Echec à Copenhague : et maintenant ?

L’institut du développent durable et des relations internationales (Iddri) est un think tank qui a participé activement à la préparation du sommet sur le climat. Présente à Copenhague, Sophie Galharret travaille en particulier sur les questions énergétiques et les options de réduction des émissions de CO2 dans le cadre des négociations internationales. Interview.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Echec à Copenhague : et maintenant ?

L'Usine Nouvelle.com : - Avant le sommet, Corinne Lepage nous disait qu’un échec à Copenhague poserait « un sérieux problème » à l’industrie européenne puisque l’UE s’est engagée à réduire de 20 % ses émissions de CO2 d’ici 2020 quoi qu’il arrive. Le sommet est un échec. L’industrie a-t-elle « un sérieux problème » ?

Sophie Galharret :
- Cette question n’est pas simple car on manque de visibilité. Nous avons pour le moment un accord entériné par vingt-sept Chefs d’Etat mais non validé par les Nations-Unies. Il faut maintenant attendre le 1er février pour savoir ce que chaque pays va mettre sur la table. Une annexe à l’accord présente des tableaux vides dans lesquels les pays développés doivent faire part de leur engagement. Et en Europe, on est bien embêtés. Le sommet européen du 17 janvier devait déterminer si l’ambition reste de réduire les émissions de gaz à effet de serre de -20 % d’ici 2020 (par rapport à 1990). Ou si on peut aller jusqu’à -30 %. Mais n’est-ce pas trop tôt pour prendre la décision ?

UN : - Même si on en reste à -20 %, l’engagement unilatéral ne pose-t-il pas un problème de compétitivité pour les entreprises européennes ?


SG :
- Dans ces 20 %, il faut d’abord voir qu’une partie est faite à l’extérieur grâce aux mécanismes de compensations. Je l’estime à 5 %. Avec la crise économique et les mesures déjà mises en œuvre, l’Europe est dans la bonne voie. Il faut ensuite noter que d’autres pays s’engagent volontairement. La Chine veut par exemple réduire de 40 à 45 % son intensité carbonique d’ici 2020 par rapport à 2005, c’est-à-dire ses émissions de CO2 par unité de PIB. Bien-sûr, on devra se contenter des données chinoises* !

L’industrie n’a pas l’air d’être en péril, notamment grâce aux modes de compensation. Pour répondre aux craintes liées à la compétitivité, un rapport sur les secteurs exposés doit être remis en décembre à la Commission Européenne. Elle fera ensuite des propositions sur l’éventuelle prolongement de la gratuité des quotas après 2013. Avec deux paramètres à prendre en compte : leur impact sur le coût de production et l’exposition à la concurrence internationale. L’électricité, qui échappe à cette concurrence, ne devrait pas avoir de quotas gratuits.

UN : - Certains hommes politiques, des associations écologistes, mais aussi des entreprises, préféreraient que l’UE s’engage davantage, quitte à faire payer une taxe carbone à l’importation pour les pays les plus polluants. Est-ce une possibilité ?

SG : - C’est une option du texte du paquet climat. Mais c’est un sujet très tendu et plus français qu’européen. Les Chinois vont dire que c’est du protectionnisme. Et à court terme, ce serait mal venu de prendre le risque de bloquer toute forme d’engagements ambitieux.

UN : - Serait-il raisonnable pour un pays tout seul de prendre un engagement plus fort que ceux de ses voisins, comme on en parle en Allemagne ?

SG : - L’effet d’entraînement peut être intéressant, mais on ne peut pas être proactif pour l’ensemble du monde. Il y a des pays qui ont la capacité de le faire. Et l’arbitrage de chacun découle d’ailleurs de son intérêt national. Il est évident que la Pologne, qui dépend beaucoup du charbon, ne va pas aller au-delà de ce qu’on lui demande. La situation est très différente pour l’Angleterre qui a une capacité plus forte à développer son mix énergétique.

UN : - Les industriels semblent très divisés sur la question climatique. Certains ont fait part ouvertement de leur déception, comme Laurence Parisot. D’autres ont, paraît-il, fêté le non accord au champagne dans l’enceinte même du Bella Center...

SG : - Tous sont prêts à faire quelque-chose, mais cela dépend de leur métier. Il y a eu l’idée d’accords sectoriels transnationaux pour des entreprises qui se doteraient du même référentiel technologique et des mêmes objectifs… Mais ce n’est pas réaliste. Du coup, certaines entreprises sont forcément plus frileuses. Chacun est dans son rôle. Prenons l’exemple des cimentiers. Si l’Europe prend un engagement très fort et que le prix du carbone augmente, cela pourrait doubler le prix du ciment.

UN : - On comprend dès lors l’importance des décisions internationales et c’est un discours qui serait très bien passé il y a quinze jours. Mais après l’échec du sommet, quelle est la solution pour limiter le réchauffement à 2° C?

SG : - Notre vision était très ambitieuse. On voulait un objectif clair et des moyens pour l’atteindre. Finalement, il reste les engagements volontaires et la coopération. Mais la tendance est là. On avait par exemple l’idée que les pays en développement prendraient des engagements « en action », mais sans chiffres. Si ce qui est en germe à Copenhague émerge réellement, on va y aller grâce au fonds voté. Il y a les bases, même si ça manque de coopération globale.

UN : - Le non accord est-il un coup porté aux technologies vertes que l’on considère comme très prometteuses en termes de croissance et d’emploi ?

SG : - Je reste très confiante sur ces technologies. Même à court terme. Dans son plan de diversification énergétique, la Chine s’est par exemple engagée à produire 100 GW d’éolien en 2020. Et ces objectifs vont peut-être être renforcés. Il est sûr qu’avec un accord international, il y aurait eu un signal fantastique. Nous sommes plus sur quelque-chose d’incrémental que sur une révision complète du système.

Propos recueillis par Olivier Descamps

* Le fait que la Chine refuse qu’une autorité de contrôle s’immisce dans ses affaires est l’une des raisons de l’échec du sommet.

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS