Ebola : les entreprises françaises présentes en Afrique ne veulent pas céder à la psychose

Protéger ses salariés tout en poursuivant ses activités, telle est la conduite prônée par les entreprises françaises présentes dans les pays touchés par le virus Ebola, et réunies ce jeudi 13 novembre au siège du Medef. Leur credo : ne pas ajouter une crise économique à la crise sanitaire.

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Ebola : les entreprises françaises présentes en Afrique ne veulent pas céder à la psychose

Veiller, se protéger, mais ne pas s’alarmer : tel serait le maître mot des entreprises françaises présentes en Afrique de l’Ouest. Ce jeudi 13 novembre, une réunion à huis clos se tenait au siège du Medef pour faire le point sur la situation humanitaire, sanitaire et économique dans la région suite à l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola. Autour de la table, le Conseil national des conseillers du commerce extérieur de la France (CNCCEF), une centaine de représentants d’entreprises (Accor, Alstom, Bureau Veritas, Dassault Aviation, EDF…), l’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, l’Institut Pasteur…

"Continuer à travailler et à investir aux côtés des Africains"

Alors que le Sénégal et le Nigeria sont parvenus à en venir à bout, l’épidémie d’Ebola est aujourd'hui circonscrite à trois pays : le Liberia, la Guinée et la Sierra Leone. La Direction générale de la santé s’inquiète cependant de la situation au Mali, où les premières contaminations sont apparues. "A ce jour, il n’y a aucune interdiction formelle de voyager, mais des mesures ont été prises dans les trois pays concernés, explique Marc Rennard, directeur exécutif d’Orange Afrique et président du Conseil des chefs d’entreprises France-Afrique de l’Ouest au sein du Medef International. Dans les pays limitrophes, les mesures sanitaires paraissent adaptées et de nature à nous rassurer."

Pas question de céder à la panique, estime-t-il, "l’enjeu est d’isoler le virus, pas les pays. Notre souci principal est de ne pas ajouter une crise économique à la crise sanitaire. Les entreprises françaises sont aux cotés des Africains pour continuer à travailler et à investir, tout en prenant des mesures responsables pour assurer la sécurité de nos salariés."

Les entreprises françaises relativement bien préparées

Au sein des entreprises présentes à l’international, des plans de sécurité-prévention préexistaient déjà, rappelle Pierre Galzot, PDG d’Associated Emergency Medical Centers, spécialiste de la sécurité médicale de crise qui intervient pour le compte de grands groupes. "Globalement, on s’insère dans un cadre déjà bien structuré." Chez Orange, qui dispose de 20 000 salariés en Afrique, le comité de veille instauré en juin s’est transformé en comité de crise un mois plus tard, et se réunit depuis deux fois par semaine. L’opérateur téléphonique n’est pas présent en Sierra Leone et au Liberia, et le choix a été offert aux deux expatriés de Guinée de rentrer, ce qu’ils ont refusé. A Conakry, la vie d’un expatrié est presque normale, même s’il faut prendre sa température tous les jours, éviter les poignées de main et se laver plus fréquemment avec des produits désinfectants, raconte Sylvie Passebon, la présidente du Cercle français des affaires en Guinée. Elle rappelle que le lycée français de Conakry, rattaché à l’académie de Bordeaux, est resté ouvert : "c’est un bon baromètre !"

Sur les missions qui font venir du personnel temporaire, Orange a fait le choix de ne maintenir que celles essentielles, sur la base du volontariat. "Pour nous, il n’y a pas d’impact économique pour l’instant : l’activité télécoms n’est pas la première touchée en cas de crise, observe Marc Rennard. Mais on anticipe un tassement de l’activité en 2015 en Guinée et dans les pays environnants si la crise se poursuit". Sous l’influence de reports de grands projets économiques, notamment miniers… "Tout le monde est en veille : si la consommation devait se réduire, on adapterait nos moyens à la situation économique."

Le PIB des trois pays pénalisé par Ebola

Logistique, énergie, grands chantiers d’infrastructures, agroalimentaire, management et consulting : si beaucoup d’entreprises françaises ont ralenti leur activité dans les trois pays contaminés, elles n’ont pas décidé de tout arrêter et de repartir, comme certaines avaient pu le faire lors du printemps arabe, insistent les représentants du Medef. Au sein de ces pays, l’impact du virus Ebola coûterait néanmoins à court terme 2,1 points de PIB à la Guinée, 3,4 au Liberia et 3,3 à la Sierra Leone, selon la Banque mondiale. Principal secteur touché : le tourisme, même s’il ne s’agissait pas de grandes plateformes touristiques. Un secteur qui souffre aussi dans les pays limitrophes. Mais il n’y aurait pas eu de conséquence sur les productions de la région, alors que l’Afrique de l’Ouest est un grand fournisseur de coton, cacao, olinéagineux…

Côté institutionnel, on veut également rassurer, en jouant la carte de la transparence à l’occasion d’une conférence de presse organisée chaque semaine au ministère de la Santé. Un contrôle systématique a été instauré à Roissy - où sont encore assurées des liaisons directes vers la Guinée - et dans les ports français, explique le préfet Pierre Lieutaud, en charge des opérations dans l’Hexagone de la "Task force Ebola" mise en place par la France. "Nous sommes toujours dans une phase de diffusion utile de l’information et apportons des réponses, notamment aux grands opérateurs comme les sociétés de transports et aux grands groupes. Nous ne voulons pas minimiser le risque, ni dramatiser pour éviter des réactions néfastes…" Même si François Bourdillon, le directeur général de l’Institut national de veille sanitaire, en convient : les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, qui fait état de 14 068 cas d’Ebola et 5 147 décès au 12 novembre, sont sous-estimés.

Gaëlle Fleitour

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