Des Peugeot-Citroën "made in Maroc" : ce que PSA fera de son usine de Kenitra

Le groupe a signé un accord d'implantation d'une unité d'assemblage à Kénitra, au nord de Rabat. La production devrait démarrer en 2020.

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Des Peugeot-Citroën
PSA Peugeot Citroën va implanter une usine au Maroc. Un site capable de produire jusqu'à 200 000 unités par an.

Carlos Tavares, président du directoire de PSA, a signé vendredi 19 juin à Rabat un accord d’implantation avec le ministre de l'industrie, en présence du Roi du Maroc Mohammed VI. L’usine PSA sera installée à Ameur Seflia, dans la zone franche de la région de Kenitra, avec une capacité de 200 000 véhicules.

Carlos Tavares et le ministre marocain de l'Industrie Moulay Hafid Elalamy poursuivent un double objectif. Ce site permettra à la fois d'approfondir la stratégie du "hub" marocain dans l'automobile et l'internationalisation de PSA, pour un investissement total de 557 millions d'euros.

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200 000 véhicules par an
D'une capacité totale de 200 000 unités (véhicules et moteurs), l'usine commencera plus modestement dès 2020 par 90 000 véhicules et 90 000 moteurs. "C'est un projet en deux étapes : une première avec la production de 15 véhicules par heure, puis le passage à 30 véhicules", a déclaré vendredi à Rabat Carlos Tavares. Les premiers travaux de construction débuteront en 2016.
"Le terrain est un ancien terrain agricole, relié à un bon réseau routier et à une voie ferrée, a souligné Jean-Christophe Quémard, directeur de la région Moyen-Orient-Afrique chez PSA. Les machines seront installées en 2018, avec un démarrage de la production courant 2019". Dans un premier temps, l'usine ne disposera pas d'outils d'emboutissage. Les presses ne seront installées que lors du passage à 30 véhicules par heure. Ces voitures seront ensuite exportées vers toute la zone Afrique-Moyen-Orient par le port en eaux profondes qui sera construit d'ici la fin de la décennie à Kenitra.

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Les modèles produits au Maroc seront basés sur la nouvelle plateforme CMP (anciennement appelée EMP1), que le Français développe actuellement avec son partenaire Chinois Dongfeng. Elle servira de base à tous les futurs segments B et C de PSA. Le groupe français ne donne aucune indication précise sur les modèles qui seront fabriqués à Kénitra, mais laisse penser que les deux premières silhouettes pourraient être une berline tricorps, très prisée dans les pays émergents, et un SUV. Elles ne devraient cependant pas remplacer les Peugeot 301 et CitroënC-Elysée, commercialisées uniquement dans les marchés émergents. La ligne de moteurs produira elle des blocs existants, de normes Euro 4 et Euro 5, actuellement produits dans les usines mécaniques françaises, spécialement pour les marchés émergents.

Un tissu de fournisseurs
Autour de sa nouvelle usine, PSA installera un tissu industriel complet. "Aujourd'hui, nous n'avons pas la capacité pour atteindre 80% de sourcing local. Nous commencerons par 60% et nous en sommes encore loin. Mais avec la présence des deux constructeurs français, la taille critique est atteinte pour un réseau de fournisseurs" poursuit Carlos Tavares. PSA vise 1 milliard d'euros de prise de commande dans le pays d'ici 2023. "PSA achète déjà pour 370 millions d'euros de composants au Maroc" détaille Jean-Christophe Quémard. Des faisceaux utilisés à Poissy (Yvelines) viennent par exemple déjà du Maroc et à terme, des composants technologiques comme des ESP pourraient aussi être produits sur place. Pour monter usine et réseau fournisseurs, le ministre marocain de l'Industrie et PSA favoriseront l'installation d'un pôle de R&D de 1500 ingénieurs, dans la lignée de l'ingénierie sous-traitée par Altran pour PSA. "Nos ingénieurs iront aider les fournisseurs à définir leurs process de production", a résumé le patron de PSA.

Plan d'accélération industrielle
Aux côtés de PSA, le ministre marocain de l'Industrie Moulay Hafid Elalamy ne tarit pas d'éloges sur Carlos Tavares et ses équipes. "J'étais en discussion avec plusieurs constructeurs, pour cette implantation très bien située géographiquement, se rappelle Moulay Hafid Elalamy. L'agilité et la qualité des gens de PSA ont été décisives. J'ai rarement vu une coopération aussi bonne entre le public et le privé". En trois mois, PSA signait. "Tout est allé très vite, les négociations se sont très bien passées" ajoutait Jean-Christophe Quémard. " Moulay Hafid Elalamy est un business-man avant d'être un homme politique, entouré d'une équipe aguerrie et rigoureuse", ajoute Carlos Tavares. Entrepreneur réputé dans les assurances, le ministre reconnaît qu'il est demandeur du projet du constructeur. L'installation de l'usine PSA s'intègre en effet dans le Plan d'accélération industrielle 2014-2020, impulsé par le roi. L'arrivée de PSA doit déclencher l'arrivée d'équipementiers de rang 2 et 3, attirés par la taille critique d'un marché dominé par les deux constructeurs français. "Nous voulons doubler nos capacités de production automobile à 800 000 véhicules, avec 163 000 salariés, contre 73 000 en 2015" a rappelé le ministre. Les 4500 salariés de PSA et 20 000 emplois indirects vont y contribuer.

557 millions d'euros
Au total, le projet coûtera 557 millions d'euros. "Il s'agit d'un tour de table avec différents investisseurs , mais PSA est majoritaire" a précisé Carlos Tavares. Le ministre marocain de l'industrie s'est montré plus loquace : PSA a investi 95% de la somme. La Caisse des Dépôts et de Gestion marocaine a investi les 5% restants. S'il a investi la moitié des fonds pour développer la plateforme CMP qui sera dans l'usine, Dongfeng n'est pas directement partie prenante dans cette affaire.

Des produits pour l'Europe ?
Pour Bertrand Rakoto, fondateur du cabinet de conseil D3 Intelligence, PSA va produire au Maroc des véhicules à coût compétitif, mais n'est pas dans un modèle Dacia. "PSA et Renault n’ont pas les mêmes stratégies. Certes, les deux groupes vont sur des marchés en croissance. Mais leurs produits ne sont pas tout à fait sur les mêmes segments", explique le consultant. Ce qui ne veut pas dire que des véhicules produits dans cette usine marocaine ne seront pas commercialisés en Europe. Carlos Tavares a martelé que l'usine de Kenitra permettrait de "coller à la montée en puissance du marché africain", le troisième marché de PSA après la Chine et l'Europe. PSA vise 1 million de véhicules vendus en 2025 en Afrique-Moyen-Orient, dont 200 000 rien qu'au Maroc. Cependant, Carlos Tavares n'a pas fermé la porte à la production sur place d'un véhicule mondial, basé sur la plateforme mondiale CMP. L'usine a aussi été pensée pour accueillir des productions Donfeng.

Pauline Ducamp, à Rabat.

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