Divorce dans la bière, les petits brasseurs veulent créer leur propre fédération

Portés par l’essor du marché des bières artisanales en France, les petits brasseurs se réunissent ce 8 avril, pour décider de l’opportunité de créer leur propre fédération professionnelle et quitter la puissante organisation des Brasseurs de France. A la clef, la possibilité pour eux de lancer un label sur les bières artisanales.

Rien ne va plus chez les professionnels de la bière. Un à un, les petits brasseurs quittent la fédération des Brasseurs de France où siègent les trois géants du secteur : ABInBev, Carlsberg et Heineken. Réunis ce vendredi 8 avril, à Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle), près de Nancy, ils pourraient donner le coup d’envoi à la création de leur propre fédération professionnelle, rassemblant microbrasseurs ou brasseurs artisanaux. La cause de ce divorce ? La non-prise en compte de leurs revendications. Les micro-brasseurs, dont le nombre ne cesse de se développer en France, seraient près de 800 aujourd’hui, contre 600 il y a deux ans.

La stratégie des gros qui agace les petits

"Pendant trois ans, nous avons essayé de faire reconnaître nos spécificités et œuvrer à la création d’un label sur les bières artisanales, mais sans succès", explique Jean-François Drouin, PDG des Brasseries de Lorraine, qui a choisi de démissionner de sa fonction de représentant des petits brasseurs chez Brasseurs de France le 18 février.

Le fait que des géants industriels profitent de la tendance et lancent des bières artisanales depuis peu, comme Mort Subite par Heineken, a visiblement mis le feu aux poudres. "C’est la goutte qui a fait déborder la chope", déclare Jean-François Drouin. Pour lui, la création d’une fédération de brasseurs artisanaux permettrait de mieux défendre leurs spécificités. "Je ne me reconnais pas dans les Brasseurs de France. Il n’y a aucune prise en compte de notre métier", souligne-t-il.

Aujourd’hui, la réglementation impose une taxe (droit d’accise) différente selon la taille des entreprises : 3,60 euros par degré d’alcool et par hectolitre pour les brasseurs de moins de 200 000 hectolitres et 7,20 euros au-dessus de 200 000 hectolitres. Une différence de traitement qui agace les gros du secteur, mais que les petits brasseurs entendent bien conserver et défendre.

Une représentativité accrue

Face aux velléités d’indépendance des petits brasseurs, la fédération se défend de ne pas prendre en compte leurs intérêts. "Nous avons adopté une réforme des statuts en décembre, qui visera à mieux représenter les petits brasseurs dans nos instances", insiste l’ancien ministre de l’industrie, François Loos, et aujourd’hui président des Brasseurs de France. Selon lui, des associations de brasseurs régionaux pourront adhérer directement à la fédération. "Des élections vont avoir lieu avant notre assemblée générale en juin. Notre directoire verra une représentativité accrue des brasseries régionales, avec trois membres, sur une dizaine au total", insiste François Loos.

La fédération souligne travailler également à l’élaboration d’un label "Brasseurs de France", reconnaissant les bières produites en France, qui devrait voir le jour à la fin de l’année. Il ne devrait pas en revanche faire de distinction entre les bières artisanales et celles plus industrielles.

La réglementation définissant une bière devrait parallèlement être revue. Un décret, en cours d’élaboration au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, devrait préciser bientôt le caractère naturel exclusif des composants des bières et apporter des garanties aux consommateurs. "Une bière qui revendique son attachement à un territoire ou une ville française, ne pourra pas être produite à l’étranger", espère François Loos. Pas sûr que cela suffise à calmer les ardeurs des petits brasseurs français.

Adrien Cahuzac

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