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DOSSIER JO DE SYDNEYLes athlètes en piste dans les entreprisesTout donner pour s'imposer aux Jeux et s'affirmer en même temps dans le monde du travail. Sur les 6 000 athlètes de haut niveau en France, 365 occupent en parallèle un emploi salarié. Dont une poignée présents à Sydney. Pari insensé ? ...

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DOSSIER JO DE SYDNEY

Les athlètes en piste dans les entreprises

Tout donner pour s'imposer aux Jeux et s'affirmer en même temps dans le monde du travail. Sur les 6 000 athlètes de haut niveau en France, 365 occupent en parallèle un emploi salarié. Dont une poignée présents à Sydney. Pari insensé ? Difficile. Car ces athlètes placent la barre très haut. Mais, pour gagner sur les deux tableaux, des entreprises se révèlent de précieux alliés.



Les Fours et Brûleurs Rey. A Saint-Etienne. Une immense toile tendue de 5 mètres par 5 mètres sur fond bleu égaie la façade grise de l'usine. Fierté de la soixantaine de salariés de la PME, elle reproduit dans des proportions de géant l'un des leurs : Driss Maazouzi. Leur collègue du service commercial, la star de l'usine, leur ambassadeur et, plus que tout, une partie d'eux-mêmes en route pour la gloire. Car, déjà dans sa dimension humaine, Driss Maazouzi est un géant. Tous l'espèrent en finale olympique du 1 500 mètres, le 29 septembre à Sydney. A 11 heures, ses collègues-supporteurs stopperont leurs machines. Pour vivre trois minutes de course. En silence. Tendus. Puis, la délivrance ? " Il va monter sur le podium, il en a les moyens ", pronostique Jean-Jacques Rey, le directeur général de la PME, son patron.

Rois des stades et des bureaux. Comme Driss Maazouzi, une poignée des 358 athlètes français en route pour Sydney se piquent au jeu. Sans vouloir forcément se hisser à la fois sur un podium olympique et gravir toute la hiérarchie d'une entreprise, ils tentent de concilier une vie de sportif de très haut niveau avec une activité professionnelle. " J'ai toujours eu au fond de moi l'envie de réussir dans les deux domaines, insiste Christine Hocq, en quête d'une médaille en triathlon et cadre commercial EdF. Car, même si je pense aux Jeux tous les jours, je n'y parti- ciperai qu'une seule fois, alors que l'orientation professionnelle engage pour la vie. "

Réaliser une véritable intégration de l'athlète

Elle est loin d'être la seule à raisonner ainsi. Professionnelle, Valérie Barlois ? Jusqu'au bout des ongles. Epéiste redoutée dans les salles d'armes, marathonienne infatigable dans la vie, elle affiche un caractère trempé et aussi effilé que sa lame d'acier. " Je veux prendre un poste à responsabi- lité ", lance déjà celle qui arrêtera sa carrière sportive après Sydney, à 31 ans. Recrutée par Bouygues en 1995, elle a passé cinq ans aux ressources humaines du pôle " construction ". Et, depuis avril, elle est chargée de la communication financière de Bouygues Off Shore, société cotée à Paris et à New York. " J'ai une aversion profonde pour la médiocrité ", déclare-t-elle. " Valérie fait preuve d'un punch qui sort de l'ordinaire ", juge François Jacquel, le directeur des ressources humaines du groupe Bouygues. " De plus en plus d'athlètes prouvent que les sportifs ne sont pas qu'un corps et des jambes. Mais qu'ils ont aussi une tête parfois bien faite ", se réjouit Jean-Christophe Rolland. A 32 ans, il déploie encore son mètre quatre-vingt-dix et ses 90 kilos pendant quatre heures d'entraînement quotidien pour arracher l'or en aviron à Sydney, consécration d'une carrière entamée à 12 ans. Mais il n'est pas qu'une montagne de muscles. Math sup puis math spé ont balisé son " autre " vie, couronnée par un diplôme d'ingénieur. Et, entre deux coups de rame, il regagne la centrale nucléaire du Bugey, dans l'Ain, pour retrouver ses collègues du service mesures-environnement. " Ce n'est pas un emploi de façade, affirme-t-il. Même si je bénéficie d'un statut qui me permet de concilier les deux, j'exerce une activité normale, je réalise des missions et je dois rendre des comptes. " " J'assure un vrai emploi, c'est le "deal" de départ ", assure à son tour Valérie Barlois. " Nous poursuivons une véritable intégration des athlètes de haut niveau dans l'entreprise, confirme François Jacquel. Nous préparons ces athlètes à ce que sera leur vie après la compétition. Ce n'est pas du sponsoring. "

Difficile de marier vies sportive et professionnelle !

Tableau trop idyllique ? Tout au moins, il est loin de refléter le quotidien de la majorité des sportifs. Seulement 365 athlètes de haut niveau, sur les 6 000 recensés en France, exercent un emploi salarié. " Il faudrait monter à 500 athlètes pour satisfaire les besoins ", comptabilise Jérôme Rouillaux, chef du bureau de la vie de l'athlète au ministère de la Jeunesse et des Sports. Mais, comme ses devanciers, Frédéric Boulière, jeune épéiste aux portes de l'équipe de France, reste une exception. Il vient d'intégrer l'Ecole nationale des ponts et chaussées après une licence de mécanique et suivra en septembre un stage chez Bouygues entre deux passes d'armes. " Ce qui me manque le plus, ce sont les candidats ", lance François Jacquel, qui a recruté quatre athlètes de haut niveau. Déjà, parce que marier activité professionnelle et vie sportive intense n'est pas une sinécure. Pour figurer parmi l'élite mondiale, Driss Maazouzi s'entraîne deux fois par jour et court de 140 à 160 kilomètres par semaine. La journée de travail de Jean-Christophe Rolland ou de Daniel Fauché, lui aussi chez EdF et sélectionné aux Jeux en aviron, est encadrée par quatre heures d'entraînement. " Il m'arrive souvent d'être sur l'eau à 6 heures du matin ", témoigne Jean-Christophe Rolland. Et l'entraînement n'est pas tout. Stages en équipe de France et compétitions finissent de hacher l'emploi du temps professionnel et amputent leur présence sur leur lieu de travail, de 150 à 180 jours par an. " Je me sens très liée à mon entreprise ; c'est d'autant plus frustrant d'avoir un statut de cadre et de ne pas pouvoir exprimer toutes ses capacités ", se désole Christine Hocq. Daniel Fauché, de son côté, a tranché et s'oriente vers une nouvelle carrière de professeur de sport : " On doit se contenter de missions ponctuelles. Travailler en tant qu'athlète est enrichissant, mais pas épanouissant. " Pourtant, rares sont ceux qui abandonnent. Car tous, sans exception, se sentent soutenus par leurs collègues de travail. Une force supplémentaire. " Je suis très entourée par mes collègues, se félicite Christine Hocq. ils sont fiers de ce que je fais, cela atténue ma frustration. Travailler est vraiment un plus pour mon équilibre intellectuel et sportif. " Un moyen aussi de fuir la pression. " Mon activité professionnelle, observe Valérie Barlois, me permet de prendre du recul par rapport aux enjeux sportifs. " Et financiers.

Un bien précieux : l'indépendance financière

Car, si, comme cette athlète, certains sportifs éprouvent déjà un réel besoin de s'affirmer dans le monde du travail, un emploi salarié leur procure aussi un bien précieux pour se consacrer sereinement à leur passion : l'indépendance financière. " Si en 1992 je ne trouvais pas de travail, j'arrêtais le sport de haut niveau. Dans l'aviron, on ne gagne pas sa vie ", déclare sans détours Daniel Fauché. L'argent qu'il a remporté avec sa deuxième place aux Jeux d'Atlanta en 1996 en quatre sans barreur reste à son cou. Médaille d'argent pour l'honneur. Son identique en athlétisme. " Sur les 300 athlètes du circuit international, une dizaine vivent de leur sport ", déplore Driss Maazouzi. Le triathlon n'est pas mieux logé. " Sur les cinquante premières mondiales, je suis la seule à avoir un emploi, et j'en suis fière ", relève Christine Hocq. Un statut de salarié qui libère donc l'esprit et préserve le corps de la course à la prime ou aux cachets dans les compétitions chaque week-end. " L'athlète de haut niveau vit une passion, mais il s'aperçoit très vite qu'il est dans un système très dur, sans statut social où tout est lié au résultat, dénonce Jean-Jacques Rey, directeur général des Fours et Brûleurs Rey. J'ai essayé de voir ce que je pouvais faire en tant que chef d'entreprise pour les aider dans leur parcours : leur donner un emploi, donc un statut clair, avec des fiches de paie et une couverture sociale. " Vice-président de l'Athlé 42, un club d'athlétisme de Saint-Etienne, en charge des athlètes de haut niveau, il joint l'acte à la parole. Sa PME emploie cinq athlètes. Un CDI en poche, Driss Maazouzi bénéficie pendant son année de préparation olympique d'une disponibilité totale pour s'entraîner. " Il est champion de France, c'est donc un excellent professionnel dans son domaine, justifie Jean-Jacques Rey. Pour l'instant, il faut lui laisser faire son métier d'athlète de haut niveau. " Sans mettre en péril l'équilibre financier de sa PME ? " Il a l'une des rémunérations les plus faibles de l'entreprise ", précise aussitôt le directeur général. Soit un salaire annuel de 150 000 francs. Dont 60 000 francs apportés par des aides de l'Etat et de la Région Rhône-Alpes.

Greffer les valeurs sportives à l'entreprise

En retour ? L'entreprise communique à travers son athlète. De la toile tendue sur la façade de l'usine aux cartes de voeux ou aux documents commerciaux, l'effigie de Driss Maazouzi est présente partout. Mais là n'est pas l'essentiel. " Driss est une piqûre d'ambition, de valorisation pour tous les salariés qui sont plus réceptifs à la notion d'objectifs et d'efforts ", remarque Jean-Jacques Rey. Ténacité, discipline, esprit d'équipe, prise de décision rapide, volonté d'aboutir, capacité à supporter les échecs pour repartir, etc. La liste des valeurs sportives que les dirigeants tentent de greffer dans leur entreprise avec le recrutement d'un athlète de haut niveau est sans fin. De la PME aux grands groupes. " La communication que nous réalisons chez Bouygues avec ces sportifs est avant tout interne, insiste François Jacquel. Leur comportement a une valeur d'exemple. C'est ce que nous voulons montrer dans l'entreprise. " Les temps changent en effet. Se servir de la notoriété d'un athlète dans le seul but étroit et unique de soigner l'image d'une entreprise est dépassé. " Des groupes ont fait leur révolution et cherchent à intégrer l'athlète aussi bien dans leur stratégie de communication que dans l'entreprise, avec par exemple des bilans de compétences ", remarque Catherine Blum, chargée de l'économie du sport au ministère de la Jeunesse et des Sports.

D'abord le coup de coeur du chef d'entreprise

Le concept d'un partenariat " gagnant-gagnant " entre l'entreprise et le sportif fait son chemin. " Nous sommes en pleine réflexion sur le sujet ", ajoute-t-elle. Mais, avant d'aboutir, la partie promet d'être serrée pour faire coïncider la notion de retour sur investissement chère aux entreprises avec les exigences de la vie d'athlète : calendriers sportifs et entraînement qui s'allongent, carrières qui débutent de plus en plus tôt et durent plus longtemps, etc. " Les entreprises sont mal préparées pour faire face à toutes ces contraintes, remarque Gérard Deshayes, directeur régional et départemental de la Jeunesse et des Sports Rhône-Alpes. Le passage à l'acte repose toujours sur le coup de coeur d'un chef d'entreprise. " En attendant que d'ici à la fin de l'année des propositions gouvernementales trouvent un terrain favorable au renforcement des liens entre les entreprises et les athlètes de haut niveau.



CHEZ EDF

" Conjuguer le sport et le travail est très important pour moi. Je ne pourrais pas être performante en triathlon si je n'avais pas la possibilité de m'épanouir dans un autre domaine."

CHRISTINE HOCQ

Age 29 ans. Taille 1,69 mètre. Poids 60 kilos.

Discipline Triathlon.

Palmarès Vice-championne de France 1997, 3e de la Coupe du monde en 1999.

Formation Sup de Co Reims ; HEC Montréal

Profession Cadre commercial EdF à Montpellier, chargée des grands comptes.



CHEZ BOUYGUES OFF SHORE

"Je suis d'un tempérament impulsif et fougueux. La vie en entreprise m'a appris la patience. Composer et se poser."

VALÉRIE BARLOIS

Age 31 ans. Taille 1,65 mètre. Poids : 53 kilos.

Discipline : Epée.

Palmarès Championne de France 1993, 1994 et 1997, médaillée d'argent à Atlanta, vainqueur de la Coupe du monde 1997.

Formation Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP).

Profession Chargée de la communication financière chez Bouygues Off Shore.



CHEZ REY

" Etre salarié me permet de ne faire que cinq meetings par an au lieu de quinze. Plus frais, j'arrive aux Jeux avec une chance de médaille."

DRISS MAAZOUZI

Age 31 ans. Taille 1,80 mètre. Poids 63 kilos.

Discipline Athlétisme (1 500 mètres).

Palmarès Champion de France du 1 500 mètres en 1997, 1998 et 1999, champion de France 2000 de cross court.

Formation Autodidacte.

Profession Commercial.



CHEZ EDF

" On sait à quoi s'en tenir. Tant que l'on reste athlète de haut niveau, il est difficile de vivre pleinement une activité professionnelle."

DANIEL FAUCHÉ

Age 33 ans. Taille 1,92 mètre. Poids 88 kilos.

Discipline Aviron (quatre sans barreur)

Palmarès Champion du monde en 1993, médaille d'argent à Atlanta en 1996, vice-champion du monde en 1997 et 1998.

Formation BTS d'informatique de gestion.

Profession Développe des logiciels pour les barrages EdF.



CHEZ EDF

"Je croyais qu'il était impossible de concilier un métier d'ingénieur avec la pratique de l'aviron à très haut niveau. J'y parviens. C'est une bonne nouvelle."

JEAN-CHRISTOPHE ROLLAND

Age 32 ans. Taille 1,90 mètre. Poids 90 kilos.

Discipline Aviron (deux sans barreur)

Palmarès 16 titres de champion de France, champion du monde en 1993 et 1997, médaillé de bronze aux Jeux d'Atlanta en 1996.

Formation Ingénieur essais.

Profession Ingénieur au service environnement-mesures à la centrale nucléaire du Bugey.



La région Rhône-Alpes mobilise ses PME

La Région Rhône-Alpes aime le sport : elle représente 10 % de la population française, mais abrite 15 % des athlètes de haut niveau de l'Hexagone. Une ombre assombrit toutefois le paysage. " Sur 884 athlètes de haut niveau, 30 à 50 par an ont besoin de trouver un emploi pour ne pas sacrifier leur carrière sportive ", souligne Gérard Deshayes, directeur régional et départemental de la Jeunesse et des Sports. Pas simple. " Dans leur majorité, les athlètes sont des handicapés de l'emploi, reconnaît-il. Ils consacrent trente heures par semaine à leur entraînement et négligent donc les études, la formation et le monde de l'entreprise. Il leur faut un parcours d'intégration sur mesure. " Pour trouver des solutions, il a créé avec la Région et des entrepreneurs l'association Sport-Entreprise, qui regroupe déjà une soixantaine d'entreprises en Rhône-Alpes. L'objectif : " Rassembler le plus grand nombre de patrons pour éviter de s'en remettre quasi exclusivement à des entreprises proches de l'Etat, de trop grandes machines qui n'offrent pas toujours des parcours d'intégration individualisés. "



Vers de nouvelles relations entre les athlètes et les entreprises

Sur les 6 000 athlètes de haut niveau des différentes équipes de France et recensés dans une liste arrêtée par le ministère de la Jeunesse et des Sports, 365 exercent une activité salariée à travers une convention d'insertion professionnelle (CIP) signée entre le ministère de la Jeunesse et des Sports et 141 employeurs. La majorité sont les salariés de grands groupes, d'administrations ou de collectivités locales, mais 48 PME-PMI ont aussi recruté 50 athlètes. En contrepartie d'un emploi à mi-temps rémunéré à plein temps, l'entreprise perçoit une aide annuelle de 20 000 francs, qui peut être dopée par une aide régionale (10 000 à 40 000 francs en Rhône-Alpes). " Chaque année, nous recevons une centaine de demandes de la part d'athlètes, satisfaites à 45 % ", regrette Jérôme Rouillaux, chef du bureau de la vie de l'athlète au ministère de la Jeunesse et des Sports. Aux employeurs de jouer. " Leur nombre est stabilisé entre 130 et 140 depuis 1996, détaille-t-il. Au lieu de 15 grandes entreprises, il en faudrait 20. " Et à l'Etat de faire un geste. Le projet de loi de finances de 2001 prévoyait de relever à 80 000 francs par an l'aide à l'employeur. La mesure n'est pas passée. Un prochain texte pourrait la fixer à 40 000 francs. " Il faut explorer de nouvelles voies, notamment en matière de fiscalité ", juge-t-il. Défiscaliser les aides aux entreprises ? Un groupe de travail interministériel se réunira en décembre avec des entreprises pour apporter une réponse au début de 2001.

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