Des managers avant tout

Les nouvelles priorités des directeurs d'usine requièrent une évolution de leurs compétences. Si la maîtrise de la technique reste indispensable, ils doivent d'abord encadrer et gérer. Surtout lorsqu'ils pilotent des sites d'une taille importante.

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Pour les directeurs d'usine, posséder un background technique ne suffit plus. Compte tenu des priorités nouvelles qui leur sont assignées et de l'environnement international dans lequel ils évoluent, ils doivent désormais endosser le costume d'homme-orchestre. « Nous sommes dans un contexte de globalisation qui fait peser de nombreuses incertitudes. Il est vraiment nécessaire de savoir manager les hommes d'autant que les changements sont fréquents », constate Thierry Lhuillier, le directeur du site de Buc (Yvelines) de GE Healthcare. souvent un tremplin dans les grands groupes

Le responsable d'usine doit plus que jamais être un manager et un gestionnaire. « C'est un métier aux composantes techniques, managériales et sociales très importantes. Le directeur de site doit avoir une grande capacité d'écoute. C'est un vrai patron qui est aussi le représentant du groupe auprès des autorités locales », estime Jean-Pierre Tual, le DRH des affaires industrielles du groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis (83 sites dans le monde).

« Sur le site, je suis un facilitateur »

L'avis de Thierry Lhuillier, 45 ans, directeur du site de Buc de General Electric Healthcare (équipements médicaux)

Thierry Lhuillier se définit volontiers comme un gestionnaire : hommes, site, investissements... « Je m'occupe de la vie de l'usine et m'assure de faire travailler les gens ensemble. » En poste depuis deux ans sur le site que possède GE Healthcare à Buc (Yvelines), il a sous sa coupe près de 1 800 personnes. Rien, pourtant, ne destinait cet ingénieur diplômé des Arts et métiers et des sciences et techniques nucléaires à prendre un jour la tête de la production d'un site comme celui-ci. Chez Snecma, puis chez General Electric, il s'est spécialisé dans les études d'ingénierie et a travaillé aux méthodes de qualité appliquée à la conception. C'est cette culture qualité complétée, plus tard, par un poste de responsable d'industrialisation qui lui a ouvert la porte vers sa fonction actuelle. Il n'a jamais occupé de fonction de production ? « Je me suis formé et j'ai l'avantage d'être entouré d'une équipe de managers directs.»

Le profil varie ensuite en fonction de la taille de l'entreprise et du site. « Dans les grands groupes, les responsables d'usine ont plutôt des profils d'ingénieurs avec une expérience terrain qui a commencé dans la qualité ou la production », expose Jean-Benoît Andrieu, le directeur général d'Optioncarrière, moteur de recherche d'emplois. Si les groupes pratiquent les recrutements en externe, beaucoup sont adeptes de la promotion interne.

Quand le producteur de salades en sachets Florette a ouvert en 2004 son troisième site français à Cambrai (Nord), il a choisi de mettre à la tête de cet établissement de 200 personnes un ingénieur de 35 ans issu de ses rangs, rompu à l'exercice de la production sur une autre usine du groupe. D'autres sociétés vont plus loin et prennent en charge la formation complète de leurs futurs directeurs d'usines. Michelin (80 usines dans le monde)

Qui sont-ils ?


> Ils ont en moyenne entre 5 et 10 ans d'expérience
> Ils sont en majorité ingénieurs et viennent de la production, de la qualité, de la R et D...
> Ils ont parfois effectué des doubles formations en finance, contrôle de gestion (IAE) ou management (MBA).

Source : «L'usine Nouvelle»


propose ainsi « un parcours personnalisé » à de jeunes ingénieurs mais aussi à des cadres plus expérimentés. La première étape consiste à prendre la tête d'une unité de production comprenant entre 200 et 300 salariés. Il se poursuit par un passage dans une des fonctions centrales du groupe, puis par un poste de chef de fabrication d'une usine à l'étranger. Le candidat est alors prêt pour prendre la direction d'une unité de 1 000 personnes en France ou à l'étranger.

Autre spécificité : dans les grandes entreprises, le poste est souvent un tremplin de carrière. « Avoir dirigé une usine est un passage obligé pour gravir les échelons. Les plus jeunes espèrent ainsi accéder à des fonctions de direction », note Arnaud Coumbassa, consultant au cabinet de recrutement Anton Research.

« Je dois écouter et motiver »

L'avis de Patrick Fageol, 46 ans, directeur du site du Havre d'Eliokem (résines pour peintures, latex...)

« La direction générale s'est questionnée au moment de remplacer mon prédécesseur. Le site étant classé Seveso seuil haut, le profil technique l'a emporté. » C'est ainsi qu'en juillet dernier Patrick Fageol a pris, à l'issue d'une transition de six mois, la tête de l'usine du Havre (Seine-Maritime) d'Eliokem. Les polymères, il connaît ! Cet ingénieur chimiste a effectué toute sa carrière chez Goodyear (ancienne maison mère d'Eliokem) où il a exercé tous les métiers ou presque : chef de laboratoire pour le contrôle qualité, responsable d'une unité de production, responsable des nouveaux produits avant de devenir directeur adjoint du site du Havre. « Il est important d'être technicien car il faut savoir régler les problèmes. » Mais il reconnaît aussi que 60 % de son temps est consacré à écouter et motiver ses 270 salariés et à s'occuper des questions de communication et de gestion ou des opérations de représentation.

Cette crédibilité terrain est le sésame ouvrant à des postes plus transverses. Coordinateur de l'ensemble des usines d'un groupe, directeur industriel, responsable de division... tout est permis ! André le Bihan en est l'exemple. Après avoir dirigé les sites de Toulouse et de Rambouillet de l'équipementier automobile Siemens VDO pendant cinq ans, l'homme est aujourd'hui directeur commercial d'Osram France, une filiale de Siemens, spécialisée dans les ampoules. « Le poste de directeur d'usine offre la possibilité de comprendre toutes les fonctions de l'entreprise », souligne-t-il.

Dans les PME, la donne est un peu différente. A commencer par le fait que le PDG peut être le responsable du site ! « Souvent plus âgés, les directeurs sont passés par tous les échelons de l'usine. Pour eux, le poste est un aboutissement de carrière », constate Jean-Benoît Andrieu.

De la place pour les parcours atypiques

Mais plus que la taille de l'entreprise, ce sont les enjeux pesant sur l'établissement qui conditionnent le profil de son responsable. Pour les sites aux effectifs conséquents, comme c'est le cas des industries de main-d'oeuvre type équipementiers automobiles, les entreprises privilégient des managers et des gestionnaires auxquels est accolée une solide équipe comprenant des directeurs de production, de logistique, des salariés dédiés aux ressources humaines... « Il est plus important dans ce cas-là de savoir faire fonctionner le système plutôt qu'être le champion de l'emboutissage », observe Jacques Finetti, le directeur du bureau de Lyon du cabinet de recrutement MRI Network. En revanche, dans des usines plus mo-destes où l'implication technique est plus forte (métallurgie, chimie, agroalimentaire...), le responsable de site, en plus de savoir manager et gérer, fait souvent vivre son usine à la force de ses connaissances techniques du secteur.

Mais il n'y a pas de fatalité ! En dehors des profils classiques, il reste de la place pour des parcours atypiques comme l'illustre le cas de Catherine Pawlotsky. Cette femme de 43 ans dirige depuis sept mois le site d'Annemasse (Haute-Savoie) du fabricant d'encres industrielles Siegwerk après avoir travaillé pendant de longues années dans des fonctions informatiques pour... Havas Voyages.


Camille Chandès


Publié la semaine du 25 au 31 octobre 2007

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