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Quotidien des Usines

E.ON fait feu de tout bois à Gardanne

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L’énergéticien investit 230 millions d’euros dans la conversion de sa centrale à charbon en unité biomasse. L’ampleur du projet, lié à la structuration de la filière du bois dans le Sud-Est, inquiète.

E.ON fait feu de tout bois à Gardanne
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© La centrale E.on à Gardanne consommera 855 000 tonnes de combustible biomasse par an. Objectif pour 2025 : n’utiliser que des ressources locales.

Luc Poyer, le président du directoire d’E.on France, en est persuadé : dans dix ans, la centrale biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône) fonctionnera si bien avec sa filière d’approvisionnement de bois que personne n’admettra plus s’y être opposé. « Ce projet sur fonds privés de 230 millions d’euros aurait pu se concrétiser ailleurs en Europe, mais il voit le jour à Gardanne. Il faut en faire une chance. Notre ambition est double : pérenniser pour vingt ans une unité qui aurait pu être arrêtée et faciliter la construction d’une filière bois dans le grand Sud-Est en lui offrant un débouché solide. »

La centrale de Provence d’E.on à Gardanne repose sur deux tranches thermiques au charbon d’une capacité de 595 MW : l’une, dite Tranche 4, avec une chaudière à lit fluidisé ; l’autre, Tranche 5, au charbon pulvérisé. Le chantier Provence 4 Biomasse, lancé durant l’été 2013, convertit la première en unité biomasse de 150 MW. Selon le groupe, elle pourra fournir l’équivalent de la consommation électrique de 440 000 ménages. Pour y parvenir, l’unité nécessitera 855 000 tonnes de biomasse locale par an : 50 % de bois d’origine forestière, 40 % de bois d’élagage et d’entretien et 10 % de bois de recyclage, dont 6 % grâce à un partenariat sur dix ans avec Veolia Environnement.

À l’horizon 2025, E.on espère que la filière locale l’approvisionnera à 100 %, contre 60 % au démarrage en 2015. Il évalue à 65 millions d’euros ses achats annuels. « Le rendement énergétique de la future centrale atteindra 40 %, contre 33 % pour le charbon. Avec la valorisation potentielle d’une partie de la chaleur auprès d’industriels ou en chauffage urbain, ce taux pourra monter jusqu’à 50 % », assure Pierre-Jean Moundy, le responsable des relations institutionnelles biomasse d’E.on France.

De nombreuses inquiétudes s’expriment pourtant depuis 2011, date du dépôt du dossier de l’énergéticien auprès de la Commission de régulation de l’énergie. Si les collectivités territoriales, mairie de Gardanne en tête, et la CGT de la centrale saluent le maintien d’une activité industrielle, plusieurs voix contestent le « mastodonte » qui se constitue. Premier argument des opposants : le risque de surexploitation de la ressource forestière. Une crainte renforcée par l’existence d’un autre projet de centrale biomasse, Inova, à Brignoles (Var), à l’horizon 2016, dont le besoin annuel de bois avoisinera 185 000 tonnes. Le député d’Europe Écologie-Les Verts, François-Michel Lambert, y voit une menace pour la biodiversité. Le pays d’Arles s’inquiète, lui, pour l’usine de pâte à papier de Fibre Excellence à Tarascon. Le projet d’E.on est perçu comme une concurrence [lire l’entretien ci-contre].

D’abord, en termes de volumes, l’usine devant déjà ponctuellement acquérir, avec un surcoût, ses bois de résineux au Portugal et en Amérique du Sud, faute de production locale. Ensuite, pour les augmentations de prix que le projet pourrait entraîner. Le Parc naturel régional du Luberon redoute aussi un « assèchement » de la ressource pour la cinquantaine d’unités biomasse publiques de son territoire. Son président, Jean-Louis Joseph, qualifiait, en décembre, le projet d’« aberrant » par son « énormité ». D’autres élus de Haute-Provence le jugent « dénué de bon sens ». Moins vindicatif, le Parc national des Cévennes a signé, en janvier, un protocole de travail avec E.on pour tenter de concilier les enjeux. Le Parc voit dans la demande du groupe une « opportunité majeure de valorisation économique », mais aussi « des risques de dépossession de la valeur ajoutée locale et de dégradation du patrimoine et des paysages ». « Nous sommes ouverts à un accord du même type avec le parc du Luberon, assure Luc Poyer. Nous défendons la complémentarité des activités. »
 

Une opportunité sous conditions

Le comité régional biomasse, mis sur pied sous l’égide de la préfecture de région, admet que la filière biomasse forestière et déchets verts est « sous-exploitée » en Provence-Alpes-Côte d’Azur, malgré son potentiel. Gardanne et Brignoles sont perçus comme un moyen de la développer en harmonie avec les initiatives existantes. Le 5 juin, il a ainsi envisagé la possibilité de réservation de volumes pour les petites centrales et le lancement d’un plan pluriannuel de rénovation et d’optimisation des déchetteries pour accroître le gisement et la collecte de déchets verts. Au regard des premières analyses de l’État, le comité considère que « les disponibilités estimées de la ressource forestière paraissent compatibles avec les besoins exprimés par les deux projets de centrales ».

Les propriétaires forestiers privés les jugent également comme une « opportunité », sous conditions. « Aujourd’hui, après des coupes, trop de bois reste au sol, inexploité, regrette Gérard Gautier, le président du Syndicat des propriétaires forestiers des Bouches-du-Rhône. La ressource existe, mais nous réclamons l’instauration d’une vraie stratégie de régénération de la forêt, l’exercice d’un réel contrôle pour éviter la surexploitation des zones les plus faciles d’accès et une priorité aux circuits courts. Nous attendons d’E.on des propositions précises. Je suis donc optimiste, mais prudent. »

Responsable commercial bois énergie de la coopérative Provence Forêt, Sébastien Drochon réclame, lui, une réflexion globale. « Sur 1 à 2 % de croissance biologique annuelle de la forêt régionale, seuls 20 % sont exploités. Le problème se situe moins sur la disponibilité de la ressource que sur le manque de valeur ajoutée à l’exploitation du bois. Il faut une diversification des débouchés. » ??

 

« Il faut explorer d’autres pistes de valorisation »
 

Bernard Milleliri, président du Critt chimie-formulation-matériaux de Provence-Alpes-Côte d’Azur
 

« Le Critt Chimie s’intéresse beaucoup à la chimie biosourcée, à partir de l’agriculture, de la mer ou de la sylviculture. Le pin d’Alep est peu utilisé comme bois d’œuvre, essentiellement par le groupe Fibre Excellence, pour triturer la pâte à papier. Nous réfléchissons à la valorisation chimique du bois pour des produits à haute valeur ajoutée destinés à la cosmétique, la nutraceutique, la parapharmacie… La centrale de Gardanne pourrait menacer Fibre Excellence et ces recherches. Elle crée une concurrence directe et massive sur la disponibilité de la ressource. Il est dommage de prélever du bois pour le brûler, alors que nous travaillons sur la valorisation de sous-produits avec Fibre Excellence, l’implantation à Fos de démonstrateurs de technologies de valorisation avec le Port de Marseille ou la création d’une bioraffinerie (Biorafmed). Les sylviculteurs ne peuvent répondre à une telle diversité de besoins, faute d’une gestion rationnelle de la forêt dans la région. Il faut explorer toutes les options. Si E.on réussit à organiser l’approvisionnement autour de Gardanne, pourquoi ne pas songer à y adosser une bioraffinerie ? » 

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