Dossier aéronautique au Maroc : la montée en gamme pour horizon (1/5)

L'Usine Nouvelle publie cette semaine une série de 5 articles pour faire le point sur l'aéronautique marocaine. Ce dossier a été publié dans le supplément de L'Usine Nouvelle paru le  26 juin consacré à l'économie marocaine et intitulé "Le défi aéronautique." Premier volet, la filière aéronautique marocaine a bénéficié ces dernières années d’une croissance soutenue. Elle doit monter en gamme et en compétences pour se faire une place durable dans le marché mondial. Demain : un modèle qui doit évoluer (2/5).

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Dossier aéronautique au Maroc : la montée en gamme pour horizon (1/5)
Employée de l'usine ASM Aéro travaillant sur une ligne de production à Casablanca le 7 mai

On décèle de la fierté dans le propos. "C’est pour nous un vrai saut technologique", relate avec un grand sourire Housni Faek face à une machine semi-automatique de rivetage autour de laquelle s’attellent des opérateurs.

une usine de 400 salariés

Le directeur des programmes de Maroc Aviation, société détenue à 100% par Sogerma, la filiale d’Airbus Group, voit avec satisfaction ce nouvel investissement : l’entreprise s’apprête à produire des pièces de structure pour l’A 321, des parties du tronçon central, du panneau supérieur et du plancher.

Une montée en compétences significative pour cette usine de 400 salariés, spécialisée dans les pièces métalliques et composites pour de grands comptes aéronautiques comme Airbus ou ATR. Elle a généré, en 2013, un chiffre d’affaires de près de 30 millions d’euros.

Le site, situé à Nouaceur près de l’aéroport de Casablanca, devra répondre aux cadences soutenues imposées par Airbus : il ambitionne de produire ces pièces critiques pour l’équivalent de douze A 321 par mois d’ici à 2016.

Embauche à terme d’une quinzaine de salariés, formation, investissement dans une machine… La filiale de Sogerma passe la vitesse supérieure et fait tout pour rester dans la course effrénée de l’aéronautique.

Elle n’est pas la seule à miser sur le Maroc : le canadien Bombardier va ouvrir une usine fin 2014 à Nouaceur dans la zone franche Midparc et y investir 200 millions de dollars. En 2020, elle doit employer 850 salariés. Déjà bruissent les rumeurs d’une installation dans le royaume du brésilien Embraer.

D’autres exemples ? Le français Souriau va étendre de 40% la superficie de son usine de Tanger et embaucher 100 personnes d’ici à 2015. Le groupe d’aluminium américain Alcoa va investir sur Midparc 4 millions d’euros dans une usine de fixations de 6000 m². Une somme identique est engagée sur le même site pour une future usine de 200 salariés par les Ateliers de la Haute Garonne (AHG), une PME spécialisée dans les rivets et les vis.

Secteur prioritaire du plan Émergence industrielle

Il suffit de se rendre au Maroc, en particulier en avril à l’édition du Salon Marrakech airshow, pour ressentir la volonté farouche du royaume de se positionner comme un acteur de la sous-traitance aéronautique mondiale.

Les besoins des avionneurs que sont Airbus et Boeing n’ont jamais été aussi importants. Et le Maroc qui s’érige en terre d’accueil compétitive a fait de l’aéronautique l’un des secteurs prioritaires dans son plan Émergence industrielle. En 2001, la filière comptait une dizaine d’entreprises et guère plus de 300 salariés. Aujourd’hui, plus d’une centaine de sociétés sont implantées à Casablanca, mais aussi à Tanger ou à Rabat, employant près de 9 000 personnes. Le secteur génère 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires et fait montre d’un dynamisme vertigineux.

"Nous espérons doubler la taille de la filière d’ici à 2020", lance Hamid Benbrahim El-Andaloussi, le président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas). "La croissance s’est établie ces dernières années à environ 15% par an, assure Pierre Gadrat, le directeur des secteurs aéronautique, spatial et défense au sein du consultant Alcimed. Plus de 70% des sociétés implantées ici ont moins de cinq ans d’existence."

La liste des acteurs qui voient dans ce pays du Maghreb une destination de choix ne cesse de s’allonger : Airbus Group, Safran, Daher, Zodiac, Mecachrome, Nexans, Souriau, Lisi…

"Le Maroc est à la France ce que le Mexique est aux États-Unis"

Les sociétés implantées sont dans 90% des cas des filiales d’entreprises françaises ou le fruit de joint-ventures entre opérateurs marocains et français qui exportent vers leurs sites hexagonaux.

"Le Maroc est à la France ce que le Mexique est aux États-Unis", affirme Fouad Attar, le vice-président d’Airbus pour le Moyen-Orient. Autrement dit : une base arrière à la fois compétitive… et proche, le Maroc étant relié par camion à l’Europe.

La recette marocaine ? À force de soutiens financiers aux entreprises, de créations de zones franches (Tanger, Nouaceur…), d’efforts en formation professionnelle, les pouvoirs publics ont voulu et ont réussi à attirer les investissements. Même si le Maroc reste plus cher que la Tunisie, le coût du travail, un peu plus de 300 euros par mois en moyenne, est un puissant argument. Le low cost, ou "best cost" comme nombre d’interlocuteurs marocains préfèrent dire, marche à plein.

Cependant, le Maroc ne peut se reposer sur ses lauriers. Car il ne fait pas la course seul dans la sous-traitance aéronautique. Outre le Mexique, des pays comme la Turquie, la Malaisie, Singapour, le Vietnam ou la Tunisie, qui a connu sa vague d’industrialisation voilà une décennie, veulent leur part du gâteau.

Les carnets de commandes des grands équipementiers sont pleins, leurs usines aussi. Trouver de nouveaux sites compétitifs pour répondre à la demande devient un impératif. Un leitmotiv pour tous ces pays : les séduire ! Ce modèle doit évoluer pour durer. Les succès d’hier ne sont pas ceux de demain.

"Toute la question pour l’avenir est de savoir si le Maroc peut réussir à fabriquer des produits plus complexes, résume Guillaume Rochard, responsable mondial de l’aéronautique, la défense et la sécurité au sein du cabinet de conseils PwC. Et surtout si les grands donneurs d’ordres en ont la volonté."

Par Olivier James, à Casablanca

Olivier James Grand reporter Aéronautique - Défense

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