EADS : l'état-major accusé de délit d'initié, selon l'AMF

Un rapport de l'Autorité des marchés financiers accuse une vingtaine de dirigeants d'EADS d'avoir vendu des titres alors qu'ils connaissaient les retards de production de l'A380.

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EADS  : l'état-major accusé de délit d'initié, selon l'AMF
C'est une bombe politico-financière que révèle ce matin Le Figaro. Le quotidien nous apprend que l'AMF (Autorité des marchés financiers) a transmis au parquet une note préliminaire accusant de délit d'initiés des dirigeants d'EADS et ses actionnaires Lagardère et DaimlerChrysler, qui auraient vendu des actions du groupe alors qu'ils avaient connaissance des retards de production de l'Airbus A380.

Cette « note préliminaire » conclut à un délit d'initié massif commis entre novembre 2005 et mars 2006, avant que les difficultés d'Airbus soient rendues publiques et que l'action EADS s'effondre. Le gendarme de la bourse a découvert le pot aux roses en concentrant ses recherches d'initiés sur l'état major du groupe européen. Résultat : 14 des 21 membres des comités exécutifs d'EADS et d'Airbus n'avaient jamais vendu d'actions avant novembre 2005, preuve de « l'absence de confiance dans la poursuite de la progression du cours », explique la note.

"Les dirigeants doivent rembourser"

Autre élément à charge, l'Etat, qui détient 15% d'EADS et est donc représenté au conseil du groupe européen d'aéronautique, de défense et d'espace, connaissait également la situation. Après une réunion le 2 décembre 2005 entre les dirigeants d'EADS et l'Agence des participations de l'Etat, une note avait été adressée au ministre de l'Economie d'alors, Thierry Breton, indiquant qu'EADS allait traverser une zone de turbulences et proposant au ministre une cession partielle de la participation de l'Etat, poursuit le quotidien.

De leur côté, Lagardère et DaimlerChrysler se sont tous deux défaits d'une participation de 7,5% dans EADS le 4 avril 2006, soit quelque deux mois avant l'annonce des retards. Outre les groupe Lagardère et Daimler, représentés par leurs patrons respectifs Arnaud Lagardère et Manfred Bischoff, les personnes en cause sont les principaux dirigeants du groupe : notamment les deux co-présidents exécutifs d'alors, Noël Forgeard et Thomas Enders, ainsi que le directeur général d'Airbus Gustav Humbert.

Pour les syndicats, le rapport de l'AMF n'est pas « une surprise ». « Ce n'est pas une nouvelle, mais pour une fois, la justice va faire son travail», se félicite Georges Daout, secrétaire général du syndicat CGT Airbus, à Toulouse. Les dirigeants désignés par l'enquête doivent « rembourser » et surtout « être remplacés au sein des instances dirigeantes », affirme la CGT. « On a eu des dirigeants qui se sont comportés comme des voyous et font penser à des joueurs de casino qui quittent la table une fois leur mise remportée. Ce ne sont pas des industriels, l'entreprise ne les intéresse pas », reprend-il. « En cette période où on nous demande de faire des économies avec Power 8, c'est inacceptable », poursuit-il.

Les juges Philippe Courroye et Xavière Simeoni ont été désignés en novembre 2006 pour instruire une information judiciaire ouverte contre "X" pour « délit d'initié, recel de délit d'initié et diffusion d'informations fausses ou trompeuses », à la suite d'une plainte de petits actionnaires. A l'annonce le 14 juin 2006 des retards du super-jumbo d'Airbus, le titre avait perdu 26 % en une séance.

Philippe Roger et Solène Davesne


Chronologie des faits:

- Juin 2005 : les problèmes de retard de livraison sont évoqués lors d'un conseil d'administration d'EADS

- 3 novembre 2005 : présentation du business plan d'Airbus pour la période 2006-2008 aux principaux dirigeants d'EADS

- du 9 au 29 novembre 2005 : première période durant laquelle les dirigeants sont autorisés à vendre leurs titres. L'action est aux alentours de 30 euros.

- Février/mars 2006 : le comité central d'Airbus puis celui des actionnaires sont informés des retards de livraison.

- du 8 au 24 mars 2006 : deuxième période durant laquelle les dirigeants sont autorisés à vendre leurs titres. L'action vaut entre 31 et 35 euros, à son plus haut. µ

- 17 mars : Un rapport faisant état de retards de livraison est présenté au comité exécutif d'EADS mais n'est pas mentionné sur le procès-verbal de la réunion

- 4 avril : Lagardère et DaimlerChrysler annoncent la cession de 7,5 % du capital d'EADS chacun.

- 13 juin : le groupe annonce la révision à la baisse de ses résultats. Le lendemain, le titre plonge de 26 % à 18,73 euros.

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