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Devant Bercy, les Alcatel-Lucent n'accusent pas Free mais leur direction

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Une cinquantaine de représentants syndicaux et militants de la CFDT des télécoms a manifesté devant Bercy. Objectif : montrer l'inquiétude d'une filière dite prospère, mais qui multiplie les plans sociaux.

Devant Bercy, les Alcatel-Lucent n'accusent pas Free mais leur direction © Emmanuelle Delsol - L'Usine Nouvelle

Le moment n'était peut-être pas bien choisi. En pleine conférence de presse du Président de la république, le 13 octobre en fin d'après midi, face au Palais omnisport de Paris-Bercy – non loin du ministère des finances protégé par quelques CRS – une vingtaine de représentants syndicaux d'Alcatel-Lucent tournent, pancartes en main. A l'américaine.

Sur les panneaux, des slogans simples : "Ingénieur = chômeur", "1430 emplois supprimés en France, 4630 depuis 2007" ou encore "Europe passive = industrie désespoir". Allusion à la préférence européenne, qu'ils aimeraient voir mise en place face aux concurrents chinois. Humour sans doute mêlé d'amertume, tous ont revêtu des... marinières à rayures. Sur certaines pancartes, une photo d'Arnaud Montebourg, en marinière, mais avec, en lieu et place du mixeur Moulinex, un téléphone Alcatel. Clin d'oeil à une activité depuis longtemps abandonnée. De public, peu. De journalistes encore moins.

Ingénieur télécom = chômeur

Pourtant, les Alcatel-Lucent sont au cœur de l'actualité depuis l'annonce mi octobre d'un plan de suppressions de 5500 postes dans le monde dont 1430 en France. "Il n'y a certes pas de chômage chez les ingénieurs informaticiens, mais nous ne sommes pas des informaticiens, insiste un des manifestants. Nous sommes des ingénieurs télécoms, très spécialisés. Et si Alcatel-Lucent ne veut plus de nous, il n'y a désormais plus aucune autre entreprise en France qui peut être intéressée par nos compétences." De plus, tous pensent que le plan présenté en octobre n'est qu'une étape. Et que la France va réduire son activité, R&D en tête, contrairement à ce que dit l'entreprise. "En réalité, la direction dit qu'elle ne va pas toucher au budget de R&D. Mais celui de la France est déjà en baisse," précise un représentant de l'équipementier.

Les opérateurs solidaires du mouvement

Mais les représentants des opérateurs télécoms sont là aussi (a priori, sauf ceux de Free). Et comme le rappelle un syndicaliste de SFR, Alcatel-Lucent n'est pas seul dans la tourmente : "chez nous, le plan de suppressions de postes va être présenté le 28 novembre." "Il ne faut pas non plus oublier les ST Microelectronics et autres Technicolor", rappelle de son côté Vincent Bottazzi, secrétaire national de la CFDT FGMM (Fédération générale des mines et de la métallurgie). "Cela a du sens d'être là ensemble", ajoute-t-il en s'adressant aux militants présents. "Il y a un affaiblissement d'une filière au global, même si elle donne le sentiment d'être très riche." C'est ainsi la CFDT de l'ensemble de la filière télécoms qui a appelé ses représentants à manifester ainsi à Bercy après qu'une intersyndicale CFDT, CGT, Sud et Unsa ait été reçue le matin même par le cabinet d'Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif.

Le gouvernement concentré sur les fréquences

Vincent Bottazzi et Ivan Béraud, secrétaire général de la CFDT F3C (fédération communication, conseil, culture), qui ont participé à cette réunion, en ont présenté une synthèse aux militants présents. Ils ont constaté une prise de conscience des difficultés, mais l'absence d'une politique cohérente pour les contrebalancer. "Le gouvernement a beaucoup de difficultés à se positionner sur la gouvernance de la filière face à ses nombreux représentants." Les syndicalistes ont présenté au cabinet du ministre les dossiers d'urgence liés à l'emploi dans les centres d'appels, chez Alcatel-Lucent et les opérateurs télécoms, à commencer par SFR. "Ils sont pour l'instant concentrés sur l'attribution de nouvelles bandes de fréquences", a expliqué Ivan Béraud.

"Et pour les plan sociaux en cours, ça réduira la voilure mais ne changera rien fondamentalement. Enfin, aucun autre rendez-vous institutionnel n'est pris. Nous attendons toujours la visite d'Arnaud Montebourg au comité de filière pour définir un plan à court, moyen et long terme pour les opérateurs, les équipementiers mais aussi pour répandre les usages du numérique dans l'industrie traditionnelle." Parmi les revendications, la plus directe concerne la pression que le gouvernement pourrait exercer sur certaines entreprises du secteur pour limiter le nombre de suppressions de postes. Les syndicalistes ont aussi interpelé l'Etat sur la façon dont, en tant qu'actionnaire d'Orange, il conduit sa propre politique d'achats d'équipements télécoms. Protectionnisme ? "Commerce juste", estiment les syndicats en citant le chef de cabinet du ministre. La CFDT rappelle que la Chine comme les USA protègent leurs propres acteurs télécoms sur leur territoire. Le syndicat aimerait que l'Europe suive cet exemple.

Lier régulation et emploi

Autre revendication, celle d'une régulation qui n'oublie pas l'emploi. Les mesures ainsi évoquées par Fleur Pellerin, ministre de l'innovation, des PME et de l'Economie numérique, qui pourraient lier l'attribution de nouvelles fréquences de téléphonie mobiles à des conditions de création d'emploi sont citées en exemple.

"Nous sommes alarmistes à dessein, insiste en résumé Vincent Bottazzi. La situation actuelle de la filière est un vrai paradoxe, car elle devrait aller bien, mais elle supprime des emplois !" Au total, le nombre de manifestants n'a pas pourtant pas dépassé la cinquantaine. Rien d'impressionnant. Pas d'appel à la mobilisation des salariés dans leur ensemble, couacs d'organisation entre les différents syndicats... Les explications sont nombreuses. Et la filière télécoms et ses ingénieurs sont bien moins habitués à la rue que les industries traditionnelles. Mais avec les plans sociaux à venir, elle pourrait néanmoins y prendre goût.

Free, le ministre n'a pas tout compris

"C'est de bonne guerre," répètent en substance les différents représentants syndicaux présents suite aux déclarations d'Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif dans l'Usine Nouvelle, qui fait reposer sur Free la responsabilité des difficultés d'Alcatel-Lucent. Mais, chez l'équipementier, comme chez les opérateurs, les salariés ne sont pas dupes. "Il y a une volonté politique de tout rejeter sur Free. Mais Free, c'est l'accident industriel qui vient sur une évolution qui était déjà là," estime Ivan Béraud. Ce sont la direction et sa stratégie qui sont remis en cause. "Après n'avoir pris aucune décision depuis la fusion en 2006, ils décident aujourd'hui de privilégier des technologies d'origine Lucent, au détriment de celle d'Alcatel, pourtant plus personnalisables", explique par exemple Isabelle Guillemot Neubauer, représentante du Comité d'entreprise européen d'Alcatel Lucent.

Pour d'autres représentants de l'équipementier, Free, c'est simplement l'arrivée d'un nouveau modèle sur un secteur qui s'était un peu endormi sur ses lauriers. Enfin, personne n'est dupe : il n'est pas le seul opérateur français à avoir acquis des matériels chez les Chinois Huawei ou ZTE.

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1 commentaire

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14/11/2012 - 15h00 -

Sur les photos de cet article on distingue clairement le logo de la CFE-CGC (l'autre syndicat d'Alcatel-Lucent). Et pourtant vous n'indiquez même pas qu'ils étaient présents et partie prenante de cette manifestation (c'est pourtant eux qui étaient en "marinière"). C'est très partial comme journalisme, car cela ne reflète pas du tout la réalité.
Enfin bref, le principal c'est de mettre le projecteur sur une industrie stratégique et de haute technologie qui se meurt dans notre pays ... et pourtant nous avons tous un téléphone portable dans notre poche ! Cherchez l'erreur !
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