Développement durable : Christine Deneuvillers réconcilie les bitumes avec l'environnement

En intégrant dans les bitumes des bioproduits obtenus à partir de plantes oléagineuses, l'ingénieur de Colas évite l'usage de produits dangereux pour la santé et l'environnement.

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Développement durable : Christine Deneuvillers réconcilie les bitumes avec l'environnement

si la ligne droite est le plus court chemin entre deux points, ce n'est pas la voie que Christine Deneuvillers a emprunté pour obtenir son diplôme d'ingénieur. Elle qualifie même son parcours de sinueux. Il n'en traduit pas moins une très forte motivation et une grande persévérance. Car si cette chimiste n'a pas suivi un cursus traditionnel, elle n'a pas traîné en route. « Je n'avais pas très envie d'aller à l'université mais je savais qu'après un BTS, je pouvais éventuellement intégrer une école d'ingénieurs », se souvient Christine Deneuvillers. Elle opte pour un BTS de chimie.

Son parcours

  • 40 ans
  • Ingénieur Cnam en chimie industrielle
  • Chef du service applications de surface du campus scientifique et technique de la Colas

En 1988, son diplôme en poche, elle entre comme technicienne au laboratoire de la Screg, qui a depuis intégré le groupe Colas. Sa direction reconnaît son potentiel. On lui propose d'évoluer vers un poste de responsabilité à condition qu'elle décroche un diplôme d'ingénieur. Elle entame donc en 1991 la formation d'ingénieur Cnam en chimie industrielle. C'est ici que l'on peut mesurer sa motivation. Pendant quatre ans, elle travaille au laboratoire la journée et le soir, trois à quatre fois par semaine, elle suit des cours jusqu'à 21h30.

Sans compter les nombreux samedis consacrés aux travaux pratiques. C'est dur mais elle s'accroche. Elle est soutenue par la direction de Screg, qui aménage son emploi du temps, mais souhaite lui confier un poste d'encadrement avant l'obtention de son diplôme d'ingénieur. Les professeurs du Cnam la pousse à aller jusqu'au bout. Elle obtient son diplôme en 1994 (en quatre ans au lieu de sept en moyenne) avec la mention « excellent ».

Développer les biofluxants

Chez Colas, elle passe du service des résines aux émulsions bitume. En 2003, lors d'un congrès, elle rencontre Lê Chien Hoang, directeur de la division oléochimie de Valagro. Elle ne connaît pas grand-chose en la matière et lui ne connaît rien au bitume. Mais la synthèse de produits utilisables dans l'industrie routière à base de matière première végétale leur semble possible. Christine Deneuvilliers expose son idée à Michel Chappat, le directeur R et D de Colas qui la soutient car, depuis 1992, le groupe met tout en oeuvre pour limiter l'emploi des produits dangereux pour la santé et l'environnement.

Elle est nommée chef de projet pour le développement de biofluxants, produits destinés à réduire la viscosité des bitumes dans les applications routières. Les biofluxants évitent notamment l'usage de produits solvants et pétrochimiques. Mais ils ont aussi le mérite, lorsqu'ils entrent dans le cycle de fabrication des bitumes, de réduire la consommation d'énergie et de diminuer l'émission de CO2. Leur mise au point est réalisée en coopération avec Valagro à partir de plantes oléagineuses. Les bioproduits sont évalués par Stéphane Harnois au campus scientifique et technique de Colas.

Une installation pilote pour la fabrication de 40 tonnes par an de biofluxants et de bionettoyants est conçue puis construite sur le campus. Des essais en grandeur nature sur plusieurs milliers de mètres carrés sont effectués par les filiales de Colas dont certaines comme celle du Sud-Ouest se sont beaucoup impliquées dans le projet. « Tout le monde a apporté sa contribution. Moi, j'ai seulement fait travailler tout le monde », plaisante Christine Deneuvilliers, qui est la seule à avoir suivi toutes les phases de ce projet qui doit aboutir dans les prochains mois à la naissance d'une unité de fabrication industrielle de bioproduits d'une capacité de plusieurs milliers de tonnes.

Elle reste étonnée d'un si rapide aboutissement puisque deux années seulement séparent l'idée originelle de sa réalisation mais reconnaît que « le soutien de ma direction, la bonne ambiance dans mon service et les relations nouées avec nos partenaires ont été pour moi essentiels ». Bien qu'elle reste modeste, elle est fière d'être reconnue par le prix de l'ingénieur de l'année, qui lui est remis à deux semaines de son quarantième anniversaire

Youssef Belgnaoui

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