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Dix destinations pour un job

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Loin d’être casaniers, les ingénieurs made in France sont quelque 117 000 à travailler un peu partout sur la planète où leur savoir-faire est reconnu et valorisé. Petit tour du monde en dix étapes.

Le goût du large, pas forcément la fuite des cerveaux… En 2013, parmi les ingénieurs diplômés depuis moins de deux ans, un sur huit est parti exercer ces talents hors de France selon la Conférence des grandes écoles. De son côté, Ingénieurs et scientifiques de France estime que 15,5% des ingénieurs travaillent aujourd’hui à l’étranger, contre 13,2% en 2005. Cette proportion frôle les 20 % pour les moins de 30 ans. On part autant voire plus à l’étranger par envie de découvrir le monde que par dépit face à l’atonie de la situation économique de l’Hexagone.

Au total, 117 000 ingénieurs formés en France travaillent à l’étranger. Ils ont compris que les projets industriels les plus excitants se développent de plus en plus souvent loin de l’Hexagone. Ils savent surtout qu’ils y toucheront des salaires plus élevés. Si l’Union européenne reste la destination favorite pour plus de la moitié d’entre eux, c’est que la liberté de circulation est une réalité bien éloignée des difficultés rencontrées pour obtenir un permis de travail à Rio, Shanghai ou Luanda.

Pour les jeunes, le volontariat international en entreprise (VIE) reste une voie privilégiée. Partir à la découverte du monde est une initiative très appréciée. Daniel Welcker, le directeur France du pôle industrie et IT du cabinet Hays, l’assure : « Dans un recrutement, c’est un atout. Cela montre que le candidat a su prendre des risques et possède une ouverture culturelle. »
 

Chine : L’expérience, ça paie

Si la Chine fait toujours rêver les jeunes ingénieurs, ils doivent s’armer de patience. En effet, le gouvernement chinois a durci ses exigences. Pour obtenir un visa de travail, une expérience professionnelle de deux à trois ans est requise. « La phase où être étranger était en soi une qualité est terminée », explique Michel Grenié, enseignant à l’université de Beijing (BLCU) après avoir travaillé pour deux écoles françaises d’ingénieurs présentes en Chine. De plus en plus, le géant de l’Asie veut conquérir des marchés extérieurs. Avoir une connaissance en internationalisation ou en développement de réseaux commerciaux en Afrique ou en Amérique du Sud est le type de compétence recherché. Autres métiers appréciés : ceux qui visent l’amélioration de la productivité. « De façon générale, il faut des gens orientés vers la résolution de problèmes qui acceptent de mettre la main à la pâte », poursuit Michel Grenié. La connaissance du mandarin est un atout clé. « Dans l’entreprise chinoise où j’ai commencé, on m’a plutôt fait confiance » explique Stéphane Ly qui travaille désormais chez Faurecia à Shanghai. Pour bien s’intégrer, il conseille de soigner son réseau, un outil stratégique dans un pays où les relations informelles restent importantes. Deux bémols pour les candidats au départ : Shanghai et Pékin ne font pas toute la Chine industrielle et les entreprises s’installent de plus en plus loin de ces grands centres urbains. Enfin, pour ceux qui ont des enfants en bas âge, les métropoles chinoises sont très polluées…
 

Angola : La croissance, ça se mérite

À Luanda, la capitale angolaise, le dynamisme se lit dans le nombre d’immeubles en construction. En 2013, la croissance a dépassé 5%. Après plus de vingt ans de guerre civile, le pays se rebâtit en mobilisant ses ressources naturelles. À commencer par le pétrole. Mais pas seulement : le gouvernement veut développer des industries intermédiaires pour la classe moyenne émergente. « Un peu partout s’ouvrent des grandes surfaces où sont présentes les marques internationales », témoigne Grégoire Wackowiez, diplômé de l’Ensiacet, responsable du service qualité pour l’équipementier pétrolier Ponticelli. Pour trouver un emploi ici, il faut bien se préparer :le gouvernement local limite les postes d’expatriés et distribue les visas prudemment. Impossible de s’installer sans une lettre d’invitation et difficile aussi pour le conjoint de trouver du travail ! À cela s’ajoutent l’insécurité et le coût de la vie très élevé pour un expatrié.
 

Belgique : Si proche et si loin à la fois

La Belgique est un pays où la pénurie d’ingénieurs sévit, notamment dans les industries automobile, chimique et aéronautique… Mais gare à ne pas se laisser abuser par la proximité géographique. « Certains se cassent les dents, car ils croient travailler dans un département français », prévient Olivier Dufour, le directeur exécutif de Page Personnel à Bruxelles. Des différences culturelles existent, y compris en Wallonie ou dans la région de Bruxelles, où le français est parlé. « Des réflexions brutales peuvent braquer les salariés qui se désengagent », prévient-il. Pourtant, le jeu en vaut la chandelle, avec des salaires plus élevés, surtout si l’on intègre la voiture de fonction faisant souvent partie du package. « La qualité de vie à Bruxelles est grande », ajoute Ludovic Terzi, diplômé de l’UTC et aujourd’hui responsable de la maintenance de l’usine Coca-Cola d’Anvers. Il a appris le flamand pour montrer son engagement, après une période où il s’exprimait en anglais. Un effort d’autant plus louable, car selon Olivier Dufour « pour un poste d’ingénieur, les employeurs sont moins regardants sur le bilinguisme ».
 

Royaume-Uni : Pour les amateurs de compétition

Attention, le Royaume-Uni ne convient pas à tous les profils. Mieux vaut être débrouillard et aimer la compétition. Victor Arnoux, diplômé de l’Eigsi et ingénieur commercial chez Granta Design, apprécie cet état d’esprit so british : « On travaille en totale autonomie. La prise d’initiatives est valorisée. » Une particularité qui attire des profils venus du monde entier, mais où les Français sont en bonne place. Sur les 120 salariés de son entreprise située à Oxford, dix viennent de l’Hexagone. C’est à Londres qu’Amaury Sautour est aujourd’hui installé. « On peut monter très vite. La culture de la récompense par rapport au travail accompli prévaut », s’enthousiasme ce diplômé de Supélec, aujourd’hui associé du cabinet Ignitr. À savoir avant de partir : les écoles d’ingénieurs généralistes à la française n’existent pas outre-Manche, où l’on cherche plutôt des profils précis.
 

États-Unis – Boston : Miser sur le réseau

Le Massachusetts, surnommé « university state », est un lieu de formation complémentaire de nombreux jeunes ingénieurs, comme Aurélie Jean qui poursuit un « postdoc » sur la simulation numérique des tissus après son diplôme de Mines ParisTech. Mais c’est aussi une région riche en opportunités dans les industries de la high-tech ou de la santé avec une myriade de biotechs américaines ou l’implantation de grandes entreprises françaises (Sanofi, Saint-Gobain…). La région de Boston accueille environ 10 000 Français et les ingénieurs s’y organisent. Le chapitre bostonien de While42, association d’ingénieurs français de la high-tech, a ouvert en juin. Les anciens des grandes écoles viennent de se fédérer dans un seul réseau d’alumni. On y croisera peut-être le centralien Stéphane Dietrich, qui a installé sa start-up Neolane à Boston avant de la vendre 600 millions de dollars à Adobe. Le réseau, c’est la clé pour s’ouvrir des occasions. Jean-Jacques Yarmoff, le conseiller scientifique du consulat, prévient : « Quand vous envoyez un message, il n’est pas rare que la personne vous réponde dans l’heure, mais derrière ne laissez pas traîner pour répondre. Votre réactivité prouve votre motivation. » Pour les visas, rien d’évident. Le mieux est d’être sponsorisé par une entreprise, mais ne négligez pas non plus la loterie qui accorde chaque année 50 000 cartes vertes sur un simple formulaire.

 

États-Unis – Californie : Heureux qui comme un geek…

Cet automne, Google accueillait une petite « networking party » dans ses bureaux de San Francisco. Les invités ? Quelque 80 ingénieurs en informatique français installés dans la Silicon Valley. Ces diplômés de Polytechnique, de l’Epita, d’Epitech ou de l’Eisti travaillant dans des start-up mais aussi à la Nasa, chez Google, Amazon ou le coréen KT. À part quelques vétérans, la plupart d’entre eux étaient de nouveaux arrivants. C’est que la pénurie de compétences est un sujet quotidien en Californie, les patrons s’y disputent les meilleurs talents numériques de la planète. « Ici, tout le monde recrute. Et chacun a sa chance », rappelle Sylvain Kalache, le cofondateur de While42 San Francisco, une associèation d’ingénieurs high-tech français. Chinois et Indiens sont les plus nombreux, mais les Français seraient les Européens les mieux représentés dans la région. Dans des entreprises où les compétences priment sur le diplôme – ce dernier est rarement pris en compte lors d’une embauche – la formation made in France, en mathématiques et en informatique en particulier, a fait ses preuves. Ici, les ingénieurs français savent résister à la douzaine d’entretiens obligatoires pour être embauchés, mais surtout ils démontrent leurs savoir-faire lors des tests de codage et autres hackathons qui tiennent souvent lieu d’évaluation de compétences.


 

Suisse

Anne-Laure Forestié Sorin, responsable sécurité et santé Nestlé Waters Europe

« La Suisse ne m’attirait pas particulièrement, mais je voulais travailler à l’étranger. Je suis arrivée en 2005 après mon diplôme à Polytech Paris et je n’en suis jamais partie. Venant de Paris, cela a été difficile au début. C’est compliqué d’être en ville quand on vit en Suisse. Mais il y a d’autres avantages, notamment salariaux, même s’il faut relativiser car le coût de la vie est plus élevé. En Suisse, le taux de chômage est bas. On manque d’ingénieurs dans les secteurs industriels ou techniques comme l’horlogerie, la chimie, la fabrication de machines, l’agroalimentaire… Les ingénieurs français ont une carte à jouer, car leur niveau est reconnu. Mais il faut au moins parler anglais, et l’allemand est un atout. Après, il faut faire ses preuves, être courageux et flexible. Si avoir des relations peut aider (il ne faut pas hésiter à mobiliser les réseaux d’anciens élèves), il faut savoir aussi y aller au culot, ça paie. Lors de mon entretien pour un stage, le recruteur m’a affirmé qu’il me recontacterait dans une semaine. J’ai répondu que je voulais une réponse tout de suite. Et je l’ai eue ! »

Québec

Agathe Luce, responsable qualité chez Aurpal

« Ayant grandi en Nouvelle-Calédonie, je promets que je ne suis pas venue au Canada pour l’hiver ! J’ai découvert ce pays lors d’un stage pendant mes études en apprentissage à l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse. J’ai été frappée par la décontraction des gens. Pour trouver un travail, on peut passer une entrevue le vendredi et commencer le lundi. On se met d’accord sur un salaire annuel, sans signer de contrat. Cela a de bons et de mauvais côtés, la protection sociale n’est pas la même qu’en France. Mais les Québécois ont moins besoin de décrocher, ils sont plus détendus. Pour avoir un permis de travail, il faut fournir beaucoup de documents et comprendre dans quels critères on rentre. J’ai eu un permis qui correspond à une mutation. Il est valable trois ans. Pendant cette période, je ne peux changer ni de poste ni d’entreprise. Il faudrait refaire une demande. Une autre précaution à prendre avant de venir concerne le titre d’ingénieur. Je n’ai pas le droit de l’utiliser et je ne peux pas me revendiquer agronome. Pour cela, je devrais passer un entretien. Pour l’instant, je n’en ai pas eu besoin, mais je ne vais pas tarder à le faire. »

Allemagne

Romain Lenys, chef de projet chez Bosch

« Travailler en Allemagne présente des avantages pour un ingénieur. Il n’est pas rare de voir des petites annonces immobilières où les gens mettent en avant leur titre, parce que pour les propriétaires cela signifie un bon salaire. Ingénieur en Allemagne, c’est un vrai statut. Les salaires y sont environ 20 % supérieurs à ceux en France. Ajoutez à cela que le statut cadre n’existe pas comme en France. Les heures supplémentaires, par exemple, sont payées. Pour trouver un emploi, parler l’allemand n’est pas indispensable à condition d’être très calé en technologie. Il existe beaucoup d’outils mis en place par les Länder pour aider les entreprises à trouver les bons candidats : des annuaires, des sites spécialisés… Depuis 2011, il y a un net ralentissement de l’économie, les entreprises ont serré leurs coûts. Même sortant d’une école renommée comme l’Estaca, où j’ai fait mes études, il ne faut pas venir en Allemagne en s’imaginant que la pénurie d’ingénieurs est telle que l’on va trouver facilement. Le VIE ou le travail pour un prestataire sont des solutions pour avoir une première expérience. Cela vaut le coup, car le cadre de vie est très agréable : dans les rues, on voit des voitures qui font rêver. Quand je vais à Paris, je sens la morosité. Pas en Allemagne. »

Brésil

Julie Cransac, consultante chez Portas Consulting

« Bien qu’ayant un double diplôme de Centrale et de l’université de Rio, cela n’a pas été simple de trouver du travail au Brésil, même en m’y prenant près d’un an à l’avance. J’avais un visa étudiant et il faut obtenir un visa de travail. Pour cela, l’employeur doit justifier qu’il a besoin de vous. En outre, le réseau est essentiel. J’ai décroché mon travail chez un consultant en sponsoring sportif notamment grâce à une personne avec qui je jouais au rugby. En 2011, j’ai été la première salariée en CDI de ce cabinet de conseil londonien. Entre-temps, je me suis pacsée, ce qui a simplifié l’obtention du visa. Outre l’environnement agréable (le matin je cours sur la plage), j’aime beaucoup l’ambiance avec les collègues. On connaît les noms des conjoints, frères et sœurs des uns et des autres. Il n’y a pas de barrière entre le privé et le professionnel. Si on a un problème, on peut en parler, les autres vous aident. La seule chose qui me chagrine encore, c’est la notion d’heure. Il n’est pas rare qu’une réunion commence avec 30 minutes de retard. Avant de venir au Brésil, il vaut mieux être bien préparé : j’ai rencontré beaucoup de Français qui voulaient y travailler et qui repartaient au bout de six mois. »

Réussir son retour après une expatriation

  • Après plusieurs années passées dans un pays étranger, le retour en France n’est pas toujours aussi simple que prévu. Il faut retrouver ses marques : un défi pour soi et pour chaque membre de la famille. Pour peu que l’on soit parti jeune travailler à l’international, le retour oblige à découvrir la vie d’entreprise à la française. Une sorte de choc culturel à l’envers !
  • Si vous êtes parti pour une entreprise française, la réintégration se passera mieux si vous avez soigné votre réseau durant vos années d’expat. Le courriel et les réseaux sociaux sont des outils pour garder le contact. N’oubliez pas de passer au siège de l’entreprise à chaque passage en France, de déjeuner avec d’anciens collègues… ou d’inviter chez vous ceux avec lesquels vous avez noué des liens. De même, les associations d’anciens élèves d’écoles d’ingénieurs seront utiles au moment du retour en France.

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