujourd'hui le lancement d'un comité stratégique des éco-industries. Trois groupes de travail rendront leur copie en décembre 2008.

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Eco-industries : le gouvernement lance un comité stratégique
« Nous avons un train à prendre, il nous faut ne pas le laisser passer, monter dedans et peut-être même en être le conducteur. » a annoncé Nathalie Kosciusko-Morizet. « La nouvelle donne du pétrole cher, les enjeux liés aux émissions de CO2, aux énergies alternatives, peuvent être un moteur de croissance », a-t-elle ajouté. « Favoriser l'émergence d'innovations industrielles sur ce secteur peut nous permettre d'aller chercher le point de croissance qui nous manque. PME, pôles de compétitivité... Il faut aller plus loin si la France doit être la locomotive des éco-industries. » a-t-elle souligné. « Si du jour au lendemain nous interdisons des produits chimiques, les industriels auront des difficultés. Il nous faut trouver des substituts. Par exemple, suite à la directive Reach, nous aiderons les entreprises à trouver des substituts des dérivés chimiques interdits. » C'est avec ces mots que la secrétaire d'Etat à l'Ecologie a annoncé aux côtés de Luc Châtel l'installation le 10 juillet d'un comité stratégique des éco-industries, composé de chefs d'entreprises et de personnalités qualifiées en matière d'industrie et de technologies de l'environnement.

Novembre 2008. Objectif : « conjurer le mal français, qui est d'avoir moins de PME que nos voisins. La feuille de route est très ouverte » Trois groupes de travail constituent ce comité. Le premier, présidé par Henri Proglio, PDG de Veolia, se consacrera à "l'innovation et à la diffusion des écotechnologies". Le deuxième, présidé par Thierry Morin, PDG de Valéo, réfléchira à "la réglementation qui pourrait renforcer les performances des éco-industries". Le troisième, présidé par Olivier Dupont, fondateur de Demeter, s'axera autour des PME. Après cinq réunions d'étape, les groupes de travail émettront leurs propositions du 17 au 21 novembre, et les présenteront les 4 et 5 décembre à Lyon, lors du salon Pollutec, pour une mise en œuvre courant 2009.

« De grandes entreprises telles Veolia y côtoieront des petites entreprises innovantes sur la biomasse », et le champ des groupes de travail est des plus vastes : eau, déchets, énergies renouvelables, santé... « Un terrain glissant », reconnaît Nathalie Kosciusko-Morizet. Citant en exemple les synergies entre les pôles de compétitivité Capénergies, Derbi et Axelera, elle estime que certaines bonnes pratiques en termes de partenariats public-privé ou PME-grandes entreprises peuvent être généralisées.

Sortir du labo. « Nous sommes bons en biomasse, excellents en recherche publique. Mais nous allons chercher des entreprises suédoises et allemandes pour faire le boulot », résume la secrétaire d'Etat à l'Ecologie. La France doit en effet aujourd'hui trouver le maillon manquant qui permettra aux innovations de trouver une application à l'échelle industrielle, et de sortir les technologies des laboratoires. Les groupes de travail s'attèleront donc à imaginer des solutions, « mettre en place des fonds financiers ou une réglementation pour qu'un marché existe» pour ces innovations. Exemple donné par Michèle Pappalardo, commissaire général au développement durable au sein du ministère de l'écologie : « pour les toits avec panneaux solaires, aucun assureur n'avait adapté son offre à cette spécificité. C'est à la puissance publique de mettre en place des incitations réglementaires pour que ces innovations technologiques trouvent un débouché ».

Fonds démonstrateur. Nathalie Kosciusko-Morizet a confirmé la création un fonds d'investissement technologique de l'Ademe, spécialisé dans trois domaines : les biocarburants de deuxième génération, le captage et le stockage du CO2, et les véhicules du futur. Doté de 400 millions d'euros à répartir sur quatre ans, ce « fonds démonstrateur » permettra aux chercheurs de valider leur innovation dans les conditions réelles des technologies de laboratoire et de faire « gagner quelques années à des projets innovants situés sur des marchés stratégiques », selon Luc Chatel.

Imaginé lors des réunions du Grenelle de l'environnement, ses premiers appels à projet devraient voir le jour dès la semaine prochaine. Dans le domaine du captage et du stockage du CO2, seuls un ou deux projets seront vraisemblablement financés, contre une dizaine dans le domaine des véhicules du futur.

Ana Lutzky

La France en retard

« Les éco-industries françaises occupent le quatrième rang mondial » a affirmé Nathalie Kosciusko-Morizet, après les USA, le Japon et l'Allemagne. En termes de chiffre d'affaires. Reste que comme le reconnaît le ministère, « la part des écotechnologies dans les secteurs « traditionnels » d'activité est difficilement chiffrable dans la mesure où elle s'intègre dans les chiffres d'affaires de ceux-ci (automobile, bien d'équipement et de consommation, construction...). » Les données ne sont par ailleurs pas récentes, dans un domaine ou les innovations vont très vite. Le tableau communiqué par les deux ministères reprend ainsi les chiffres nationaux de... 2004 :


« Dans le solaire, nous étions bons dans les années 70, bons trop tôt, et nous avons jeté le bébé avec l'eau du bain dans les années 80 », a expliqué la secrétaire d'Etat à l'Ecologie. Par ailleurs, a-t-elle ajouté, "La définition que nous avons de l'éco-industrie se résume à l'eau et aux déchets, et ne reflète pas le dynamisme actuel dans les énergies renouvelables". L'Institut Français de l'Environnement (IFEN) réalise par exemple depuis quelques années un panorama des éco-industries, très axé sur l'eau et les déchets, que Nathalie Kosciusko-Morizet souhaite élargir : « J'en conteste le périmètre », a-t-elle dit, « le plus innovant n'est pas là aujourd'hui».


Lire aussi :
Audit des pôles de compétitivité : moins saignant que prévu, le 19/06/2008
Frénésie pour les énergies vertes, le 28/06/2007 (réservé aux abonnés)
Rapport de Thierry Chambolle au Premier Ministre sur le développement des éco-technologies, le 13/11/2006





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