Des opérateurs pan-européens pour sauver les télécoms du Vieux-Continent ?

Selon le FT, plusieurs grands opérateurs télécoms européens ont rencontré le commissaire européen à la concurrence. Objectif : réfléchir à la mutualisation de leurs réseaux dans différents pays de l’Union, pour sortir le secteur de la crise.

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Des opérateurs pan-européens pour sauver les télécoms du Vieux-Continent ?

Le 9 janvier, selon le Financial Times, de grands opérateurs européens parmi lesquels le Français France Télécom, l’Allemand Deutsche Telekom, l’Espagnol Telefonica et l’Italien Telecom Italia auraient discuté d’une possible mutualisation de leurs infrastructures avec Joaquin Almunia, commissaire européen à la concurrence. L’information n’est pour l’instant pas confirmée, mais on sait que ces acteurs se rencontrent régulièrement, au sein des instances européennes, afin d’imaginer des solutions pour mieux défendre leur secteur. "Cela s’inscrit dans un contexte inquiétant pour l’industrie des télécoms en Europe, qui a perdu sa suprématie," synthétise sobrement Yves Gassot, directeur général du cabinet spécialisé Idate, en commentaire de la rumeur.

Un petit résumé de la situation des opérateurs télécoms du Vieux Continent ? Ils sont plus d’une centaine à se partager le gâteau européen en n’ayant accès pour la plupart qu’à leur marché national alors que la gigantesque couverture des USA est assurée par trois grands opérateurs. Le revenu par utilisateur du réseau des opérateurs européen est en chute libre, du fait de cette concurrence forte. Héros de l’ère de la 3G mobile dans les années 2000, ils ont été rattrapés puis dépassés dans la course à la 4G par des Américains convertis depuis plus d’un an déjà à cette nouvelle génération de réseaux mobiles.

"Verizon et AT&T ont une croissance de 5%, rappelle Yves Gassot. En Europe du Sud, en crise, certains chiffres d'affaires se sont écroulés de 15%. Mais même dans les pays du Nord de l’Europe, on est à 0%." Enfin, last but not least, les méchants géants américains (Google, Apple et autres Facebook) leur mangent la laine sur le dos. Traduction : avec leurs contenus de plus en plus encombrants, vidéo en particulier, ceux qu’on appelle les "over-the-top" consomment toute la bande passante des réseaux, et ce, sans contribuer un seul instant à l’effort d’investissement dans les infrastructures (fibre optique pour le fixe, 4G pour le mobile). Vous avez dit situation difficile ? Euphémisme (Et il suffirait de lister les plans sociaux en France s’il fallait s’en convaincre encore davantage).

Vers une mutualisation d'infrastructures ?

La Commission européenne se prononce régulièrement contre les fusions nationales entre opérateurs, afin de favoriser le consommateur par une concurrence entre au moins trois voire quatre acteurs par pays. Pour soutenir néanmoins ce secteur en souffrance, l’institution pourrait donc préférer une mutualisation d’infrastructures comme évoquée par le FT. Elle permettrait à certains grands opérateurs d’exploiter leurs réseaux respectifs dans les différents pays dans le cadre d’une nouvelle réglementation européenne, afin de s’installer en tant qu’acteurs pan-européens avec un potentiel de marché beaucoup plus important. Les opérateurs cités par le quotidien ont déjà des implantations ailleurs que dans leur pays d’origine, mais pas d’envergure européenne pour autant. Ainsi, Orange est-il présent au Royaume-Uni au travers de son entreprise commune avec Deutsche Telekom, Everything Everywhere. Et comme le rappelle Yves Gassot, le Français "dispose aussi d’infrastructures en Espagne, en Belgique, en Pologne, etc."

Autre solution évoquée selon le FT, une entreprise commune aux opérateurs concernés, qui gérerait l’infrastructure pour l’ensemble de ces derniers et les investissements et dettes associés. "Une solution plus dangereuse, pour Yves Gassot. Elle entrainerait un monopole de fait et nécessiterait une régulation très stricte pour l’accès de tous les opérateurs à ce réseau." L’article du FT évoque aussi des difficultés qui viendraient davantage des régulations nationales sur le sujet.

Emmanuelle Delsol

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