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Domotique : Et l’intelligence vint au bâtiment

Manuel Moragues ,

Publié le

Enquête La récente floraison de box domotiques illustre l'engouement des industriels pour ce marché prometteur. Reste à susciter la même passion chez les particuliers pour enfin démocratiser la maison intelligente.

Design épuré ou fantaisiste, vertes, blanches ou noires, à poser verticalement ou horizontalement... Les « box » domotiques fleurissent depuis le début de l'année. À la Eedomus, conçue par la start-up Connected Object, sont venues s'ajouter la Somfy Box du spécialiste du volet roulant télécommandé et la Blyss Liveez de la PME Avidsen pour Castorama. Bouygues, SFR et Orange ont présenté leur offre en juin. Thomson a lancé la sienne. Schneider l'annonce. Nouveaux entrants ou vétérans de la domotique, tous misent sur le décollage tant attendu du marché de la maison intelligente.

« Le mérite d'une box, c'est d'être un produit très simple que l'on pose quelque part et qui va permettre d'accéder à distance à son installation domotique », résume Benoît Watrigant, chargé des nouvelles activités et prospectives chez Legrand. Via la box internet, la box domotique ouvre le bâtiment sur l'extérieur et facilite de nouveaux services. En cas d'alarme sur une possible intrusion à son domicile, par exemple, plus besoin de payer le déplacement d'un télésurveilleur pour vérifier la situation. Le particulier est alerté et visionne les images de sa vidéosurveillance en direct sur son smartphone. L'association box - smartphone est dans tous les esprits. « Au fond, la vraie accélération vient des smartphones et des tablettes, pas des box », relève Benoît Watrigant. « Le catalyseur du marché, c'est le déploiement de ces compagnons à l'interface séduisante dont on a envie de se servir », renchérit Bruno Capdordy, chef de projet chez Schneider. « On a compté 200 box en dix-huit mois, tempère Philippe Delbarry, le directeur marketing des objets connectés d'Orange. La plupart ont disparu, d'autres arrivent. Tout le monde court, cherche la bonne formule, mais aucune box ne s'est imposée. »

 

L'efficacité énergétique, une tendance d'avenir

Pas plus que les offres de Hager et de Legrand, qui proposent depuis quelques années l'équivalent des box actuelles sous forme de modules intégrés au tableau électrique. Confort, sécurité, maîtrise de l'énergie, divertissement : la domotique est capable de tout. Mais ce tout reste peu vendeur, surtout vu son coût. Il faut compter plusieurs dizaines de milliers d'euros pour une installation complète dans une grande maison. La domotique est encore très concentrée sur le haut de gamme, qui a représenté les deux tiers des 600 millions d'euros du marché européen en 2011 selon le consultant BSRIA.

Les industriels ciblent donc des usages précis et multiplient les approches marketing pour faire entrer la domotique dans les foyers. La maîtrise de l'énergie s'est imposée en tête des argumentaires de vente. La start-up Ijenko (la box de Bouygues) a été l'une des premières à miser sur la domotique orientée énergie. Schneider lancera sa box de contrôle et de pilotage des consommations électriques du foyer en 2013. « L'efficacité énergétique est une tendance de fond qui s'accentuera avec l'augmentation annoncée des prix de l'énergie », avance Bruno Capdordy. En attendant, l'équation économique est incertaine. « Il n'y a pas de retour sur investissement pour la domotique énergie chez le particulier, tranche un consultant du secteur. Les box actuelles sont lancées à l'aveugle. »

En comparaison, la sécurité s'affiche comme une valeur sûre. « Si le particulier n'est pas prêt à investir 400 à 600 euros dans un outil de maîtrise de l'énergie, il le fera pour une alarme qui surveille sa maison », assure Emmanuel François, représentant en France d'EnOcean, un fabricant de capteurs sans fil et sans pile. Les alarmes deviennent des produits d'appel pour vendre des solutions intégrant d'autres fonctions. La sécurité, cheval de Troie de la domotique ? SFR se verrait bien en Ulysse : « On commence par la sécurité, car il y a une forte demande, mais on ira plus loin dès cette année avec des produits pour le pilotage du chauffage, des volets roulants... », anticipe Olivier du Besset, le directeur des produits et des contenus de SFR. L'opérateur affiche ses ambitions : « La domotique est pour nous un vrai relais de croissance. On y met les moyens. On veut être le leader. »

Les opérateurs télécoms comptent démocratiser ce marché. Leur recette ? Un contact direct avec le client, des solutions sans fil, bien adaptées aux bâtiments existants, à installer soi-même, avec « des prix très agressifs divisés par deux », selon Olivier du Besset. De quoi séduire par exemple « les 47% de Français locataires de leur logement qui n'ont pas forcément envie de payer un professionnel pour installer du matériel qu'ils ne pourront pas emporter », espère Philippe Delbarry, d'Orange. Simples à installer et à utiliser, moins chères... les offres des opérateurs semblent gommer les défauts traditionnels de la domotique. « Attention à l'excès de promesses des box et au risque de déception », prévient Jean-Jacques Pauly, le directeur du développement des bâtiments intelligents chez Hager. Du côté de Legrand, avec qui SFR a mis en place un partenariat, on compte sur l'arrivée des opérateurs télécoms pour dynamiser le marché. « Les gens vont découvrir la domotique avec des offres simples. Ils pourront ensuite aller vers des solutions plus pérennes, plus installées », estime Benoît Watrigant.

 

Inventer des process communs

Pour Legrand, la domotique doit dépasser la seule infrastructure électrique et numérique du bâtiment pour intégrer des objets mobiles connectés. Reste que, intégrés au bâtiment ou mobiles, les équipements devront se parler. Or la domotique peine à se débarrasser d'un handicap historique : les produits de différents fabricants ne savent pas forcément communiquer entre eux. De quoi décourager le client qui veut étendre son installation, tout comme l'industriel qui cherche à rendre ses équipements communicants. Tous les acteurs sont conscients du problème et la situation évolue. Les protocoles de communication propriétaires sont peu à peu délaissés et des standards plus ou moins normés s'imposent : KNX, BacNet, Zigbee... Le rêve d'un standard unique a laissé la place à la recherche, plus réaliste, de l'interopérabilité des équipements à travers la construction d'un méta-langage capable de servir d'interprète entre les principaux standards. Un chantier engagé en France par les industriels du bâtiment.

Son décollage s'appuiera également sur les besoins de maintien à domicile des personnes âgées ou d'équipement des résidences médicalisées. À plus court terme, l'accélération pourrait venir de la construction immobilière. « Avec ses obligations de mesure et d'affichage des principaux postes de consommation d'énergie, la Réglementation thermique 2012 fait entrer le monde du bâtiment dans la logique de la domotique », se félicite Benoît Watrigant. Pour passer à la vitesse supérieure, constructeurs et domoticiens devront cependant inventer des process communs. Demandant des compétences spécifiques et impliquant différents corps de métier, la mise en oeuvre de la domotique n'est pas simple. « L'industrialisation du déploiement de ces solutions sur les chantiers immobiliers est la clé du succès » résume Jean-Jacques Pauly, de Hager. L'industriel a collaboré avec Sodéarif (groupe Bouygues) sur le premier immeuble intelligent français, livré à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) en avril. Une expérience fondatrice pour Hager. « Ce chantier a amorcé la pompe, se félicite le dirigeant. Nous avons aujourd'hui un portefeuille d'appels d'offres de plusieurs milliers de logements intelligents. » S'aventurant sur les chantiers, ouverte sur internet, accueillant de nouveaux entrants, prête à se connecter à de nouveaux objets... Pas de doute, la domotique sort enfin de sa boîte.

QUATRE GRANDES FONCTIONS MISES EN AVANT

  • Sécurité Caméras, détecteurs d'intrusion, de gaz ou de fumée et alarmes associées sont proposés par la plupart des industriels, avec des opérateurs de télésurveillance, comme Securitas.
  • Confort Commande à distance des ouvrants (Somfy, Velux) ou de l'éclairage (Yokis, Legrand, Hager, ABB), guidage lumineux pour les personnes âgées (Legrand).
  • Gestion de l'énergie Pilotage et régulation du chauffage et de l'eau chaude sanitaire sont mis en avant par Deltadore, Schneider, Hager, Siemens, Atlantic...
  • Multimédia Pour diffuser son, vidéo et communications dans toutes les pièces, Legrand, Hager et Schneider rivalisent avec Samsung, Belkin, Apple et autres acteurs de la high-tech.

 

L'irruption remarquée des opérateurs télécoms

Avec le lancement de leurs offres en juin, Orange et SFR ont rejoint Bouygues, parti dès juillet 2011. Passage au « quintuple play » pour Bouygues, vrai relais de croissance pour SFR... Les opérateurs veulent s'installer dans la domotique. Dans la filière électrique, certains s'alarment. « Les opérateurs sont destructeurs de valeur. On connaît les téléphones à 1 euro », déplore un observateur. « Le business model des télécoms, c'est le service, pas le produit. Or il faut des produits de qualité pour faire décoller le marché », renchérit un fabricant. Les réseaux de distribution professionnelle et d'installateurs risquent pour leur part d'être court-circuités par les opérateurs, qui vendent sur le web des packs à installer par le client final. Une situation qui pourrait évoluer. « Des partenariats avec les fournisseurs et les distributeurs font partie de notre démarche, explique Olivier du Besset, de SFR. On veut être leader, on ne le fera pas tout seul. »

DEUX START-UP MISENT SUR L'INTELLIGENCE

  • Vesta-System introduit de l'intelligence dans la gestion énergétique des bâtiments. Ses algorithmes apprennent les dynamiques du bâtiment et ses usages pour anticiper et optimiser consommation et production locales, en lien avec les données du réseau et de la météo. Déjà présent dans le tertiaire, Vesta se tourne aujourd'hui vers le résidentiel.
  • Pour Intent Technologies, l'intelligence réside dans l'interconnexion des acteurs d'un bâtiment. À partir d'un réseau de capteurs, la plate-forme logicielle d'Intent remonte les informations du bâtiment pour les redescendre en temps réel sous forme de services à ses occupants, son gestionnaire et ses prestataires techniques. À la clé, une gestion optimisée qui a déjà convaincu deux bailleurs sociaux.

 

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