Quotidien des Usines

Dominique Dexant, directeur général d’Iveco Magirus Camiva : "Il faut siffler la fin de la partie"

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Entretien Après le rejet par les salariés de l’usine de Saint-Alban-Leysse (Savoie), le 15  octobre, du projet de plan de sauvegarde de l’emploi proposé par la direction, celle-ci a annoncé la fin des négociations.

Dominique Dexant, directeur général d’Iveco Magirus Camiva : Il faut siffler la fin de la partie
Dominique Dexant
© Iveco Magirus Camiva

Le 15 octobre, les salariés ont rejeté le projet d’accord de méthode par 90 voix contre 63. Quelles sont les conséquences immédiates de ce refus ?
Le résultat de ce vote a été pour nous une mauvaise surprise. Rappelons que les 11 et 12 octobre, nous avons rencontré les services de l’Etat qui jouent le rôle du médiateur dans cette négociation, ainsi que les représentants des salariés, dans le but de trouver une sortie positive, de fixer un calendrier précis pour la poursuite des procédures et de mettre fin aux blocages de camions sur le site pour revenir à une production normale. Nous avions fait des concessions. La principale demande concernait l’indemnité supra conventionnelle. Rappelons que nous l’avions assortie de mesures pour aider nos salariés à retrouver un emploi : projet de reclassement de neuf mois, aide aux entreprises qui recruteraient des salariés de Camiva, aide à la création d’entreprise. Nous avons l’impression que les salariés ne se sentent pas concernés. Cela a d’ailleurs fortement irrité le médiateur et l’inspecteur du travail est sur le site aujourd’hui pour rencontrer les salariés. Cette prime supra conventionnelle est totalement facultative. Nous avions fixé : 0,5 mois de salaire par année d’ancienneté, un minimum garanti de 10 000 euros, une majoration de 10 % pour les salariés de plus de 50 ans et ceux ayant trois personnes à charge. Lors de la dernière médiation, nous avions accepté de monter le plafond de dix à onze mois de salaire et d’ajouter une indemnité supplémentaire de 4 000 euros chacun. Le résultat du vote signifie qu’il n’y a plus de négociations. Elles sont terminées. Aujourd’hui, nous n’avons aucune visibilité sur la fin des opérations. Ce qui justifie que nous avons annulé toute prime supra conventionnelle. Elle est tombée à zéro euro pour tout le monde.

La question du pôle d’excellence de Chambéry est particulièrement sensible. La CGT parle d’un "chantage odieux à l’emploi"...
En ce qui concerne la création d’un pôle d’excellence à Chambéry, il y a avait deux demandes de la part des représentants des salariés. La première concernait la notion de volontariat pour les 42 salariés concernés et bien que nous l’ayons trouvée surréaliste, nous avons accepté. La seconde était le maintien des mesures du PSE pour ces 42 salariés pendant une certaine période. Cela semble incongru quand on considère que nous sommes un groupe international qui décide de rester en France, de créer ex nihilo à Chambéry un site qui sera sans doute le plus moderne d’un constructeur de véhicules d’incendie en France. Mais nous avons accepté de maintenir les indemnités pendant 18 mois pour ces salariés, à compter de l’ouverture du pôle prévue lors du prochain congrès des sapeurs-pompiers à Chambéry en octobre 2013. Nous travaillons depuis la rentrée avec les autorités locales pour déposer un permis de construire. Un protocole d’accord avait été signé avec Chambéry métropole. A présent, tout est gelé. Il n’y a aucun chantage là-dessus. Tout est gelé et nous réfléchissons à d’autres alternatives. Nous n’avons aucune visibilité. Il se peut que nous ayons à payer des gens improductifs pendant des mois. Cela a un coût et il faut siffler la fin de la partie.

Comment va se poursuivre la procédure et quelle est la situation actuelle de l’usine ?
Dès le 16 octobre, nous avons dit au préfet que nous étions d’accord pour organiser un autre vote, ce qui a été refusé par les salariés. Il ne faut pas négliger la revitalisation du territoire. Nous sommes en train de finaliser les négociations de la convention de revitalisation avec l’Etat et le préfet. Nous sommes d’accord sur les termes et conditions, notamment sur le fait que le site sera réindustrialisé, et non investi par une zone commerciale. Nous sommes sur un nombre d’emplois minimum à créer de 152, qui pourrait devenir 194 si le pôle d’excellence ne se fait pas à Chambéry. Actuellement, l’usine a un taux de productivité de 20 %, en raison de grèves larvées, et pour la première fois depuis sa création il y a 42 ans, nous ne produirons aucun véhicule ce mois-ci. En revanche, des pièces produites ici et nécessaires à la fabrication de véhicules par d’autres usines du groupe doivent être acheminées, ce dont les salariés sont informés depuis avril. Nous ne vidons pas l’usine, les camions interviennent pendant les horaires de travail. Nous ne sommes pas des voyous. Il y a des blocages à l’entrée de l’usine et ce jeudi après-midi, 16 salariés sont assignés au tribunal pour entrave à la circulation des biens. Compte tenu des voies de fait et sabotages que nous constatons depuis des semaines, nous pratiquerons la tolérance zéro.

Propos recueillis par Dorothée Thénot

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