Dix ans après, comment Arkema a pris son indépendance vis-à-vis de Total

Numéro un français de la chimie, Arkema fête ce 18 mai les dix ans de son introduction en Bourse. Sur un marché mondial en pleine consolidation, la spin-off de Total a parcouru du chemin pour garantir son autonomie.

 

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Dix ans après, comment Arkema a pris son indépendance vis-à-vis de Total

Mardi 17 mai, la veille des dix ans de son introduction en Bourse, Arkema a fêté en grande pompe sa première décennie d’indépendance. Sur les terrasses parisiennes de la fondation Louis Vuitton sont congratulés dirigeants et clients venus du monde entier. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, est venu en ami, et non pas en patron. Car en dix ans, le premier chimiste français a démontré qu’il pouvait désormais voler de ses propres ailes. Et s’amuse d’avoir le même âge… que Twitter.

Retrouver une solidité financière

En 2006, Total décidait de se séparer de trois branches, regroupées en une spin-off : les produits vinyliques, la chimie industrielle et les produits de performance. Arkema est introduite en Bourse le 18 mai, mais sa solidité financière n’est pas florissante. "Nous affichons un profil de grande qualité alors qu’il était au départ fragile, estime Thierry Le Hénaff, son PDG. Et des résultats de haut niveau", avec notamment un Ebitda atteignant 36% en 2015, contre 23% il y a une décennie. L’an dernier, son résultat net passait de 167 à 285 millions d’euros L’industriel s’est profondément restructuré, profitant même du rachat de Rhodia par le belge Solvay en 2011 pour s’offrir la place de numéro un français de la chimie.

Réduire sa dépendance à l’Europe

Pour s’adapter à l’évolution de la chimie mondiale, Arkema a transformé son implantation géographique. Il ne réalise plus que 10% de ses ventes en France et ambitionne pour 2020 de les répartir grosso modo à parts égales entre l’Europe, les Etats-Unis, et l’Asie. Un objectif qu’il n’est pas loin d’atteindre.

Se sortir du dossier Kem One

En dix ans, son chiffre d’affaires est passé de 5,7 milliards d'euros en 2005, à 7,7 milliards l'an dernier. Une progression modérée, car si Arkema a réalisé plus de 3 milliards d'euros d'acquisitions, il a aussi bouclé 1,5 milliard de cessions. Objectif, réduire sa "dépendance aux activités cycliques et de commodités pour s’orienter vers la chimie de spécialités". En avril dernier, il a encore annoncé son objectif de vendre son activité "charbon actif et agents de filtration" (impliquant quatre sites industriels en France) à Calgon Carbon. Les gaz fluorés et acryliques ne représentent ainsi plus que 29% de son chiffre d’affaires.

Mais le français a dû traverser plusieurs années de contentieux pour sortir la tête haute du dossier Kem One, cette activité de PVC qu’il avait partiellement cédée au financier Gary Klesch. Or ce dernier n’a jamais investi dans le projet, poursuivant même Arkema dans le cadre d’un arbitrage. Finalement, c’est lui qui devrait reverser 75 millions d’euros au chimiste français, ainsi que le remboursement de ses frais d’avocat. L’américain ayant fait appel, la décision finale pourrait encore prendre un à deux ans.

Miser sur des activités plus rentables

Le Français doit encore redresser son activité dans les gaz fluorés, qui avait dégringolé en 2014 dans un marché chahuté. Lui faisant perdre 100 millions d’euros d’Ebitda, qu’il ambitionne de retrouver sur quatre ans. En parallèle, il s’est fait un nom dans les "Matériaux haute performance" qui représentent désormais près de la moitié de ses revenus. Il y a plus d'un an, il s’est ainsi offert pour 1,74 milliard d’euros les solutions adhésives de Bostik, précédemment détenues par Total. Mais il doit encore en redresser la marge pour qu'elle se rapproche des 14-15 % des concurrents sur ce marché encore fragmenté. Classé depuis cinq ans par Thomson Reuters parmi les 100 entreprises les plus innovantes, Arkema investit 2,7% de ses revenus en R&D, notamment dans les solutions de développement durable.

Atteindre une taille critique

Le rachat de Bostik a rapporté à Arkema 20% de son chiffre d’affaires total l’an dernier. Avec ses trois pôles - matériaux haute performance, spécialités industrielles (thiochimie, gaz fluorés…), coating solutions (comme les monomères acryliques) -, le français se dit désormais "numéro un à trois mondial sur 90% du portefeuille d'activités". Il ambitionne d'atteindre les dix milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020, en misant à parts égales sur la croissance interne et externe. De quoi achever de lui donner une taille critique indispensable dans une industrie chimique en pleine transformation, avec la fusion en cours des géants américains Dow Chemical et Dupont (bien qu’ils se scinderont en trois entités ensuite) ou le rachat du suisse Syngenta par un groupe chinois.

Gaëlle Fleitour

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