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L'Usine Auto

Divorcer de Renault, mission impossible pour Nissan

Pauline Ducamp ,

Publié le

La direction de Nissan a menacé de dénoncer l’accord RAMA, qui scelle son alliance avec Renault. Mais divorcer d'avec le constructeur français s’annoncerait très compliqué pour Nissan, piégé dans l’Alliance.  


Crédits : Renault-Nissan


Depuis l’assemblée générale des actionnaires de Renault le 30 avril, la colère monte chez Nissan. A tel point que le numéro 2 du constructeur japonais et représentant de Nissan chez Renault, Hiroto Saikawa, menace depuis début septembre de dénoncer l’accord RAMA.

Ce document juridique scelle depuis 2002 le destin de Nissan à celui de Renault, à l’avantage de ce dernier. Nissan voudrait renverser l’accord à son profit, en débloquant des droits de vote au capital de Renault, en baissant la participation de Renault dans son capital et en mettant à égalité le pouvoir de décision dans l’Alliance.

Mais derrière les discours véhéments, Nissan semble plus que jamais lié au sort du constructeur au losange.

Renault, premier actionnaire de Nissan

Le premier obstacle à la dénonciation de l’accord tient à l’actionnariat de Nissan. Son actionnaire de référence n’est autre que Renault, qui détient 43,4% du constructeur japonais. Cette prédominance du Français a justement été scellée par l’accord RAMA, après le rachat de Nissan, en quasi-faillite, par Renault en 1999.

De fait, l’accord favorise clairement Renault. "Je ne vois donc pas comment Nissan peut dénoncer l’accord RAMA, souligne Bernard Jullien, directeur du Gerpisa et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca. De plus, la composition de l’actionnariat de Nissan ne place personne en face de Renault, les autres actionnaires ne détiennent que 1 ou 2% du capital du Japonais".

Une dénonciation impliquerait au moins une dilution de la participation de Renault, ou la coalition des autres actionnaires pour dépasser les 50%. Cela semble peu probable.

Quatre milliards de synergie

"Tout partenariat peut se défaire, il suffit d’être prêt à en payer le prix", assène pourtant un salarié de Renault. Certes, mais il n'est pas sûr que le Japonais en ait totalement les moyens. "Les contraintes financières seraient énormes pour Nissan, prévient Franck Daoût, délégué syndical central CFDT chez Renault. On risque une situation d’OPA, or Nissan n’a pas assez d’argent pour absorber Renault. Les conséquences financières seraient également désastreuses pour l’Alliance".

Renault et Nissan réalisent aujourd’hui quatre milliards d’euros de synergies. Une dénonciation agressive pourrait fortement déstabiliser le travail commun de deux partenaires.

Depuis 18 mois, et la création des directions communes, un vrai travail de développement commun à grande échelle a été mis en place au sein de l’Alliance. Sur le terrain, les équipes de Renault et Nissan ont certes beaucoup de mal à travailler ensemble, mais renoncer maintenant conduirait à réduire tous ces efforts à néant ou presque.

Carlos Ghosn en conflit d’intérêts

Même si beaucoup d’observateurs le soupçonnent de téléguider la colère et les propositions d’Hiroto Saikawa, Carlos Ghosn aurait beaucoup à perdre dans une remise en cause profonde de l’accord RAMA. PDG de Renault, de Nissan et Chairman de l’Alliance, il serait en conflit d’intérêt ouvert chez Renault.

Les demandes de Nissan ne peuvent en effet se faire sans son accord, or elles contreviennent à l’intérêt de Renault. Le conflit avec l’Etat n’en serait que plus exacerbé, la volonté de Carlos Ghosn de rester à la tête de Renault jusqu’en 2022 serait vraiment mis à mal. Personne n’ose croire que Carlos Ghosn souhaite rester dans l’histoire comme le fossoyeur de l’Alliance entre Renault et Nissan.

Pauline Ducamp

 

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