Quotidien des Usines

Des questions toujours vivaces pour SME

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Si l’avenir de la branche propulsion de la Snpe semble assuré sous couleurs Safran, des questions se posent néanmoins.

Des questions toujours vivaces pour SME
Production des blocs de propergol pour les générateurs de gaz d’airbags
© © Livbag

L'accord industriel pour la reprise par Safran des activités de Snpe dans les matériaux énergétiques est quasiment achevé. Reste qu'une fois ce rapprochement réalisé, Safran devra encore trancher sur plusieurs points. Le groupe ne pourra pas faire l'économie des interrogations suivantes.

SPS et SME fusionneront-elles rapidement ?


Les salariés des filiales propergoliste et motoriste travaillent déjà ensemble au sein d'un groupement d'intérêt économique (le G2P). Ces derniers collaborent sur la propulsion solide de la fusée Ariane ou du missile M51, et croient au maintien de deux entités séparées. Principale raison : les statuts ainsi que les univers socio-professionnels divergent. « Les SPS (Safran) dépendent de la convention collective de la métallurgie et sont uniquement contitués de techniciens, les SME (SNPE) dépendent de la convention collective de la chimie et sont à un tiers des ouvriers » explique un représentant syndical. La direction pourrait être tentée de ne pas mêler tout de suite «les torchons avec les serviettes».

Que va devenir la branche automobile ? Où ira le centre de recherche ?

Chez SME, l’inquiétude est de mise pour le centre de recherche du Bouchet  (CRB, 250 personnes) et le secteur automobile (200 salariés) de la Snpe.

Les innovations du centre francilien ont pourtant permis à l'entreprise de consolider son équilibre financier. L’application automobile avait par exemple été développée par les inventeurs du CRB, qui avaient mis au point le gonflement immédiat de l’airbag grâce à la technologie des propergols. Une diversification qui avait permis au groupe de maintenir la tête hors de l'eau, au moment où les commandes d’Etat sur le missile balistique ou la fusée Ariane se faisaient rares.

Problème : les salariés craignent qu'une fois Safran aux manettes, l'effort consacré à l'innovations se réduise. « Une société privée n’aurait jamais eu les reins assez solides pour développer la partie airbags », souligne un syndicaliste. En outre, le site du CRB en région parisienne semble quelque peu démesuré comparé aux effectifs : on y compte 5 salariés à l’hectare ! Une option plausible pour Safran semble être de rapatrier les chercheurs en Aquitaine, et de dépolluer le site puis de le vendre.

Quant à la division automobile, avec l’exode de l’industrie des véhicules hors des frontières hexagonales, la branche airbag est compromise. Lorsque le vent a tourné ces dernières années, développement du M51 et crise automobile obligent, des techniciens passés du stratégique à l'automobile ont d'ailleurs commencé à revenir au premier.

Que va faire Safran du perchlorate ?

Matière première clé pour les propergols du missile M51, de la fusée Ariane, ou des airbags automobiles, le perchlorate d’ammonium est fabriqué par la Snpe à Toulouse. Située au beau milieu de la ville et des populations néanmoins, l’usine n’est plus la bienvenue depuis la catastrophe AZF, et le coup dur pour la Snpe de l’arrêt de la production de phosgène. « Avec le canceropôle, et le casino, une usine Seveso 2 ça fait tâche », résume un salarié. Refaire une usine de perchlorate ailleurs ne serait pas une mince affaire pour Safran. Le groupe devrait investir 100 millions d’euros de sa poche, et attendre deux ans de construction et de mises en essai. Le plus probable est que l’usine toulousaine finisse par fermer.  Et que le perchlorate passe côté italien.

En effet, la consolidation de la propulsion au niveau européen en préparation devrait rassembler SPS-SME sous bannière Safran, mais aussi Fiat Avio. L'italien est déjà actionnaire d’Arianespace et de Regulus, filiale commune avec la Snpe à Kourou. Un regroupement  synonyme de sacrifices. « Dans le cadre du plan armement européen, la France ne va pas céder le nucléaire. Mais il va bien falloir qu'elle cède quelque chose » analysait en décembre un syndicaliste Snpe. Comme de juste, Avio est actuellement en pourparlers pour ouvrir une usine de perchlorate. « Quand on voit Avio, qu’est-ce qu’ils font comme progrès ! » confirmait encore un technicien au sujet de la fabrication de ce composé chimique. A bon entendeur.

Comment Safran va-t-il préserver le savoir-faire ?

Enfin, même pour la partie la plus stratégique qu’est l’activité consacrée au missile balistique M51,  bijou de savoir-faire, l’avenir n’est pas rose. En 2018, les commandes d’Etat prennent fin. « Pour nous c’est demain, surtout pour les jeunes qui sont entrés »  commente un représentant du personnel :

300 salariés de moins de trente ans ont été récemment embauchés à Saint Médard en Jalles. 

L'Etat est face à un dilemme : il n'a plus les moyens financiers de commander de tels programmes. Et pourtant, il lui faut continuer à employer des ingénieurs et des ouvriers qui perpétuent ce savoir-faire. La rupture technologique entre les deux programmes précédents laisse d'ailleurs sceptique un salarié. « Déjà entre le missile M45 et le nouveau M51, la différence n’était pas énorme : il va quelques kilomètres plus loin, se déplace mieux dans l’eau... Le M45 suffisait largement. Et logiquement, on ne s’en servira jamais. » espère ce dernier. C’est tout l'enjeu de la stratégie française de défense concernant la dissuasion nucléaire. Ne pas perdre le savoir-faire, sans toutefois saigner un budget exsangue. En dialoguant avec Paris et Bruxelles, Safran devra composer.
 

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