Drones, prouvez-nous que les centrales nucléaires sont sécurisées !

Le gouvernement et l'armée assurent que les treize survols de centrales nucléaires par des drones n'ont jamais menacé les sites français… Mais depuis 2011, la sécurité des réacteurs a été prise plusieurs fois à défaut. Il est temps de prouver que nos centrales ne sont pas des passoires.

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Drones, prouvez-nous que les centrales nucléaires sont sécurisées !

Depuis le 5 octobre, treize centrales nucléaires françaises ont été survolées par des drones de petite taille. À chaque fois, EDF a porté plainte, tandis que l'armée de l'air a ouvert une enquête. Celle-ci est directement concernée puisque, dans le cadre d’un accord avec EDF, elle doit faire respecter une interdiction de vol dans un périmètre de cinq kilomètres autour d'une centrale et jusqu'à 1000 mètres d'altitude. Aujourd'hui, ni l'armée ni le gouvernement – de l'aveu même de Ségolène Royal, la ministre de l'Énergie – ne savent qui est à l'origine de ces survols illégaux. Il ne s’agirait pas d’ONG antinucléaires. Elles ont démenti, à commencer par Greenpeace.

Un drone seul, même bourré d'explosifs, ne peut pas infliger de graves dégâts à une centrale. L'enceinte de béton du bâtiment réacteur est censée résister au crash d'un avion de chasse. Le problème sera tout autre quand on assistera à l'arrivée d'escadrilles de drones ou d’appareils de grandes dimensions. Sans compter que les petits drones actuellement employés peuvent filmer les enceintes des centrales et repérer d’éventuelles failles en vue d'une intrusion extérieure.

Les forces de protection et le gouvernement minimisent les risques, assurant que les drones avaient été repérés tôt et/ou qu'ils n'avaient pas été jugés dangereux pour la sécurité de la centrale. Problème : la gendarmerie et l'armée de l'air invoquent toujours les mêmes arguments. Lors des multiples intrusions réussies de Greenpeace sur les sites nucléaires français depuis 2011, à pied ou en paramoteur, il a toujours été affirmé que les militants antinucléaires avaient été repérés précocement. Les gendarmes, présents sur le site, jugeant que les intrus n’avaient aucune intention terroriste, préféraient intervenir en douceur pour éviter tout accident.

Mettez-en nous plein les yeux

On ne demande qu'à les croire… Mais cette fois-ci, comme il n’y a pas de risque de blesser un humain, prouvons que l’intrusion peut être stoppée. Il est possible d’utiliser les moyens de défense actuellement à disposition, qu’il s’agisse des armes à feu des gendarmes ou des moyens plus lourds de l’armée de l’air dédiés à la protection des centrales (à travers un accord entre EDF et l’armée). D’ailleurs, à l'occasion d'une réunion au ministère de l'Intérieur, vendredi 31 octobre, les 760 gendarmes du peloton spécialisé de protection de la gendarmerie (PSPG) ont reçu l’autorisation de tirer sur ces drones. Et si cela ne suffit pas, tournons-nous vers les nouvelles technologies. Des sociétés chinoises et américaines affirment avoir développé des lasers capables de détruire un drone à plusieurs centaines mètres de distance. Autre solution, l’emploi de brouilleurs qui coupent la communication entre le drone et le pilote.

Bref, arrêtons, comme l’affirme Greenpeace, de minimiser les risques. Car ce "défi" lancé sur l’espace aérien des réacteurs interroge. Si, effectivement, la sécurité physique de ces sites hypersensibles n'est pas suffisamment assurée ou si leur espace aérien peut être violé par n'importe quel petit drone acheté dans le commerce, quid des attaques encore plus insidieuses comme celles venant du cyberespace ? À savoir, les attaques menées par des hackers ou des virus via les réseaux informatiques. Le danger est qu’une personne extérieure prenne le contrôle des équipements d’une centrale. Fiction ? Non, pas vraiment. N’oublions pas que cela est déjà arrivé en 2010 en Iran. Le virus Stuxnet avait modifié la vitesse de rotation de centrifugeuses pour l’enrichissement d’uranium et les avait détruites.

Honnêtement, les forces françaises, bien formées et bien équipées, sont sans doute capables de stopper précocement intrusions et survols. Le plan de renforcement de la sûreté des sites nucléaires français, engagé en 2011 et qui doit être déployé en 2016, devrait permettre de faire face aux nouvelles menaces des années 2010 : terrorisme, drones, hackers... Mais, aujourd'hui, après treize survols de centrales en un mois, il est grand temps de prouver que les premières lignes de défenses des sites française sont opérationnelles.

Ludovic Dupin

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