L'Usine Aéro

"Discovery était la plus fiable des navettes"

Publié le

Entretien La navette Discovery partira demain pour son dernier vol. L'astronaute français Jean-François Clervoy a voyagé à bord de ce vaisseau en 1999, pour aller réparer le télescope Hubble. Il raconte son expérience, et donne sa vision de l'avenir des programmes spatiaux.

Discovery était la plus fiable des navettes
Jean-François Clervoy, photographie officielle de la Nasa
© Nasa

L'Usine Nouvelle. com: Vous avez volé sur Discovery, quels souvenirs marquants en gardez-vous?

Jean-François Clervoy: Cette navette est de même conception qu'Atlantis, sur laquelle j'avais déjà volé deux fois. Pas de surprise au niveau du matériel donc. Je garde surtout un souvenir très fort de la mission: un rendez-vous dans l'espace avec le téléscope Hubble, pour effectuer des réparations.

Pour atteindre Hubble, on va très haut, à l'altitude maximale possible pour une navette: environ 600 km. C'est une mission très prisée, très recherchée. C'est l'occasion de voir la Terre d'un point de vue deux fois plus élevé que d'habitude.

Ce vol s'est déroulé après l'accident de Challenger, qui avait coûté la vie à 7 personnes. Étiez-vous inquiet en embarquant?

On ne part pas si on a le moindre doute. Le départ se fait avec un matériel en parfait état de marche. Tout l'équipage étudie les rapports des accidents précédents, on nous explique tout. On part en toute connaissance de cause.

Les navettes sont des objets très complexes, on trouve plus de 1000 interrupteurs dans le cockpit. Statistiquement, il y a toujours de petites pannes. Même si cela n'implique pas de danger mortel, les réparations prennent beaucoup de temps à l'équipage.

De plus, Discovery a la réputation d'être la plus fiable des navettes. C'est celle qui nécessite le moins de petites réparations.

Pensez-vous que le programme des navettes spatiales, dont l'arrêt a été décidé en 2004, aurait dû continuer plus longtemps?

Non, il aurait certainement pu se prolonger quelques années, mais plusieurs éléments rendent cet arrêt inéluctable.

Premièrement, d'un point de vue économique. Quand les navettes spatiales ont été lancées, la Nasa espérait au moins un vol tous les 15 jours, pour un coût de 50 millions de dollars par vol. Au final, les lancements coûtent dix fois plus cher et auront été dix fois moins fréquents.

Il existe également des raisons fonctionnelles. Les navettes ont été conçues pour assembler des structures dans l'espace, ce qui nécessite des scaphandres, des sas, toute une infrastructure spécifique. Une fois la station spatiale internationale (ISS) achevée, les navettes ont terminé de rendre le service pour lesquelles elles étaient les seules disponibles.

Enfin, tout le monde s'accorde à dire que pour le transport d'humains dans l'espace, les navettes sont moins sûres que les capsules classiques.

Une fois les dernières navettes à l'arrêt, les Etats-Unis et l'Europe ne disposeront plus de la technologie pour envoyer des astronautes dans l'espace. Quel est l'état d'avancement du projet européen en la matière?


Les compétences acquises en développant l'ATV (Ndlr: un cargo spatial automatisé) permettent de développer un nouveau véhicule. On pourrait obtenir un module similaire à la capsule Apollo en modifiant l'ATV. L'Europe dispose de toute les compétences nécessaires.

Les décideurs politiques ont ordonné des études de faisabilité, qui ont été réalisées. Mais aucune décision n'a été prise concernant l'industrialisation. Une fois cette étape lancée, il faudra huit à neuf ans de développement avant le premier vol habité.

Je rappelle que le programme ATV a coûté environ 20 centimes par an et par habitant de l'Europe. Beaucoup de gens pensent que l'espace coûte cher, c'est faux. Si on supprimait tous ces programmes, cela n'arrangerait rien aux budgets publics. Mais des savoirs-faire de pointe disparaîtraient.

Dans ce contexte de restrictions budgétaires, avec une crise de l'énergie qui s'annonce, comment voyez-vous l'avenir des programmes spatiaux?


Je pense que tout est cyclique. Nous sommes actuellement dans une phase basse pour ce genre de programmes, mais nous maintenons un noyau dur de compétences de pointe.

Je suis convaincu que lorsque les puissances émergentes auront développé leurs savoir-faire, que les pays occidentaux auront terminé de travailler sur l'ISS, de nouveaux programmes enthousiasmants seront lancés, avec certainement des explorations lointaines. L'Homme ira sur Mars, c'est sûr. 

Propos recueillis par Rémy Maucourt

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte