Dix ans de mauvais choix à l'origine des difficultés du groupe de textile Vivarte

Marion Garreau ,

Publié le

Vivarte, le groupe d’habillement et de textile a confirmé ce 24 janvier, la cession de la marque André. Un repreneur a été trouvé, sans que son nom ne soit divulgué. Le spécialiste français de l'habillement et de la chaussure devrait également annoncer de nouvelles suppressions de postes et cessions d'enseignes. Les quatre fonds d'actionnaires aux manettes sont accusés d'orchestrer un démantèlement, les anciens patrons d'erreurs stratégiques.

Dix ans de mauvais choix à l'origine des difficultés du groupe de textile Vivarte © Google Maps

Un an après la mise en vente de sa dernière usine en France, le fleuron du textile français Vivarte (André, Kookaï, Chevignon, Naf Naf, ...) traverse une période difficile. Lundi 23 janvier, lors d'un comité de groupe extraordinaire, le PDG Patrick Puy a annoncé deux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) à La Halle aux chaussures (3 900 salariés) et dans la filiale Vivarte Services. Mais les syndicats craignent d'autres suppressions de postes, alors que des comités centraux d'entreprise sont prévus mardi 24 janvier et mercredi 25 janvier à La Halle aux vêtements (4 100 salariés) et André (750 salariés). "Nous nous orientons vers un démantèlement du groupe, affirme Jean-Louis Alfred, coordinateur Vivarte pour la CFDT. L'enchaînement de différents comités préfigure l’annonce de trois PSE à La Halle aux vêtements, La Halle aux chaussures et Vivarte Services." Selon le syndicat, jusqu'à 2 000 postes pourraient être supprimés.

Les ventes envisagées par l'ancien PDG Stéphane Maquaire de Pataugas (58 salariés), Kookaï (540) et Chevignon (222) ont été confirmées et de nouvelles cessions d'enseignes pourraient intervenir. Le démenti début janvier par la direction des rumeurs de cession d'André n'a pas rassuré les 17 000 salariés du groupe. Autres annonces redoutées : la vente de Caroll (900 salariés) et la fusion de la Halle aux chaussures avec celle aux vêtements, ce qui impacterait plus encore les services support et logistique. Ces deux dernières années, Vivarte a déjà fermé près de 300 magasins et supprimé plus de 3 600 emplois. A l’histoire plus que centenaire, le groupe affichait pourtant une bonne santé il y a encore dix ans. Plusieurs éléments peuvent expliquer comment il en est arrivé là.

L'héritage du montage de 2007

L'une des difficultés du groupe Vivarte est le poids de sa dette, hérité de l'ère Georges Plassat (actuel PDG de Carrefour). Arrivé à la direction du groupe en 2001, celui qui a rebaptisé l'entreprise familiale André Vivarte a voulu redynamiser le groupe en multipliant les magasins. Pour financer ses ambitions, Vivarte s'endette puis passe en 2007 dans les mains du fonds Charterhouse par une opération de LBO, ces montages financiers consistant à racheter des entreprises endettées à crédit. L'endettement monte alors à 2,2 milliards d'euros. Dans les années qui suivent, le groupe ne dégage pas assez de bénéfices pour alléger cette dette. "Nous avons consacré 80% de nos bénéfices à rembourser les intérêts", dénonce aujourd'hui Jean-Louis Alfred. Début 2014, la dette s’élevait à 2,8 milliards d’euros.

Des choix stratégiques mis en cause

Dans les années qui suivent, le groupe est touché de plein fouet par la dépression du marché français de l'habillement et l'arrivée de la concurrence étrangère, avec de grandes chaînes à bas prix telles H&M, Kiabi et l'irlandais Primark. Plombé par la dette, Vivarte ne peut réaliser les investissements nécessaires pour rivaliser. La concurrence, elle, mise sur l’international et l'accélération du rythme des collections. En 2014, le nouveau PDG de Vivarte Marc Lelandais négocie un écrasement de la dette du groupe de deux milliards d’euros. Une respiration financière qui permet de financer une montée en gamme de La Halle, aujourd'hui critiquée. "L'erreur a été de réaliser cette montée en gamme sans renommer La Halle, analyse le syndicaliste Jean-Louis Alfred. Nous avons alors perdu toute notre clientèle historique." Les actuelles soldes d'hiver montrent la progression des achats en ligne, et notamment sur smartphone. Mais aucun des dirigeants de Vivarte n'a jusqu'à présent misé sur le e-commerce.

Fonds vautours

Lors de l’écrasement de la dette en 2014, les fonds spéculatifs Oaktree, Babson, GLG et Alcentra ont pris les commandes de Vivarte. Surnommés les "fonds vautours", ils sont aujourd'hui accusés d'orchestrer le démantèlement du groupe. "Nous sommes sous l'emprise de fonds spéculateurs qui ne sont pas du tout entrepreneurs, estime Jean-Louis Alfred. En trois ans, ils n'ont mis aucune stratégie en place et font se succéder les dirigeants." Vivarte en a connu quatre en trois ans. Le rôle néfaste de ces fonds a également été dénoncé à plusieurs reprises par l'ancien PDG Marc Lelandais. "Ces fonds spéculatifs n’ont pas de stratégie, pas de programme, pas de projet de développement d’entreprise, a-t-il encore déclaré lundi sur France Info. Ils ne sont là que pour une seule chose : dépecer cette entreprise, récupérer les actifs, les vendre et faire du cash à court terme." Reçus récemment à Bercy, les syndicats espèrent que leur expérience poussera l'Etat à légiférer en faveur de mécanismes de protection contre ces LBO, aujourd'hui inexistants.
 

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2 commentaires

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25/01/2017 - 08h46 -

Tout cela semble clair : une nationalisation stratégique et temporaire semble indiqué à ce genre de situation. Les cartes a jouer sont encore nombreuses pour ce groupe...
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24/01/2017 - 18h53 -

Certes, certes, les LBO... Indépendamment de ces aspects financiers (ils résultent du manque de compétitivité de Vivarte et de son incompétence à s'engager dans le e.commerce), ces PDG qui gèrent leur business à la louche en passant plus de temps à chercher et engager des subordonnés serviles pour que seule la petite musique qu'ils espèrent entendre leur soit jouée, et le reste de leur temps à fayoter les représentants des fonds spéculatifs, feraient mieux d'apprendre leur métier sur le plan opérationnel au lieu de commencer leurs actions par l'exigence d'un salaire monstrueux eut égard à leur incompétence. En France, il n'y a pas de problème d’adhésion au chef. Il n'y a que des problèmes de commandement. Nos élites ne sont pas à la hauteur des enjeux de cette nouvelle société et sont donc incapable de susciter l'adhésion de leurs collaborateurs ! Ça dort ! Non, ça roupille là haut !
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