Des sociétés de gestion se substituent aux banques sur le crédit

par Raoul Sachs

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PARIS (Reuters) - Des sociétés de gestion commencent en France à se substituer aux banques et à prêter quasiment "en direct" à des entreprises (corporate) confrontées à l'assèchement du crédit bancaire, estime Antoine Flamarion, président de Tikehau Capital, spécialiste du crédit.

Depuis la faillite de Lehman Brothers en 2008, et la volonté des régulateurs de renforcer les règles prudentielles qui exigent un niveau élevé de fonds propres face au risque, les banques, soucieuses par ailleurs d'alléger leurs bilans, ont nettement resserré leur politique de crédit.

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"Les banques ne prêtent plus, il va bien falloir trouver des prêteurs ailleurs", a déclaré Antoine Flamarion lors d'un entretien à Reuters, précisant que Tikehau a ainsi financé une entreprise de cliniques privées, Vitalia, appartenant au fonds de Private Equity américain Blackstone.

Depuis 2008, sous une forme très encadrée, des sociétés financières autres que des banques peuvent financer des entreprises.

Antoine Flamarion a précisé que Tikehau avait pour l'essentiel monté des opérations de ce type dans le monde des LBO (Leverage buy out ou acquisition avec endettement à effet de levier) et de l'immobilier, tout en élargissant le spectre au financement d'activités en dollars que les banques n'assurent plus.

"C'est là où nous pensons avoir le meilleur ratio rendement/risque, c'est là où nous avons le plus de marge".

"Comme nous n'avons pas des ressources illimitées, pour nous la question qui se pose systématiquement quand on met au travail 25 à 35 millions d'euros, c'est de mettre ça sur des actifs rémunérés à Euribor plus 700, 800, 1.000, 1.200 points de base", a-t-il dit.

LES BANQUES ABANDONNENT CERTAINS FINANCEMENTS

Le taux Euribor trois mois, qui sert de référence aux opérations de crédit à taux variable en zone euro, était légèrement supérieur à 1% (1,036%) vendredi.

"Pour l'instant, nous nous sommes plutôt concentrés sur des sujets LBO et sur des sujets immobiliers", a précisé Antoine Flamarion.

"On a fait une opération à la fin de l'année 2011 de financement d'immobilier (...) On a refinancé des obligations immobilières d'une structure étrangère qui détenait des actifs français. Une quinzaine de millions d'euros arrivaient à échéance. On a gardé le contrat d'obligations existant et on a juste changé le taux. On a prêté à 15%", a-t-il indiqué.

Tikehau a également participé au financement d'activités comme le transport maritime ou l'aéronautique nécessitant des dollars et que les banques françaises ne financent plus.

"Là, on a fait de manière un peu différente, on n'a pas pris la dette mais on a investi des fonds propres avec une famille qui possède des tankers", a-t-il dit.

"Les banques sont en train de sortir de beaucoup de business de financement et donc on voit beaucoup de classes d'actifs à financer", a-t-il poursuivi.

Tikehau Capital gère 800 millions d'euros, dont 250 millions portent sur de la dette publique négociable (obligations corporate) sur le marché du crédit et 550 millions d'euros consacrés à la dette privée (private debt) sous la forme de fonds mezzanine et de fonds à situation spéciale.

LE RÊVE DE LA DETTE

"Dans les 550 millions, on fait du primaire et du secondaire. Le primaire c'est Blackstone. Sur le marché secondaire, ça nous arrive d'acheter de la dette décotée", ajoute-t-il.

Antoine Flamarion entend développer l'activité private debt qui peut représenter, pour le LBO en France, un marché d'environ 5,0 milliards d'euros.

"Normalement des acteurs comme nous font du secondaire -on achète des produits tout faits- mais on va de plus en plus faire du primaire."

"Potentiellement, c'est un gros marché. Par exemple, la Société générale met en vente tout son portefeuille de prêts à des professionnels de l'immobilier. Ca veut dire qu'une partie de ces professionnels qui avaient l'habitude d'emprunter à la SocGen vont aller emprunter ailleurs et donc on pense que sur un certain nombre de métiers, sur l'immobilier et sur le LBO, il faudra des substitutions aux banques", a-t-il souligné.

Les assureurs seront amenés à jouer un rôle important dans ce domaine.

Selon lui, la désintermédiation est appelée à progresser en Europe. Autrement dit, à l'instar de ce qui se passe depuis longtemps aux Etats-Unis, les entreprises vont se tourner davantage vers le marché du crédit alors que jusqu'à présent 80% de leur financement venaient des banques.

Antoine Flamarion cite l'exemple de Blackstone, plus connu pour son activité de private equity mais qui a une activité "private debt" assurée par sa filiale GSO qui gère, selon le site internet de Blackstone, près de 44 milliards de dollars sur près de 180 milliards gérés au total par le groupe.

"Aujourd'hui, tout le monde rêve de faire de la dette. Comme le private equity n'arrive plus à lever de l'argent, tous les fonds de private equity se mettent à faire de la dette", a dit le responsable de Tikehau.

Raoul Sachs, édité par Jean-Michel Bélot

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