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L'Usine Aéro

Des vitamines pour la filière aéro

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En adhérant au programme de performance industrielle du Gifas, les sous-traitants de l’aéronautique dopent leur efficacité.

Des vitamines pour la filière aéro
SC Aéro, l’une des 40 PME du Centre-Val de Loire à avoir suivi le programme du Gifas, a revu son organisation pour atteindre le flux tendu.
© SC Aéro, l’une des 40 PME du Centre-Val de Loire à avoir suivi le programme du Gifas, a revu son organisation pour atteindre le flux tendu.

Cheveux en liberté, veste en toile, le dirigeant de SC Aéro a conservé le look d’aventurier propre à l’aviation sportive. Mais la raison industrielle rattrape la passion. Aujourd’hui, Christophe Thébault, qui a fondé en 1989 ce fabricant de pièces en composites à Saint-Doulchard, près de Bourges (Cher), réfléchit sérieusement à remettre une cravate. Sous « l’amicale pression » du missilier MBDA, qui a recours à son expertise pour réaliser des prototypes sur mesure, sa PME de 20 salariés a intégré une grappe du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) qui vise à améliorer les performances industrielles des sous-traitants.

« La qualité de nos produits était reconnue, mais l’organisation était un peu anarchique, admet Christophe Thébault. Par exemple, les départs en retraite étaient compensés par des jeunes sans formation suffisante. Le temps consacré à former les nouveaux techniciens empiétait sur la fabrication. » Un an après l’audit et le programme d’accompagnement assuré par des consultants Space missionnés par le Gifas, la PME a atteint le flux tendu. « Nous savions que des goulots d’étranglement ralentissaient notre production. Les consultants nous ont permis d’en identifier les causes », résume Christophe Thébault, qui a mis en place des formations pour développer la polyvalence des opérateurs.

Des résultats rapides

Un an après le début du programme du Gifas, le respect des délais a progressé, les temps de cycle sont diminués. Les résultats ont été rapides. « Sur 111 PME, 76 % ont amélioré leur ponctualité, 69 % ont réduit la profondeur du retard et 75 % ont accru le niveau de qualité », indique Dominique Bardet, référent Space du Gifas pour le Centre-Val de Loire [lire ci-contre]. Selon lui, l’objectif est aussi simple à énoncer que complexe à mettre en œuvre : permettre aux patrons de PME de lever le nez du guidon. « La clé, c’est l’adéquation entre la charge de travail et la capacité de production afin d’appréhender le prévisionnel avec les clients. »

Comme SC Aéro, plus d’une quarantaine de PME du Centre-Val de Loire ont participé aux grappes du Gifas. Cette petite région, douzième sur treize pour sa population, est l’une des bonnes élèves du programme. Bilan : sept grappes actives, soit autant que Rhône-Alpes, une de plus que Provence-Alpes-Côte d’Azur, quatre de plus que les Pays de la Loire. Certes, ces régions ont d’autres grands donneurs d’ordre et d’autres dispositifs de suivi, mais ces chiffres montrent la mobilisation du tissu industriel du Centre-Val de Loire, un bassin traditionnel de la sous-traitance pour la défense et l’aéronautique, ancré autour de Bourges, aux franges de la région parisienne et le long de la Loire, terre d’accueil des industriels entre Paris et Nantes.

Pour beaucoup de ces sous-traitants de rang 2 et 3, ce programme est aussi l’occasion de côtoyer directement le top management de leurs clients. « Le point capital sur lequel tout le monde s’accorde, c’est la livraison à l’heure. Et les donneurs d’ordre n’hésitent pas à se remettre en cause. La proximité a permis de réaliser un travail dans les deux sens », témoigne René Revault, l’ancien président d’ITC Elastomères passé dans le giron du francilien APS Coatings fin 2015. Les équipes de ce fabricant de clapets et de systèmes d’étanchéité ont ainsi pu rencontrer la direction générale de Thales, puisque l’analyse du flux de production impliquait l’usine Thales de Vendôme (Loir-et-Cher) et le siège à Vélizy. « Ce qui aurait été inimaginable par un autre biais », assure René Revault, qui a amélioré le progiciel de gestion intégré pour le suivi capacitaire.

Mobilisation des salariés

Autre effet bénéfique de cette remise à plat, la structuration d’entreprises en mutation et où les fusions se multiplient. La croissance externe est une prise de risque, notamment dans l’harmonisation des process et de la qualité, rappelle Pascal Mazoyer, le directeur du développement de Valantur, qui regroupe cinq entreprises, dont le mécanicien de précision Smop à La Chaussée-Saint-Victor (Loir-et-Cher). Le travail du service qualité sur l’évaluation des fournisseurs va servir aux sept usines de cette quasi-ETI (200 salariés, près de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires). « Auparavant, nous analysions nos fournisseurs une fois par an. Désormais, c’est une fois par mois, avec des rencontres pour nous assurer du respect des délais, de la proximité et de la qualité. Grâce à ce programme, nous savons répondre à nos fournisseurs parce que nous savons ce qu’attendent nos clients », explique Élise Lefranc, responsable qualité de Smop.

Enfin, le programme de performance industrielle du Gifas mobilise les équipes, ce qui redonne du cœur à l’ouvrage aux salariés, ont constaté plusieurs entrepreneurs. « Le plus dur pour un sous-traitant dans l’aéronautique, finalement, ce n’est pas de gagner de nouveaux marchés, c’est de recruter et de fidéliser son personnel », glisse Dominique Gattefin, à la tête d’une usine de mécanique de précision de 95 salariés, à Mehun-sur-Yèvre, près de Vierzon (Cher). « Le retour d’expérience montre que le personnel est très demandeur, malgré le temps qui doit être consacré aux formations. Parfois, cela suppose un travail sur la stabilisation de l’organisation et du management », explique Dominique Bardet. Et dans quelques cas, les consultants du Gifas ont dû inciter les dirigeants à repenser leur organigramme ainsi que le circuit de décision. Le juste-à-temps, ce n’est pas qu’une question de timing. 

« Face à la demande, nous avons dû ajouter des formations »
 

Dominique Bardet, référent région Centre-Val de Loire de Space, maître d’œuvre pour le Gifas du programme de performance industrielle
 

Le programme du Gifas a pu être perçu comme une intrusion des grands donneurs d’ordre dans les organisations de leurs fournisseurs. Comment avez-vous été accueilli ?

Les PME, qui, rappelons-le, s’inscrivent volontairement dans cette démarche visant à améliorer les relations entre donneurs d’ordre et PME, ont bien perçu ce programme. L’approche est ciblée sur les problèmes à résoudre. En région Centre-Val de Loire, nous avons dû créer des sessions de formation supplémentaires, preuve de l’intérêt des entreprises.
 

Quels sont les résultats ?

Sur l’ensemble du programme en France et plus d’une centaine d’entreprises analysées, 97 % des PME ont amélioré au moins un critère : ponctualité, réduction de la profondeur des retards, qualité. La ponctualité arrive en tête pour 75 % des entreprises. En région Centre, les premiers résultats auprès de 12 PME montre une diminution des retards de livraison de 37 % et de 48 % pour la profondeur du retard. Quant aux retours clients, il baisse de 34 %. Ce sont des résultats significatifs.
 

Quelle suite sera donnée à ce programme ?

Comme au niveau national, nous constatons une amélioration très nette de la communication entre donneurs d’ordre et fournisseurs. Nous voyons déjà apparaître de nouveaux projets entre les différents acteurs. 

Les bénéfices du programme du Gifas

  • 111 entreprises adhèrent au programme en France
  • 76 % d’entre elles ont amélioré leur ponctualité
  • 69 % ont réduit la profondeur du retard
  • 75 % ont accru leur niveau de qualité

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