Deux entreprises sur trois s'estiment mieux armées pour la reprise

Elles ont dû faire preuve d'audace et de rigueur pour se donner les moyens de conquérir de nouveaux marchés.

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Non, les entreprises n'ont pas traversé cette crise dans les mêmes conditions que les précédentes. Oui, une majorité d'entre elles - 54% de notre échantillon! - ont le sentiment d'en sortir renforcées par rapport à leurs concurrentes. Si l'on ne prend que les entreprises de plus de 50salariés, ce sont les deux tiers d'entre elles qui se trouvent dans ce cas. Parce qu'elles ont eu, dans les dernières années, le courage de modifier en profondeur leurs comportements. Notre sondage le confirme. Tout d'abord, l'amplitude plus forte des mouvements de récession et de reprise leur a appris à prendre en compte leurs besoins de flexibilité dans une perspective à moyen et à long termes. L'atonie du marché intérieur, loin de freiner les ardeurs, les a poussées à explorer et à conquérir de nouveaux débouchés, profitant de la mondialisation des marchés. Dans le même temps, la politique du franc fort et de l'argent cher les a incitées à se désendetter et à contrôler au mieux leurs coûts. Bref, les entreprises qui ont le sentiment de sortir plus fortes de la crise ont dû concilier audace et rigueur.Il ne faut pas manquer de courage pour ne pas céder, en pleine crise, à la tentation de tailler dans les dépenses de recherche-développement. Ce courage devient de l'audace quand on maintient ou développe, contre vents et marée, son effort d'innovation pour profiter au mieux de la reprise.

Les efforts d'innovation ont été maintenus

Les deux tiers des dirigeants qu'Ipsos et "L'Usine Nouvelle" ont interrogés affirment avoir arbitré dans ce sens. On pourrait multiplier les exemples des entreprises qui, comme L'Hydraulique Châteaudun, spécialiste des servovalves, tournée vers les marchés militaire et aéronautique, ont encaissé en deux ans des chutes de commandes de l'ordre de 40%, tout en accroissant -ne serait-ce que légèrement- leurs efforts de recherche-développement. Nombre d'entre elles ont dû trouver des astuces d'organisation. C'est le cas d'Actia, firme d'électronique de Toulouse, dont le bureau d'études travaille en deux-huit pour mener en parallèle le développement d'un produit et son industrialisation. Mais l'audace ne se limite pas à l'innovation. Si, comme l'indique notre sondage, les deux tiers des dirigeants n'ont pas rogné les ailes à leurs services de recherche-développement, c'est parce que, malgré la récession, ils n'ont pas jugé bon de retarder ou de ralentir le rythme des lancements de produits.

Une meilleure prise en compte du marché

Et si les projets ont continué de passer la porte des bureaux d'études, c'est incontestablement parce qu'il y a eu une meilleure prise en compte du marché. Pour preuve, le redéploiement commercial est considéré par deux entreprises sur trois comme une priorité pour profiter au mieux de la reprise - soit au même rang, dans notre sondage, que l'amélioration de la qualité ou de la flexibilité. Ainsi, certaines sociétés, comme Feralco, spécialiste du stockage, n'ont pas hésité, sur le marché allemand, à se passer des intermédiaires et à reprendre en main directement la négociation de grosses affaires, au moment où des concurrentes espagnoles, anglaises ou italiennes, favorisées par la dévaluation de leurs monnaies, leur barraient la route. D'autres, telle Manitou, ont profité de leur avantage concurrentiel pour étoffer outre-Rhin leur réseau commercial. Poursuite du redéploiement en Europe malgré la récession. Mais aussi percée sur les marchés lointains de l'Asie, où les promesses de croissance restent fortes. Ainsi, le fabricant de lubrifiants Motul n'a-t-il pas hésité à accélérer sa décision de s'associer avec un partenaire local en Inde, faisant d'une pierre deux coups: ouverture d'un nouveau marché et accès à des conditions de production plus compétitives.

Des coûts mieux contrôlés

Non, la rigueur n'exclut pas l'audace! Le souci majoritaire de se désendetter, de mieux contrôler ses coûts et de dimensionner ses activités au plus juste ne conduit pas inexorablement à la paralysie. Car il faut dans le même temps préserver le coeur des compétences, en vue de la reprise. En pleine récession, un quart des entreprises interrogées ont accru leurs dépenses de formation et continué d'embaucher. Objectif avoué: créer de nouveaux marchés (32%), mais aussi muscler les équipes dans des secteurs de pointe (39%). "Nous sommes entrés dans une logique de professionnalisation", commente Dominique de Calan, le secrétaire général de l'UIMM. Logique de professionnalisation, mais aussi souci de flexibilité. Pour absorder une chute d'activité de 40%, Christian Van Hecke, P-DG de LHC, ne s'est pas contenté de deux plans sociaux. Ses salariés ont accepté de jouer le jeu de la polyvalence. Repenser l'organisation du travail (priorité pour 62% des firmes interrogées) permet de préserver l'avenir. Ceux qui s'y sont attaqués repartiront plus forts.





Rendez-vous dans neuf mois

Les optimistes prédisent la reprise pour tout de suite. Ils sont 17%.Les pessimistes, moins nombreux, ne la voient pas venir avant un an.La majorité la prévoit dans six à neuf mois.En résumé, pour plus de deux industriels sur trois 1994 sera bel et bien l'année de la reprise.Toutefois, un sur quatre se garde de répondre.Une prudence, affirmée, dans les plus petites des entreprises (28% de non réponses).En revanche, dans l'agro-alimentaire, 90% des dirigeants prédisent la date du retournement.Et 27% - niveau record - l'estiment immédiate. Signe d'un net frémissement du côté de la consommation.Ce que confirme le dernier baromètre publié par l'Insee.











UN SONDAGE EXCLUSIF AUPRÈS DE 500 INGÉNIEURS DE L'INDUSTRIE



Ipsos Opinion, à la demande de "L'Usine Nouvelle", a interrogé par téléphone, du 8 au 14 février, 500 ingénieurs occupant des fonctions d'encadrement dans l'industrie. Une grille de 70 questions leur a été soumise, portant sur les décisions des entreprises pour faire face à la crise et aborder au mieux la reprise. Les 500 ingénieurs ont été sélectionnés parmi un échantillon représentatif de 500 entreprises françaises de plus de dix salariés, à partir de quotas de taille d'entreprise, de secteur d'activité et de lieu d'implantation. La répartition du nombre d'entreprises par tailles (cinq tranches, déterminées en fonction des effectifs salariés) limite volontairement la présence des entreprises de 20 à 49 salariés (26% de l'échantillon, contre 75% au niveau national) pour tenir compte de leur poids plus faible dans l'emploi industriel.





PORTRAIT ROBOT DE L'ENTREPRISE PRÊTE A REBONDIR

Le sondage Ipsos-"L'Usine Nouvelle" permet d'établir le portrait robot de l'entreprise prête à rebondir. Il met en lumière les huit critères qui la caractérisent le mieux. Pour illustrer chacun d'entre eux, nous avons choisi un exemple parmi les vingt et une firmes auprès desquelles la rédaction a mené sa propre enquête.



Elle a entre 200 et 500 salariés

TIVOLY

Outils de coupe en acier rapide

C.A.: 310 millions de francs

290 salariés

L'appel au marché financier doit permettre à la firme de se renforcer



Elle a privilégié l'amélioration de la qualité

GRISET

Laminage du cuivre

C.A.: 250 millions de francs

L'entreprise n'a pas touché à son programme d'investissements, garant de l'amélioration de la qualité



Elle se situe dans un secteur à fort contenu technique

BMI

Source laser solide, équipements optoélectronique

C.A.:30,6 millions de francs

Elle a pu compenser la baisse de ses ventes à l'industrie par ses débouchés scientifiques

Elle a continué à investir dans la modernisation de ses machines

EMANUEL LANG

Textile

C.A.: 150 millions de francs

14 millions de francs investis sur trois ans afin de réduire le cycle de fabrication et moderniser l'outil de production



Elle a accéléré le lancement de nouveaux produits

LE GRAND SALOIR SAINT-NICOLAS

Entreprise de charcuterie

C.A.: 500 millions de francs

Noèl dernier, l'entreprise a renouvelé sa gamme à 60%, avec une série de nouveaux produits traiteur



Elle a redéployé son réseau commercial notamment à l'étranger

LABINAL

Câblage automobile, filtres, turbines d'avions et d'hélicoptère

C.A.: 8,5 milliards de francs

En janvier, prise de 28% du marché européen des filtres pour l'automobile, grâce au rachat de l'italien Technocar



Elle a continué à augmenter son budget de recherche etdéveloppement

SER

Emboutisseur et spécialiste des outillages prototypes pour l'automobile

C.A.: 780 millions de francs

Les effectifs du bureau d'études ont augmenté de 58% en deux ans



Elle a continué à investir dans les ressources humaines, notamment dans la formation

DIRICKX

Fabrication de clôture

C.A.: 210millions de francs

Un budget de formation doublé. Objectif premier: renforcer le réseau commercial









USINE NOUVELLE - N°2446 -

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