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EADS : la France et l'Allemagne à parts égales

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

La direction d'EADS reconnait que des discussions sur le remaniement de son actionnariat sont en cours. Il est question que la France et l’Allemagne en sortent avec une participation identique dans le groupe d’aéronautique, de défense et spatial… à l’opposé de ce que souhaitait son patron, Tom Enders.

EADS : la France et l'Allemagne à parts égales © EADS

L’Allemagne directement au capital d’EADS, voici enfin la conclusion logique de l’échec de la fusion BAE-EADS qui se dessine. La direction de la maison mère d’Airbus, réagissant ce matin aux rumeurs de presse annonçant un remaniement de son actionnariat, a reconnu des discussions sur "de possibles changements dans le structure et l’actionnariat et de la gouvernance de l’entreprise."
L’opération discutée lors du conseil d’administration du dimanche 04 décembre 2012, serait la suivante : l’Allemagne et la France se retrouveraient enfin avec une participation identique dans le capital d’EADS, soit 12 ou 15 % selon les différents scénarios étudiés. Pour cela, la banque publique allemande Kfw rachèterait les actions nécessaires auprès du groupe automobile Daimler et du consortium Dedalus regroupant des investisseurs privés et publics. Pour sa part, l’Espagne conserverait ses 5 % d’EADS.

Daimler et Lagardère cèdent leurs actions

Ainsi Tom Enders, le président d’EADS, boit le calice jusqu’à la lie. A l’origine du projet de méga-fusion avec le britannique BAE, il voyait une opportunité unique pour réduire l’influence des Etats dans son groupe. Décidé à se débarrasser d’actionnaires à ses yeux trop contraignants dès lors qu’il s’agissait de se développer sur les marchés de défense à l’international, il était allé jusqu’à leur proposer une "golden share" en échange de leur participation. Deux mois après l’échec officiel des négociations, ce scénario se déroule à l'envers. Les actionnaires industriels fuient le navire : Daimler et Lagardère souhaitent céder au plus vite leurs actions. Et l’Allemagne, qui a longtemps critiqué l’interventionnisme de la France dans la stratégie d’EADS, suit désormais son exemple.

Le rêve impossible de Tom Enders

Le patron d’EADS doit faire son deuil de gouverner une "entreprise normale". Comment pouvait-elle l’être ? Astrium, la filiale spatiale, gère les missiles de la dissuasion nucléaire française; Cassidian, la branche défense et sécurité, détient les actifs du groupe au sein  du consortium de l’avion de combat Eurofighter et du fabricant de missiles MDBA… Sans oublier les 130 000 emplois associés à ce groupe de haute technologie fortement contributeur dans la balance commerciale des pays européens.

Enders va devoir continuer à gouverner son groupe en respectant le sacro-saint équilibre franco-allemand dans ses choix industriels et dans la composition de ses équipes. Peu après sa nomination à la tête du groupe le 1er juin dernier, il s’était libéré de cette contrainte en décidant d’installer le siège du groupe à Toulouse malgré le tollé suscité en Allemagne. C’était avant l’échec de la fusion et du réveil de la tentation des Etats de tirer la couverture à eux. Reste à savoir maintenant si celui qu’on surnomme Major Tom rentrera dans le rang ou pas.

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