Dissiper le malaise, c’est possible

Il faut écouter la voix des usines. Les hommes et les femmes qui font notre industrie sont fatigués et inquiets.

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Dissiper le malaise, c’est possible

Chers lecteurs, si vous dirigez une entreprise industrielle, petite ou grande, si vous pilotez une usine, ou simplement si vous encadrez une équipe, vous devez lire ce numéro. Entre manifs et débrayages, entre défilés dans la rue et files d’attente à la pompe, nous avons voulu prendre le pouls de l’industrie. Plusieurs jours durant, la semaine dernière, nos reporters Christophe Bys, Carole Lembezat et Cécile Maillard ont arpenté les sites industriels de la vallée de la Seine (lire page 24). A Cléon, Louviers, Vernon, Gonfreville-L’Orcher et au Havre, ils ont rencontré des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs et des patrons de PME. Ils ont écouté, d’une certaine manière, la voix des usines. Pas de doute: les hommes et les femmes qui font notre industrie ont le blues. Ils sont fatigués et inquiets. A tort ou à raison, ils jugent leurs conditions de travail de plus en plus pénibles. Quand l’organisation de leur atelier se perfectionne, histoire de leur éviter les gestes inutiles, c’est pire qu’avant ! Le lean manufacturing est accusé de tous les maux. Le dialogue se tarit. L’esprit d’équipe s’érode.

Ce malaise dans les usines se nourrit d’incompréhensions et de peurs. La crise financière ? Ce n’était pas la faute des salariés et pourtant ce sont eux qui passent à la caisse. Le déficit des régimes de retraite ? Ils ne l’ont pas creusé et pourtant ce sont eux qui paient la facture. La nouvelle concurrence des pays à bas coûts? Ils n’y sont pour rien et pourtant ce sont eux, et leurs enfants, qui risquent d’y perdre leur job. Une enquête d’opinion vient confirmer notre reportage sur le terrain. Depuis plusieurs mois, BVA enquête sur le climat social au sein des entreprises françaises. Les conclusions de cette étude, qui seront révélées ces jours-ci, sont éloquentes : depuis 2008, la satisfaction au travail ne cesse de chuter. Même si elle reste à un niveau honorable, elle a perdu vingt points en deux ans (de 86 à 66%). Surtout, l’industrie est le secteur où «l’indice de satisfaction», calculé par BVA, est le plus faible : il n’est que de 61, contre 72 dans le BTP, 67 dans le secteur public, 64 dans les services et 63 dans le commerce. Le seul secteur comparable, pour ce qui est du (mauvais) climat, est un sous-secteur des services : les télécoms... Attention danger.

Face à ce coup de déprime, les dirigeants ont le devoir d’agir. Comme l’ont constaté nos reporters, les salariés des usines sont extraordinairement attachés à leur entreprise –notamment si elle est à taille humaine– et à leur métier, fierté portée en bandoulière. Ils sont souvent nostalgiques d’une époque où la vie professionnelle n’était pourtant pas si rose… Alors, leur redonner de l’appétit et du coeur à l’ouvrage, ce doit bien être possible. Ce qui leur manque: du feed-back sur leur travail, positif ou négatif ; une reconnaissance de leurs compétences avec, tant que possible, quelques perspectives d’évolution; des éclaircissements sur la stratégie aussi, tant qu’à faire apportés par ceux qui décident vraiment. Chers lecteurs, si vous voulez dissiper le malaise, il vous faut répondre à ces attentes légitimes.

Laurent Guez

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