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EADS réfléchirait à une solution pour Latécoère

Hassan Meddah

Publié le

Exclusif Le groupe EADS n’exclurait plus de participer à la création d’un grand ensemble des aérostructures rassemblant ses filiales Aeorolia et Sogerma avec Latécoère. Elus et pouvoirs publics de la région Midi-Pyrénées poussent à fond dans ce sens.

EADS réfléchirait à une solution pour Latécoère

Le rapprochement des filiales aérostructures d'EADS et de Latécoère va-t-il avoir lieu ? La position du groupe aéronautique et de défense aurait évolué ces derniers jours. "On sent un changement dans la position d'EADS", confirme  Martin Malvy président de la région Midi Pyrénées. Une information confirmée par d'autres acteurs locaux proches du dossier, qui parient même sur un dénouement rapide d’ici deux mois.

Selon nos informations, Pierre Gadonneix, président du conseil de surveillance de Latécoère, travaillerait à cette solution franco-française. Jusqu’ici hostile à mettre un pied dans le dossier Latécoère, le groupe EADS n’exclurait donc plus un rapprochement avec ses filiales Aerolia basée à Toulouse et la partie aérostructures Sogerma, basée à Rochefort. Cela constituerait un ensemble entre 7 et 8000 personnes avec des fortes capacités d’ingénierie.

Ce schéma resterait conditionné à une prise de participation du FSI (Fonds stratégique d’investissement), voire celle de fonds d’investissements internationaux. En effet, EADS ne voudrait pas supporter seul la dette de Latécoère de 363 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 464 millions.  

Les principaux intéressés démentent naturellement un tel rapprochement. Pour autant, interrogé par nous, EADS réaffirme que les aérostructures ne font plus partie de son cœur de métier, comme l’a montré la filialisation de ses activités en 2009, en France à travers la création d’Aerolia et en Allemagne, Premium Aerotec.

Chez Latécoère, on dément : "Il n’y aura pas de décision prise à court terme. Nous sommes toujours dans une phase d’analyse et de processus d’investigation pour identifier le bon partenaire", précise François Bertrand président du directoire de Latécoère. L’entreprise se donne comme échéance la fin de l’année.

Pressions politiques

Des éléments tangibles ont toutefois pu faire évoluer le groupe EADS dans ses choix. D’une part, la pression politique sur un groupe dont 15 % par l’Etat français. "L’élection présidentielle approche. Latécoère, c’est 4000 salariés dont la moitié en France", rappelle un analyste financier.

Par ailleurs, la mobilisation des élus locaux, décidés à ne pas laisser péricliter l’un des fleurons industriels de la région, reste forte. "On a besoin d'un grand acteur français ayant une de force de frappe suffisante pour faire face à la concurrence établie des Etats-Unis,  du Japon, et celle des pays émergents comme la Chine, la Russie.  J'ai sollicité un entretien auprès Eric Besson, ministre de l'industrie pour aborder notamment ce sujet", explique Martin Malvy président de la Région Midi-Pyrénées.

Autre élu actif sur ce dossier, Jean-Louis Chauzy, président du CESER (conseil économique, social et environnemental régional) avait demandé début mars dans une lettre adressée à Nicolas Sarkozy que l’Etat joue pleinement son rôle en s’appuyant sur le FSI.

Le chinois Avic en embuscade

D’autre part, le risque de voir tomber Latécoère dans les mains de concurrents directs d’Airbus peut aussi contraindre EADS à bouger. "Nous regardons tous azimuts", nous a confié François Bertrand de Latécoère sans préciser l’identité des groupes qui auraient manifesté leur intérêt.

Les fuites cependant laissent entendre que parmi les repreneurs potentiels, aux côtés du néerlandais Fokker et de l’américain Spirit Aerosystems, figurerait le premier groupe aéronautique chinois Avic. "Les industriels chinois ont la détermination, et l’argent. Avic n’a pas hésité à payer certaines acquisitions avec une surprime de 30%. C’est une occasion inespérée d’acquérir des compétences clés qui lui manquent", indique un connaisseur du dossier.

Un scénario que voudrait éviter EADS à tout prix. En laissant échapper Latécoère ainsi, le groupe européen prend le risque d’armer un futur rival aujourd’hui en plein envol.  Avic est l’un des principaux fournisseurs et actionnaires de l’avionneur chinois COMAC. Son C919 concurrence l’A320 d’Airbus.

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