Des surplus à l’Open Source

La tendance est à l’Open Source, notamment dans le mouvement Maker et autour des FabLab. Mais est-ce là un phénomène si nouveau ? Pas si sûr car l’homme a toujours réutilisé et détourné les objets.

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Des surplus à l’Open Source
Un tracteur qui utilisait des composants Open Source venant des surplus

Lors de la Maker Faire qui se tenait à Paris les 21 et 22 juin 2014, les organisateurs et les sponsors de l’événement ont mis en avant l’importance de disposer de briques technologiques de base (cartes processeurs, mémoires, logiciels de conception et de pilotage, modèles d’objets en 3D destinés à l’impression…), accessibles librement pour faciliter le développement rapide de nouveaux projets.

Une approche née dans le domaine du logiciel au milieu des années 80 avec le projet de système d’exploitation GNU. Mais à bien y regarder le phénomène de l’Open Source est beaucoup plus ancien.

L’Open Source, c’est avoir accès à facilement à des objets, matériels ou immatériels, afin de pourvoir les utiliser dans ses propres projets, tels quels ou adaptés aux besoins spécifiques. L’une des premières manifestations à grande échelle de cette démarche apparue dès la fin de la guerre de 1914/1918. Les troupes américaines sont arrivées à partir de 1917 avec beaucoup de matériels, notamment un grand nombre de véhicules. La guerre terminée, plutôt que de les rapatrier, ils décidèrent de vendre à bas coût les équipements qui pouvaient servir aux civils. Les ‘‘stocks américains’’ étaient nés.

Détourner l’usage

Des commerçants avisés achetèrent de grosses quantités qu’ils revendirent au détail empochant au passage de gros bénéfices. Parmi eux Adolphe Leroy et son épouse Rose Merlin, qui créèrent en 1923 à Nœux-les-Mines (62) la société Au Stock Américain pour revendre notamment des éléments ayant servis à construire les baraques de cantonnement de l’US Army, avec tous le mobilier les équipant. Une société devenue Leroy Merlin en 1960 et qui, retour de l’histoire, est aujourd’hui sponsor de la Maker Faire française.

De même, un grand nombre de camions, avec d’importants stocks de pièces détachées, furent vendus, certains étaient encore dans leur caisse de transport et restaient à remonter. Ainsi en 1919, Louis Willème fit ainsi l’acquisition d’un grand nombre de camions Liberty de 5 tonnes de charge utile fabriqués par Continental, avec des pièces de Waukesha et Hercule pour les moteurs. Des camions qu’il perfectionna et transforma peu à peu au point de devenir constructeur dès la fin des années 20.

Cette fièvre du ‘‘fabriquer soi-même’’ et du ‘‘transformer’’ fut accompagnée par la presse. Ainsi dès 1924 le magazine Système D vit le jour en France pour diffuser auprès de ses lecteurs les bonnes idées de récupération et de réutilisation, reprenant le concept du Popular Mechanics américain. Le bricolage, Do it yourself en anglais, était né.

Des stocks aux surplus

Ce phénomène de réutilisation des stocks militaires passa à une toute autre échelle après la Seconde Guerre mondiale. En effet dès 1945, les troupes américaines commencèrent à vendre tous le matériel en surplus dont ils disposaient et qu’ils ne souhaitaient pas continuer à utiliser en Europe ou rapatrier aux Etats-Unis. Tout hormis les armes et les munitions était à vendre. Ce fut la grande époque des ‘‘surplus’’.

Le matériel roulant trouva bien évidement acquéreur pour être utilisé tel quel, tant les moyens de transport et de travaux publics faisaient défaut dans une Europe à reconstruire, mais certains industriels se contentèrent d’acheter des composants neufs issus des stocks de rechange (moteurs, boites de vitesses, différentiels, ponts moteurs…) pour les intégrer dans des engins de leur conception. C’est par exemple le cas des tracteurs agricoles LTB conçus par Louis Ballu dont 150 exemplaires furent construits à partir de 1948 autour d’un moteur et d’une boîte de vitesses de Jeep Willis, avec un pont de GMC. Et bien d’autres constructeurs firent de même pour créer des engins de travaux, de manutention, de transport, etc.

On peut dire que ces composants robustes, facilement disponibles et très peu chers sont les ancêtres des composants Open Source actuels. Mais aujourd’hui la démarche va encore plus loin. Ainsi MathWorks, l’un des sponsors de la Maker Faire, a-t-il conçu un rover pour son concours de programmation, et mis gratuitement à disposition tous les fichiers permettant de l’imprimer en 3D. L’Open Source prend là une autre dimension !

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

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