Développement durable : Patrick Laperdrix et Jean-Louis Laruelle

Des pneus sous la chaussée pour Renault !

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Développement durable : Patrick Laperdrix et Jean-Louis Laruelle

Original, le drainage de la nouvelle plate-forme logistique de Renault, dans l'Yonne, est réalisé à partir de 4000 tonnes de pneus cisaillés. Une innovation due à une équipe de Quille, la filiale de Bouygues Construction.

Chez Quille, l'innovation est une affaire d'équipe. C'est à quatre que l'idée primée est née, c'est à quatre que les cadres souhaitent en parler. Réunion est faite donc, chez l'un d'entre eux, alité quelques jours, pour détailler leur projet de rue drainante. « L'énergie que l'on met pour aller au bout de ces sujets innovants crée des liens privilégiés entre nous. Nous sommes du coup très à l'écoute les uns des autres », constate Olivier Barge, le chef de projet pour Cirmad, l'opérateur de projets immobiliers pour Quille. Même si chacun est reparti cette année sur des missions différentes, tous prennent toujours plaisir à évoquer le travail réalisé ensemble sur le chantier Renault.

L'appel d'offre en question est lancé en 2004. Il implique de réaliser un bassin de rétention d'eau pluviale sous la chaussée du futur entrepôt de Renault. Située à Villeroy, dans l'Yonne, cette plate-forme de distribution de pièces de rechange doit comporter quatre bâtiments sur une surface couverte de 153 000 mètres carrés. Malgré son ampleur, le projet ressemble à beaucoup d'autres. Dessiner des bassins de rétention des eaux pluviales, les équipes ont l'habitude. Ou presque : la dimension du chantier crée des besoins de rétention cinq à dix fois plus importants que d'habitude.

Jean-Louis Laruelle,

  • Directeur commercial, Quille
  • Ingénieur diplômé de l'Ecole Nationale des Travaux Publics de l'Etat

Patrick Laperdrix

  • Directeur travaux
  • Bac Génie Civil

Pour combler ces bassins et retenir l'eau de pluie par la méthode traditionnelle, il ne faudrait pas moins de 24 000 tonnes de gravats.

Mais les va et vient de camions qui seront nécessaires au transport de ces matériaux ne ravissent pas l'équipe, qui cherche une alternative. De qui vient l'idée ? Ils ne s'en souviennent plus mais l'un d'entre eux suggère de remplacer ces remblais par... des pneus. Le système existe bien pour des espaces verts. Les vides sont plus importants qu'avec des gravats et la capacité de rétention d'eau, finalement, plus grande. « La pollution générée par le transport est également moindre », ajoute Patrick Laperdrix, le directeur de travaux. Tous sont emballés mais le chef de projet en charge de la règlementation, Jean-Pierre Pasquier, veille au grain. Il prévient que l'administration peut être réticente. « Les pneus sont considérés comme des déchets », justifie-t-il. Il faut un organisme garant de la traçabilité complète du matériau, et de l'approvisionnement.

Olivier Barge

  • Chef de projet Cirmad
  • DUT Génie Civil et Ecole Supérieure de Commerce de Montluçon

Jean-Pierre Pasquier

  • Chef de projet
  • DUT de Génie Civil

Car la quantité de pneus nécessaire n'est pas négligeable sur une telle surface. Quille fait alors appel à Aliapur, le spécialiste français de la valorisation des pneus usagés. L'accord est passé : il en faudra 4 000 tonnes, soit 600 000 pneus. L'équivalent du quart de la production annuelle du client. Cisaillés, pour mieux absorber l'eau, ils donneront au système une capacité de rétention évaluée à 5200 m3 d'eau.

La bonne idée ne suffira pas cependant pour convaincre l'administration (la Drire)... et les assureurs. Il leur faut prouver notamment que la chaussée tiendra le choc et que l'eau rejetée dans le milieu naturel ne sera pas contaminée par les pneus. « Nous avons fait des tests de vieillissement et des essais de lixiviation », détaille Jean-Pierre Pasquier; « Innover ne suffit pas, il faut également savoir convaincre », constate Patrick Laperdrix. Les doutes et les questions des partenaires désarçonnent parfois les créateurs, pour qui innover est une nécessité. Même le client manifestera de la surprise devant la solution. « Utiliser des pneus, on pensait que le constructeur automobile allait être immédiatement séduit ! », se souvient Olivier Barge, en charge des relations clients.

Mais l'ampleur du projet et la législation justifient ces temps de réflexions, les créateurs en conviennent. A eux d'être audacieux et de convaincre. Audace ? Jean-Louis Laruelle, le directeur commercial, a lancé le chantier avant d'avoir la certitude absolue que la solution allait être agréée. « C'est mon rôle d'entrepreneur, que de prendre des risques », insiste-t-il. Au besoin, les gravats auraient remplacés le caoutchouc.


Agathe Remoué

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