Designer, métier industriel à part entière

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Designer, métier industriel à part entière



Certains l'appellent l'effet twingo. De nombreuses entreprises qui, en période de crise, veulent marquer leur différence font de plus en plus appel à des designers industriels. Que ce soit pour des fours à micro-ondes, des blocs multiprises de chantier ou des armoires électriques. Car le design se vend. Et, à l'image de Renault, qui emploie 60designers affectés à des fonctions précises (conception globale, intérieur ou extérieur de la voiture, véhicules utilitaires, conformité-qualité), elles les intègrent dans leurs effectifs. Une tendance que confirme à Paris l'Ecole nationale supérieure de création industrielle: les jeunes diplômés deviennent plutôt salariés qu'indépendants, et travaillent plutôt en entreprise qu'en agence. Devenu un argument de vente, le design ne passe plus pour du luxe. En revanche, l'industrie ne demande pas seulement un esthétique, mais aussi de prendre en compte les caractéristiques industrielles du produit. C'est-à-dire de le penser en fonction de sa solidité, de son poids, de son encombrement, et dans le strict cadre de coût, de volume et de matériau prescrit par le fabricant dans son cahier des charges... Dès lors, au même titre que les hommes de la qualité, le designer intervient dès la conception d'un produit et participe à sa définition. Ce que font déjà des entreprises comme Salomon (chaussures de ski) ou Smoby (jouets). Tout à la fois ergonome, technicien et artiste, il compose ensuite avec ses collègues du marketing et du bureau d'études. Mais, en accord avec eux, il devient le garant de l'identité de l'entreprise. Il en décline l'image au travers de ses produits. Avant de repérer les nouvelles tendances et de les interpréter. C'est le cas des 250designers industriels que reconnaît la profession parmi les 2000designers en activité.

Marie-Madeleine SÈVE



LE RECRUTE

Stéphane Thirouin Designer industriel chez Inovac

"Je travaille pour un industriel, pas pour ma signature"



Moi je vais partout. Au bureau d'études, au marketing, chez le mouliste, jusque chez l'emballeur. Dernièrement, nous avons remodelé un enrouleur de câble fabriqué de la même manière depuis vingt ans. Avec une contrainte : tenir compte de l'outil industriel de l'entreprise, qui travaille le plastique. Or ce matériau reste mal perçu par les consommateurs. J'ai donc cherché une allure moderne qui allie les couleurs et l'impression de dynamisme à la maniabilité du produit. La conception de la poignée de l'ancien modèle freinait son transport; j'en ai donc imaginé une avec un aspect ergonomique indispensable et qui fonctionne! Nous avons même pensé à doubler l'emballage initial. Et puis, j'accompagne ma création. D'abord objet unique, elle se multiplie ensuite chaque seconde à la fabrication, puis s'expose dans les linéaires, avant d'aller chez un client. Suivre toutes ces étapes reste une jubilation."

LE RECRUTEUR

Marc Bonnemoy, CKD, à Nanterre

"L'entreprise doit se reconnaître dans son design"



On me propose aujourd'hui une couleur bleue, dans le style "baroudeur". Voilà, traduite par un designer externe, la notion de solidité que nous souhaitons imprimer à notre nouveau produit: un terminal de paiement par carte bancaire. Comme je ne suis pas d'accord, nous discutons. Et je pense que mon interlocuteur ne sera pas trop têtu. Car, avant tout, le designer doit s'imprégner du cahier des charges élaboré par l'entreprise. Nous avons bien nos idées, mais nous préférons les confronter à celles d'un designer, un créatif, qui possède de réelles compétences techniques. C'est lui qui réalisera la rencontre entre le beau et l'utile. A condition de respecter l'identité de l'entreprise. Cette recherche peut faire des miracles. C'est un designer qui, travaillant pour nous, a trouvé l'astuce permettant de préserver la confidentialité du code chiffré, souvent pianoté sur terminal à la vue de tous.Un procédé breveté."



D'OÙ VIENNENT-ILS?

n Les écoles forment à bac+4 ou bac+5

- Ecole supérieure de design industriel, à Paris;

- Ecole nationale supérieure de création industrielle, à Paris ;

-- Ecole nationale supérieure des arts et métiers Olivier-de-Serres, à Paris ;

- Ecole nationale supérieure des arts décoratifs, à Paris ;

- Université de technologie de Compiègne, division design ;

- Ecole des Pays de la Loire, à Nantes ;

- l'Institut français du design (IFD) et l'Union française des designers industriels (UFDI), à Paris.

OÙ VONT-ILS?

n Vers une fonction généraliste dans l'entreprise, comme un ingénieur.

n Patron de son propre bureau d'études.

La plupart sont considérés comme ayant le niveau ingénieur.

COMBIEN GAGNENT-ILS?

n Débutants : entre 120000 et 160000francs pour des designers intégrés;

n Confirmés: entre 200000 et 240000francs.

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USINE NOUVELLE - N°2448 -

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