Deux études dressent le portrait des pigeons

Le débat autour du projet d’augmentation de la taxe sur les plus-values a opposé le gouvernement aux créateurs d’entreprise. Loin des noms d’oiseaux échangés à cette occasion, deux études éclairent le profil des créateurs d’entreprises et révèlent l’importance de l’auto financement au moment de la naissance d’une entreprise. Rien d’étonnant si les Français ont une image positive des entrepreneurs.

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Deux études dressent le portrait des pigeons

En se regroupant sous le nom de pigeon pour protester contre une mesure contenue dans le projet de loi de finances, les créateurs d’entreprises ont beaucoup fait parler d’eux ces dernières semaines, entraînant débats et polémiques un peu partout. Parmi les idées reçues bien installées figurent l’idée que la France n’aime pas la création d’entreprise. Deux études relativisent cette image toute faite qui a peut-être été vraie mais qui ne l’est plus.

Ainsi, le conseil d’analyse stratégique publie une note d’analyse sur l’entrepreneuriat en France. Elle montre d’abord que le nombre de créations d’entreprises progresse régulièrement depuis le début des années 2000, notamment depuis la création du statut d’auto-entrepreneur en 2008. Autre rappel de cette étude : les Français estiment les créateurs d’entreprise. 65 % d’entre-eux pensent que c’est un bon choix professionnel, le même pourcentage qu’aux Etats-Unis, mais davantage qu’en Allemagne ou, plus étonnant, au Royaume Uni : "le dynamisme des politiques publiques en faveur de l’entrepreneuriat de ces dix dernières années en France a pu contribuer à renforcer l’image positive des entrepreneurs", estiment prudemment les auteurs de la note de synthèse. Résultat de cette politique : 18 % des français disent vouloir créer une entreprise dans les trois prochaines années, quand ce pourcentage n’est que de 11 % des Américains, 9 % des Britanniques et 6 % des Allemands.

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Il n’est pas nécessaire d’être futurologue patenté pour prévoir que tous ne passeront pas à l’acte. Et même que la forte envie de création d’entreprise en France reflète aussi les frustrations au travail telles qu’elles s’expriment étude après étude. Plus on désinvestit le salariat, plus on fantasme une vie professionnelle davantage épanouie le jour où "l’on créera sa boîte"… de là à franchir le pas ! D’ailleurs, le centre d’analyse stratégique rappelle que le taux d’activité entrepreneuriale, mesurant le nombre d’entrepreneurs nouveaux ou émergents dans la population, n’est que de 5,8 % en France quand il atteint 7,3 % au Royaume Uni et 12,6 % aux Etats-Unis.

Des créateurs plus diplômés

Quoi qu’il en soit, l’étude réalisée par Ernst & Young confirme cet engouement pour la création d’entreprises en France. Le cabinet s’est penché sur les données qu’il accumule depuis vingt ans à l’occasion du prix de l’entrepreneur de l’année. Un échantillon pas forcément représentatif de l’ensemble des créateurs d’entreprise mais qui donne des indications précieuses. Ainsi, au fil des années, les purs créateurs sont de plus en plus nombreux (ils passent de 66 % en 1993 à 85 % en 2011) contrairement aux héritiers et aux repreneurs.

Cette nouvelle vague d’entrepreneurs se compose notamment de personnes plutôt jeunes, la proportion des candidats âgés de 25 à 34 ans passant de 2 % en 2002, soit juste après le krach de la bulle Internet, à 55 % en 2011. Autre fait remarquable, la hausse relative du niveau de qualification des créateurs/repreneurs. En 2003, un tiers seulement est issu des grandes écoles. Huit ans plus tard, ils sont près de la moitié. Cette hausse du pourcentage masque un recul en valeur absolue, le nombre passant de 53 à 49. Autrement dit, le nombre de créateurs diplômés d’une grande école a reculé beaucoup moins vite que celui d’entrepreneurs issus d’autres horizons.

Les deux études montrent l’une et l’autre que l’envie d’entreprendre a finalement peu à voir avec l’identification d’un créneau, d’un marché à prendre. En forçant le trait, on peut dire qu’une personne a d’abord envie d’entreprendre pour être autonome dans son travail. Ainsi, le centre d’analyse stratégique rappelle que le goût pour la liberté est cité dans 78 % des cas, loin devant l’opportunité économique (9 %) ou la nécessité économique (3 %). Une hiérarchie que l’on retrouve dans les 4 pays étudiés dans le rapport. Ce que confirme de son côté l’étude d’Ernst & Young : le goût d’entreprendre est cité par 84 % des créateurs, devant le désir d’affronter de nouveaux défis (46 %). L’idée d’un nouveau produit ou marché n’est cité que par 21 % d’entre-eux. A croire que c’est en créant son entreprise que l’on trouve l’idée, ce que racontent d’ailleurs souvent les jeunes chefs d’entreprises quand on les interroge sur leurs démarches.

L’argent des pigeons loin des clichés

Les informations contenues sur le financement des entreprises récemment créées éclairent d’un nouveau jour la fronde des pigeons. Ernst & Young, citant une enquête réalisée en ligne, montre à quel point le financement initial est constitué d’abord d’apport personnel (cité par 73 % des personnes ayant répondu) juste devant l’emprunt bancaire (38 %) ou le recours à la famille ou aux amis (30 %). Les business angels et autres fonds spécialisés sont beaucoup plus discrets, n’étant cités que par un entrepreneur sur cinq. Et les efforts financiers ne s’arrêtent pas là. La croissance est aussi financée d’abord par le créateur lui-même. 68 % d’entre-eux citent l’autofinancement comme source de financement de la croissance, devant l’emprunt bancaire (42 %) ou les augmentations de capital (34 %).

L’étude réalisée par le centre d’analyse stratégique précise ces résultats. En effet, elle distingue quatre types d’entrepreneurs en fonction de leurs motivations initiales. Ainsi, les créateurs par vocation et par adaptation (faiblement diplômés, ils créent une entreprise alors qu’ils sont à la recherche d’emplois) ont davantage recours aux ressources personnelles que les autres (les créateurs par nécessité ou par opportunité). Toutefois, les créateurs par vocation constituent un ensemble très hétérogène : si un quart commence avec moins de 2000 euros, 20 % d’entre eux ont investi plus de 40 000 euros !

Le type d’entrepreneur a aussi un effet sur le montant et le financement des investissements. Les créateurs par opportunité sont "les plus nombreux à avoir investi entre 2007 et 2009 (74 % contre 68 % pour les créateurs par vocation ou par nécessité et 62 % pour les créateurs par adaptation). Ils ont également plus fréquemment engagé des dépenses d’investissement élevées : 30 % ont investi plus de 15 000 euros [… une proportion] supérieure à celle des créateurs par adaptation (24 %) et des créateurs par nécessité (20 %)", détaille l’étude du centre d’analyse stratégique. D’où des sources de financement différenciées : les créateurs par opportunité recourent davantage aux emprunts bancaires.

A l’inverse, les créateurs par vocation font relativement plus appel à l’autofinancement. L’importance de ce dernier apporte un éclairage sur la fronde des pigeons. Ayant démarré une activité en mobilisant une épargne personnelle ou familiale, les entrepreneurs ne pouvaient que se rebeller contre un projet de plus forte taxation de leur investissement initial.

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