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Diriger à plusieurs ? Pas si simple

Christophe Bys ,

Publié le

Pour éviter la solitude du dirigeant, de plus en plus de duos, voire de trios, se lancent dans l’entrepreneuriat. Comment faire pour que les énergies s’accordent ?

Diriger à plusieurs ? Pas si simple
Pour faciliter leur communication, Pierre Dubuc (à gauche) et Mathieu Nebra, les fondateurs d’OpenClassrooms, font des réunions lors de randonnées en montagne.

Une étude réalisée il y a un an par le Lab de Bpifrance, avec l’universitaire spécialiste des PME, Olivier Torrès, mesurait pour la première fois l’ampleur de la solitude du dirigeant de PME et d’ETI. Près d’un patron sur deux (45 %) indiquait se sentir isolé. Le moyen le plus simple de sortir de cette situation serait de créer et de diriger l’entreprise à deux. Mais cette solution est si rarement adoptée que ce sont toujours les mêmes exemples qui reviennent : Paul Dubrule et Gérard Pélisson chez Accor, les Américains Ben Cohen et Jerry Greenfield – à l’origine des célèbres glaces Ben & Jerry’s –, ou leurs alter ego français Michel de Rovira et Augustin Paluel-Marmont, à la tête de Michel et Augustin. Pourtant, « à plusieurs, on peut se remotiver », justifie Jérémy Lecerf, l’un des trois dirigeants de Diduenjoy, une start-up spécialisée dans l’amélioration de la relation client. Sur cette question, les start-up innovent. Car elles sont nombreuses à avoir été créés et à être dirigées par un duo, voire un trio. Comment faire pour réussir à diriger à plusieurs ? Quelles méthodes appliquer pour rester unis dans le temps et continuer à partager une même vision ?

1. Bien se connaître

Pour diriger une entreprise, il semble que la qualité d’une relation éprouvée dans le temps soit un bon début. Dans leurs récits, ces couples de fondateurs insistent souvent sur le fait qu’ils se connaissaient depuis un certain temps avant de se lancer dans l’aventure. « Nous étions au lycée ensemble, se souvient Michel de Rovira. Cela faisait déjà vingt ans que nous nous côtoyions au moment de la création de la marque. » Mathieu Nebra et Pierre Dubuc, qui ont fondé la plate-forme d’apprentissage OpenClassrooms (100 salariés) en 2009, ont, eux, commencé leur aventure il y a une quinzaine d’années alors qu’ils n’étaient encore que collégiens. Louis de Froment, Alexis Garcia et Jérémy Lecerf – le trio à l’origine de Diduenjoy, une start-up de sept personnes –, se sont connus chez Groupon, leur ultime employeur, avant de se lancer dans l’aventure. S’il faut se connaître avant de se lancer, ce n’est pas sans raison. « Pour qu’un duo fonctionne, il faut de la confiance, estime Frédéric L’Héreec, senior client partner chez Korn Ferry Hay Group. Ce sera beaucoup plus difficile si on a rencontré son associé la veille. »

2.Avoir des compétences complémentaires

L’intérêt d’être à deux réside dans la capacité à réunir davantage de compétences plus vite. « Je suis convaincu que pour que ça marche, il faut être complémentaire », explique Maxime Brousse, cofondateur de Selency (30 salariés), une plate-forme de vente de meubles et d’objets de décoration vintage, avec Charlotte Cadé, sa compagne à la ville. S’associer avec son clone a peu d’intérêt. Les duos qui fonctionnent savent se répartir les tâches. « Augustin s’occupe plutôt des lettres et moi des chiffres », s’amuse Michel de Rovira, qui supervise les finances et la logistique pendant qu’Augustin a la main sur le marketing et les recettes. Chez Selency, Charlotte Cadé est « garante de la marque » et supervise le produit et l’interface consommateur, quand Maxime Brousse s’occupe de marketing, de logistique et de fidélisation. « Mieux vaut aussi avoir des compétences comportementales différentes », prévient Frédéric L’Héreec. C’est ce qu’assure avoir trouvé le duo d’OpenClassrooms. « Pierre est plutôt fonceur. Appeler Xavier Niel ne lui fait pas peur. Moi, je suis celui qui dit, attend on va réfléchir, s’amuse Mathieu Nebra. De même, je suis meilleur pour inventer une nouvelle fonctionnalité un peu dans mon coin, quand Pierre excelle pour la déployer. »

3. Organiser les échanges

« Le piège est de se parler tout le temps et d’interrompre l’autre dans son travail. Nous nous forçons à formaliser les échanges », explique Mathieu Cochet, cofondateur de la toute jeune start-up Workelo. Mais la nécessité d’organiser les échanges d’informations ne s’explique pas par le seul besoin de travailler au calme. À mesure que l’entreprise grandit, les décisions de chaque membre du binôme ou du trinôme doivent être cohérentes avec le projet d’ensemble. Ou pour le dire en langage managérial contemporain : vérifier en permanence qu’on est toujours bien alignés. C’est d’autant plus difficile que ces entreprises ont connu des débuts quasi fusionnels. « On a travaillé pendant quatre ans sur la même table dans la même pièce », se souvient Michel de Rivola. Aujourd’hui, les deux compères se réservent deux heures par semaine pour faire le tour des questions du moment. Chez Diduenjoy, au-delà du petit point matinal quotidien, le trio s’accorde une réunion importante trimestrielle : « On y définit les priorités à venir, explique Louis de Froment. C’est aussi, le temps d’un après-midi, l’occasion de vérifier qu’on a toujours les mêmes attentes personnelles et professionnelles, que chacun de nous veut aller au même endroit que les deux autres. » Plus abouties encore sont les sessions qu’organisent deux fois par an, durant trois jours, les deux fondateurs d’OpenClassrooms. Tout y passe, à commencer par les ambitions personnelles de l’un et de l’autre, mais aussi l’analyse du dernier semestre et la préparation du suivant. Avec pour objectif de revenir avec une roadmap. Mais l’essentiel n’est pas là : « Nous avons développé une façon spécifique de communiquer pour ces moments. Nous nous parlons avec sincérité, avec le moins de filtre possible. Ça peut être compliqué à gérer émotionnellement, mais c’est indispensable », témoigne Mathieu Nebra. La solution pour faciliter la communication ? Faire des réunions en marchant dans la montagne.

4. Continuer à vivre sa vie

Créer et gérer une entreprise est tellement prenant que le risque de ces associations est d’être trop absorbantes. Ainsi, Michel de Virola témoigne : « On se voyait beaucoup en dehors du boulot avant. On ne se voit plus du tout, même si nos épouses, qui sont amies, continuent. » Après une année intense, où le trio de Diduenjoy se voyait tous les jours, week-end compris, ils confient avoir « décidé de couper les ponts pendant un mois cet été et être parti à tour de rôle ». En couple, Maxime Brousse et Charlotte Cadé n’ont pas pu adopter une décision aussi radicale : « Nous faisons attention à notre vie personnelle. Nous ne travaillons plus le week-end, comme on le faisait au début. Nous attendons le dimanche soir pour planifier la semaine qui vient. » 

En cas de désaccord… 

Il n’y a aucune raison qu’à deux on soit toujours d’accord sur tout. Comment gérer ces désaccords notamment en présence de salariés ? Pour Michel de Virola, le cofondateur de Michel et Augustin avec Augustin Paluel-Marmont, ce n’est pas un problème : « Nous pouvons ne pas être d’accord devant des tiers, mais il est impératif de toujours montrer le respect de l’autre, de sa position. » Pour lui, il faut en permanence faire prévaloir l’intérêt du binôme avant tout, une démarche qui requiert le même investissement de temps et de confiance qu’un couple d’amoureux.

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