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DOSSIER SENSORIEL

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DOSSIER SENSORIEL



La technologie au service des cinq sens

Un toucher plus doux, plus soyeux...Une fois les termes définis, les technologies de traitement des matériaux s'emballent pour permettrent d'aller plus loin dans la recherche d'effets visuels ou tactiles. Plastique, métal ou même carton se plient à l'imagination sans limite des créateurs.



Comment donner ses lettres de noblesse à cette " recherche du sensoriel " ? La technologie, incontestablement, est venue au secours des créateurs. Avec, notamment, le développement de matériaux aux propriétés étonnantes. Et la mise au point d'instruments de mesure et de détection. Si les couleurs se libèrent, par exemple, les nouveaux pigments y sont pour quelque chose. Des pigments de plus en plus saturés pour donner des teintes plus colorées. Des pigments à effet nacré qui diffractent la lumière. Ou même des pigments interférentiels qui renvoient plusieurs longueurs d'ondes. " On travaille déjà à la future génération, raconte Sophie Milénovich, spécialiste du sujet au sein du service "couleurs et matière " de Renault. On observe des petites billes de verre qui donnent des effets pailletés en renvoyant la lumière On regarde aussi du côté des cristaux liquides. " La montée en puissance du tactile a entraîné un mouvement de recherche vers des matériaux offrant ces touchers doux, soyeux, satinés, actuellement en vogue. Avec, en première ligne, les plastiques. L'association Finition, qui regroupe Waterman, Strafor Facom, Legrand, Calor et Qualipac, travaille ainsi sur les possibilités visuelles et tactiles des plastiques. Au programme : la métallisation du plastique, pour lui donner des touchers froids ; l'imitation des matériaux nobles et naturels, comme le bois ; le polissage des moules, pour obtenir des granités très différents " De l'injection au laquage, il est possible d'intervenir sur le plastique pour arriver à l'effet voulu ", affirme Marc Cooper, directeur commercial du groupe Artem, dont la filiale Sérica a créé début 1996 une cellule de recherche sur les procédés du plastique. " Tous les produits fabriqués peuvent être modifiés en termes de "feeling" ", ajoute Georges Parmeland, du département des composés vinyliques d'Elf Atochem.

Un mouvement entraîné par les produits du luxe

Etonnant plastique, qui se plie à toutes les exigences ! Mais les métaux ne sont plus en reste. Le groupe Artem, via Sogecap, travaille aussi sur l'aluminium. " Notre rôle est de mettre les sensations voulues par nos clients sur des millions de pièces. On repousse donc de plus en plus les limites du métal ", explique Marc Cooper. Certains aspects, tel le martelé du flacon Yvresse, d'Yves Saint Laurent, sont obtenus dès l'emboutissage de la pièce. D'autres apparaissent lors du traitement de surface. L'entreprise applique ainsi le brossage à des pièces de formes de plus en plus complexes, et elle a développé un procédé pour obtenir des granulés particuliers, l'électrogranitage. Et, grande nouveauté, en plus de l'échange calorifique qui caractérise le métal, les services du marketing commencent à parler de sa sonorité particulière Comme toujours, le mouvement est entraîné par les produits du luxe. Ainsi, la division " parfumerie " de Saint-Gobain - Desjonquères s'intéresse au verre utilisé pour les flacons. " Le verre a son toucher propre, qui lui donne sa valeur et son image de luxe ", commente Pierre Waitzenegger, directeur du marketing de cette division. Pour ce matériau froid, dur, lisse et lourd, la recherche d'originalité joue plutôt sur la forme et l'apparence. Si le dépolissage lui donne des effets soyeux, la tendance est au sablage. Ce traitement partiel de la surface permet le mélange de touchers lisses et rugueux, et, surtout, la coloration de certains éléments en blanc laiteux, qui les démarque du verre lisse et les met en valeur. Les créateurs jouent aussi sur les effets de relief donnés par la sérigraphie ou sur le laquage, " qui donne des ressemblances avec le bois ou la céramique ". Quant au verre opale, opaque, il imite très bien la pierre. " Les recherches se font tous azimuts pour le sensoriel ", confirme le directeur du marketing. Même le carton y va de sa palette sensorielle. La société Raffypack, spécialisée dans l'emballage de luxe cartonné, joue le plurisensoriel. " Tout commence dans le choix des matières premières ", avance Christophe Pillon, responsable des méthodes. Pour un aspect lisse et brillant, mieux vaut choisir un carton couché - grâce à un dépôt alcalin, effectué par le fabricant de matières premières, qui bouche les pores du carton. Non couché, il sera plus doux, plus duveteux et mat.

Des procédés développés spécifiquement

" On peut combiner cela avec différents traitements, comme le gaufrage ou l'estampage. " L'estampage permet les effets martelés ou même tissés, tramés, tandis que le gaufrage donne un relief particulier. " En ajoutant des pellicules métallisées au carton, on peut lui donner des effets de brillance quasi métalliques. " La mode de l'emballage transparent a poussé le groupe vers le polypropylène, objet d'une division spécifique, qui " peut être lisse, granulé, givré, perlé, translucide, mat, brillant ", s'enthousiasme Christophe Pillon. Des procédés comme la dorure, l'estampage, le gaufrage ont été spécifiquement développés pour ce matériau. " Comme la tendance est au mariage du transparent et de l'opaque, on peut réaliser des emballages cartonnés avec des parties évidées qui seront bouchées avec du polypropylène transparent ", commente le responsable des méthodes. " De plus en plus, les clients arrivent avec des touchers en tête ; à nous de les réaliser ensuite ", conclut-il. Cette grande vogue du toucher a conduit au repositionnement de certains matériaux. Ainsi, les poudres polyamides Orgasol d'Elf Atochem sont très prisées parce qu'elles améliorent les propriétés des peintures et revêtements. Leur granulé, plus arrondi que celui des poudres broyées, se révèle très agréable au toucher.

Des simulations plus vraies que nature

Difficile, pour autant, de tout réinventer ! " La tendance est à l'exploitation des qualités inhérentes des produits existant sur le marché : les polymères actuellement plébiscités pour leur toucher n'ont jamais été mis au point pour cela ", confirme Jean-Jacques Couchoud, délégué " emballage " d'Elf Atochem. Pour certains matériaux, néanmoins, la carte sensorielle a été jouée dès le début. C'est le cas du Lotryl, mis sur le marché il y a cinq ans. " Avec le Lotryl, explique Michel Degrand, du centre de recherche, on peut faire des aspects gras à soyeux, on peut le coller sur du tissu " Principalement utilisé en hygiène féminine ou pour des gants médicaux, ce produit a en outre l'avantage de ne pas avoir un bruit de plastique. " On cherche à atteindre des marchés nouveaux grâce à ces propriétés, comme la cosmétique ou le jetable de luxe. " Mais les matériaux ne sont pas les seuls outils du design sensoriel. Les techniques d'analyse et les capteurs apportent des possibilités étonnantes. Pour les sons, par exemple, nul besoin d'attendre les prototypes. " On peut voir comment le bruit va évoluer et le reproduire, en fonction des modifications du véhicule ou des changements de matière ", avance Etienne Parizet, de la direction de la mécanique de Renault. Plus de mauvaise surprise une fois le modèle concrétisé ! De même, l'audiosphère brevetée par le bureau d'études parisien Espaces Nouveaux permet de mettre en situation des créations sonores pour mieux les représenter. Un outil bien pratique, pour éviter les risques de communication erronée ! La mesure du confort et du plaisir fait également des progrès. L'IRM fonctionnelle, utilisée surtout en neurologie, a été utilisée par Lancôme pour tester les effets de sa crème " Primordial Nuit " sur le cerveau, et pour montrer que les impressions tactiles stimulent le cortex droit, lié à l'imagination et au plaisir. Une piste innovante en matière de recherche sur le toucher.

Difficile, de corréler les mesures sensorielles et instrumentales !

Question confort, le mannequin thermique Oscar grelotte à la place des passagers et manifeste ses déperditions de chaleur. Renault a corrélé les données obtenues dans les différentes situations possibles par les trente-six capteurs du mannequin avec les réactions de volontaires. " Oscar est plus objectif qu'un individu, avance Antoine Azar, l'ingénieur "confort thermique" en charge du mannequin. Il sent les différences d'un côté du visage à l'autre, ce que l'homme ne peut pas faire. " Remplacer l'homme par la machine est le rêve de tous ceux qui touchent de près ou de loin à l'analyse sensorielle. Si la métrologie sensorielle " est une véritable métrologie ", donc objective, selon Patrick Mac Leod, de l'Ecole pratique des hautes études, elle reste compliquée à mettre en place. Difficile aussi de corréler les mesures sensorielles et instrumentales ! Les capteurs doivent être sensibles aux mêmes énergies que l'homme. C'est chose faite pour la vision et l'audition. Toutes sortes d'appareils sont capables de mesurer les intensités sonores ou de décortiquer les couleurs. Pour le tactile, " on est sur le point d'y arriver ", annonce Patrick Mac Leod. De nombreux texturomètres mesurent déja l'onctuosité de crèmes, le craquant de chips Restent les sens chimiques, l'odorat et le goût, pour lesquels deux problèmes sont encore à résoudre : la sensibilité des capteurs est au moins 1 000 fois inférieure à celle de l'homme. Et la diversité des capteurs humains est tellement grande qu'il n'existe pas d'équivalent instrumental. " Pas encore ", précise Patrick Mac Leod, pour qui le problème majeur est que l'on n'a pas encore totalement compris comment fonctionnaient les récepteurs humains. " Dès que cela sera fait, on saura alors les reproduire et mettre au point des capteurs aussi polyvalents. " Avec, comme seule limite, les coûts de fabrication en série. L'analyse sensorielle a encore de beaux jours devant elle...



Le " nez électronique "

Appelé " nez électronique " par abus de langage, cet instrument devrait plutôt s'appeler " système multicapteur d'analyse de gaz ". " Il ne détecte pas les propriétés odorantes, mais des propriétés plus ou moins cohérentes avec des odeurs ", confirme Patrick Mac Leod, professeur à l'Ecole des hautes études. Rien à voir donc avec les 50 millions de capteurs du nez humain. Ses capteurs " à oxyde " ou " polymères " adsorbent les molécules odorantes, ce qui modifie leur conductibilité électrique. Le " nez " compare alors les données avec les graphes qu'il a en mémoire et détermine si elles sont équivalentes ou non. Cette méthode détecte surtout les variations d'un produit au cours du temps en comparant les " effluves " captés avec les originaux. Du contrôle de la fraîcheur des poissons, des grains de café ou de l'atmosphère des silos à grains, le nez électronique propose de multiples applications potentielles. C'est même l'un de ces nez qui, embarqué sur Mir, a détecté les fuites de fréon qui auraient pu mettre en danger l'équipage.

USINE NOUVELLE N°2622



 

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