EADS se dit frustré du déroulement du processus OMC

par Matthias Blamont et Andrea Shalal-Esa

Partager

LONDRES (Reuters) - EADS se dit "extrêmement frustré" du nouveau report de la publication d'un rapport de l'OMC sur Boeing mais estime avoir des chances de remporter le contrat des avions ravitailleurs aux Etats-Unis, où il compte plus que jamais se renforcer.

Le groupe européen d'aéronautique et de défense, maison mère du constructeur Airbus, et son concurrent américain s'accusent mutuellement depuis plusieurs années de percevoir des aides publiques qu'ils jugent indues et ont porté leur différend devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) faute d'être parvenus à une solution négociée.

L'OMC a déclaré le 8 juillet que la sortie du rapport d'étape confidentiel relatif à la plainte de l'Union européenne contre les Etats-Unis au sujet des aides versées à Boeing, prévue le 16 juillet, serait reportée une troisième fois pour n'intervenir désormais qu'au mois de septembre en raison de la complexité du dossier.

Cette notification intervient alors qu'un rapport en sens inverse concernant une plainte des Etats-Unis contre l'Union européenne au sujet d'aides versées à Airbus a déjà été transmis.

"Je suis extrêmement frustré. Nous nous trouvons dans une situation de plus en plus injuste", a souligné Louis Gallois, président exécutif d'EADS, au cours d'un séminaire de presse organisé samedi à Londres avant l'ouverture, lundi, du salon aéronautique de Farnborough.

L'affaire est des plus sensibles alors qu'Airbus espère remporter en novembre un appel d'offres pour le remplacement de 179 avions ravitailleurs de l'armée de l'air américaine, un contrat estimé à quelque 50 milliards de dollars (38,6 milliards d'euros) sur lequel Boeing s'est également positionné.

Louis Gallois s'est toutefois déclaré favorablement "impressionné" par la relation nouée aux Etats-Unis entre ses équipes et le Pentagone et a fait valoir que le département de la Défense traitait EADS de façon "équitable".

Il a estimé par conséquent qu'EADS avait de bonnes chances de remporter le contrat des "tankers" et assuré que l'objectif était de soumettre une proposition à la fois compétitive et rentable.

"Nous sommes déterminés à faire de l'argent sur ce contrat, nous préférerions perdre si tel n'était pas le cas."

FAIRE LA DIFFERENCE

Au-delà de son seul montant, la compétition revêt une importance stratégique. EADS souhaite en effet depuis longtemps s'enraciner aux Etats-Unis, de très loin le premier marché mondial de la défense, et entend effectuer des acquisitions sur place pour renforcer sa présence.

"Nous devons être aux Etats-Unis, c'est un marché immense et clairement, nous devons y être gagnants", a expliqué Louis Gallois avant de rappeler que l'offensive d'EADS outre-Atlantique se poursuivrait, avec ou sans le contrat des ravitailleurs en poche.

Alors que les ventes d'avions civils sont libellées en dollars, l'entreprise veut en outre externaliser davantage son dispositif industriel même si les emplois à haute valeur ajoutée sont amenés à demeurer en Europe.

Louis Gallois a estimé que l'euro, qui se traite actuellement autour de 1,29 dollar, était revenu à un "niveau plus raisonnable", soulignant toutefois que la stratégie de couverture de changes à deux ans était maintenue.

Pour réduire son exposition aux cycles de l'aéronautique civile, EADS veut renforcer son chiffre d'affaires dans la défense, la sécurité et les services.

Louis Gallois a déclaré que le conseil d'administration d'EADS était désormais plus favorable que dans le passé à des acquisitions compte tenu de l'amélioration de la conjoncture et du haut niveau de trésorerie du groupe (9,8 milliards d'euros à fin 2009).

Louis Gallois et Marwan Lahoud, directeur du marketing et de la stratégie d'EADS, n'ont pas voulu évoquer les sommes que la société était prête à débourser, aux Etats-Unis ou dans d'autres régions.

"Il s'agira surtout d'opportunités. Nous devons trouver des cibles qui font la différence, quelle que soit la taille", a expliqué Marwan Lahoud.

Interrogé sur les perspectives de l'aviation civile mondiale, Louis Gallois a noté que le marché était désormais bien orienté et que les commandes repartiraient certainement significativement à moyen terme.

Selon plusieurs spécialistes, Airbus et Boeing pourraient se livrer à un nouveau duel d'annonces au cours du salon de Farnborough.

Des sources ont indiqué à Reuters samedi que la compagnie aérienne Emirates annoncerait à cette occasion l'achat de 20 avions long courrier B777 à Boeing, une transaction estimée à quelque 5,4 milliards de dollars. La compagnie avait placé en juin une commande 32 gros porteurs A380 auprès d'Airbus.

Edité par Jean-Michel Bélot

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS